Commémoration du 11 novembre / Cérémonie au Lycée Lyautey de Casablanca

Allocution de M. l’Ambassadeur de France au Maroc,
M. Charles FRIES

11 novembre 2014 - Lycée Lyautey, Casablanca

Mesdames et Messieurs,

Nous sommes aujourd’hui réunis pour commémorer l’anniversaire de l’armistice du 11 novembre 1918 qui mit fin, après plus de 4 ans d’atroces combats, à ce qui constitue sûrement l’un des pires conflits de l’histoire de l’humanité.

Cet armistice fut pour la France et ses alliés le symbole d’une liberté retrouvée. Ce fut aussi une page de notre histoire commune, entre la France et le Maroc.

En effet, comme l’a fort bien rappelé l’excellent documentaire que nous venons de découvrir, dès septembre 1914, c’est-à-dire deux ans seulement après l’instauration du protectorat, des soldats marocains étaient engagés dans ce terrible conflit qui secoua le monde.

Près de 40.000 d’entre eux y participèrent, aux côtés de la France et des alliés. Ils suscitèrent l’admiration de tous, et en premier lieu des généraux français tel Maunoury qui rapportait dès 1914 à Lyautey leur comportement brillant sur l’Ourcq et l’Aisne, je le cite : « Disciplinés au feu comme à la manœuvre, ardents dans l’attaque, tenaces dans la défense de leurs positions jusqu’au sacrifice, supportant au-delà de toute prévision les rigueurs du climat du Nord, ils donnent la preuve indiscutable de leur valeur guerrière… »

Le rôle déterminant du Sultan Moulay Youssef doit également être souligné : c’est lui qui s’engagea clairement à nos côtés dès le début du conflit ; c’est lui qui adressa de multiples messages d’encouragement à ses sujets tout au long de cette guerre au cours de laquelle ses hommes se sont battus au-delà de leurs propres limites .

Les pertes furent énormes, plus de 11.000 soldats, un bilan qui témoigne du courage de ces hommes qui se battirent avec abnégation.

Nous n’oublions pas également que la contribution du Maroc à l’effort de guerre fut économique par les envois de céréales et de denrées diverses, ainsi que par l’apport de milliers de travailleurs notamment dans les usines d’armement en France.

La blessure de cette guerre est à jamais inscrite dans notre récit national. Alors même que tous les acteurs et témoins ont disparu, la Grande Guerre doit continuer à être commémorée avec pédagogie et lucidité, dans un souci de vérité historique et afin de rendre hommage à ses trop nombreuses victimes. En effet, il n’y a plus aujourd’hui que les écrits, les photographies, les films, la pierre et la terre pour témoigner de ce qu’ils vécurent et aider à comprendre comment des hommes en arrivèrent à un tel déchaînement de violence.

Aussi, à l’occasion de cette première année du Centenaire de la 1ère Guerre mondiale et de ce 11 novembre qui en marque la fin en 1918, il importait de rappeler les sacrifices consentis par le peuple marocain pour défendre notre liberté.

Ce Centenaire constitue également un moment privilégié de mobilisation de la communauté éducative autour de cet enjeu commémoratif. Dans cette salle, sont réunis des élèves français et marocains et c’est à eux que je m’adresse pour leur dire combien il est important de faire ressurgir ces pans d’histoire commune qui nous unissent et qui ne doivent pas disparaître de la mémoire collective de nos deux pays.

J’adresse mes plus vives et sincères félicitations aux équipes d’enseignants et aux élèves qui s’impliquent dans des projets pédagogiques ambitieux, véritables outils de transmission de cette histoire partagée. Les albums jeunesse édités cette année par le lycée Lyautey en partenariat avec des élèves de l’Académie du Grand Casablanca, la réédition en mai dernier du livre « Ana, frères d’armes marocains dans les deux guerres mondiales » ou encore le remarquable documentaire présenté aujourd’hui et réalisé par la section cinéma de cet établissement, témoignent de cette soif d’apprendre et de comprendre qui anime ces jeunes générations ; des jeunes générations qui seront les citoyens et responsables de demain, au service de leurs pays respectifs ; des jeunes générations qui sauront tirer les enseignements d’un passé qu’ils n’oublieront pas ; des jeunes générations qui participeront au développement des échanges internationaux dans le respect des valeurs universelles et des différences culturelles.

Comme l’a dit, jadis, Jean Jaurès : « la paix est le plus grand des combats ». Or, un peu plus de vingt ans après les terribles événements que je viens de relater, le second conflit mondial éclatait ; les soldats marocains se retrouvèrent alors de nouveaux engagés dans une douleureuse épreuve et contribuèrent à la libération du joug nazi.

Cette histoire montre une nouvelle fois combien les destins de nos deux Nations sont liés. Elle montre combien la solidarité et la fraternité qui ont toujours existé entre nos deux pays pendant les pires épreuves constituent la plus belle des richesses que nous avons en partage. Elle nous rappelle enfin combien notre responsabilité est aujourd’hui de préserver cette richesse et de la faire fructifier.

Ce sont cinq de ces soldats marocains qui participèrent au débarquement de Provence dont nous avons célébré le 70ème anniversaire le 15 août dernier, que je vais maintenant décorer, avec l’Attaché de Défense, dans l’Ordre National de la Légion d’honneur.

A ces cinq vétérans de l’Armée française, je veux dire de la manière la plus solennelle qui soit que la France leur sera éternellement reconnaissante.

Je vous demande de leur rendre hommage en leur adressant vos chaleureux applaudissements. /.

Dernière modification : 11/11/2014

Haut de page