Entretien d’Alain Juppé avec Taïb Fassi Fihri (30 mars 2011)

Alain Juppé, ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères et européennes, s’est entretenu avec Taïeb Fassi Fihri, ministre des Affaires étrangères et de la coopération du Royaume du Maroc, le mercredi 30 mars au Quai d’Orsay.

- Point de presse conjoint du ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères et européennes, Alain Juppé, et du ministre des Affaires étrangères et de la Coopération du Royaume du Maroc, Taïeb Fassi Fihri, à l’issue de leur entretien- Propos de M. Juppé- (Paris, 30 mars 2011)

J’ai reçu avec un grand plaisir Taïb Fassi Fihri, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération du Royaume du Maroc, pour notre premier entretien bilatéral depuis ma prise de fonction au Quai d’Orsay. C’est non seulement mon homologue, mais c’est surtout un ami. Je suis très heureux de lui souhaiter ici la bienvenue.

J’ai rappelé à cette occasion mon admiration devant de la détermination du peuple et des autorités marocaines à avancer sur la voie d’une démocratisation pacifique et sereine, selon leur propre modèle. J’ai déjà salué, il y a quelques semaines, le discours de Sa Majesté qui nous est apparu comme très courageux et même visionnaire. Nous souhaitons que ce processus qui est maintenant enclenché soit couronné de succès.

Nous avons partagé nos analyses sur le rôle de l’Union européenne et de l’Union pour la Méditerranée. Nous nous retrouvons bien sûr ce point. Nous souhaitons que la politique européenne de voisinage soit à la hauteur des enjeux entre le nord et le sud de la Méditerranée et nous souhaitons également que l’Union pour la Méditerranée joue pleinement son rôle, en particulier en apportant des projets concrets. Nous en avons énuméré quelques uns qui sont bien connus.

Le dossier du Sahara occidental a naturellement aussi été abordé. J’ai rappelé à mon homologue la position de la France, qui considère la proposition marocaine de plan d’autonomie comme une base de négociation sérieuse et crédible pour mettre fin à ce conflit. Nous soutenons le processus de négociations mené par l’Envoyé spécial du Secrétaire général des Nations unies et nous estimons que le statu quo est porteur de risques importants. Enfin, concernant le Sahara occidental mais aussi l’ensemble du Maroc, j’ai tenu à saluer les mesures qui ont été prises récemment en matière de protection des droits de l’Homme qui sont une initiative du Maroc, là encore, courageuse et ambitieuse.

Le Maroc poursuit la dynamique d’ouverture qu’il a déjà engagée depuis plusieurs années et qui lui a notamment permis d’accéder, le premier, au statut avancé auprès de l’Union européenne en 2008. Vous savez que les liens entre les deux pays sont extrêmement étroits, amicaux, confiants et nous allons tous les deux nous employer à faire en sorte qu’ils le demeurent et qu’ils se renforcent encore si c’est possible.

(…)
Q - Quelles sont les mesures que peut prendre la France pour renforcer sa coopération avec le Maroc ?

R - Le champ est vaste. Nous en parlons en permanence, dans le domaine économique, social, culturel, politique. Tous les champs sont ouverts à cette coopération. Nos échanges sont constants. M. Taïeb Fassi Fihri m’a invité à lui rendre visite au Maroc. Je vais m’empresser de voir comment honorer cette invitation.

Q - Je voulais savoir comment était perçu le passage du commandement des opérations en Libye à l’OTAN par les peuples et les gouvernements arabes ?
(…)
R - Ce qui s’est passé hier à Londres est extrêmement important. C’est une réunion très positive. Tout d’abord, parce qu’il y avait 40 participants autour de la table, beaucoup de pays arabes, beaucoup de pays européens, les Américains, les Canadiens, mais aussi les organisations internationales : les Nations unies, la Ligue arabe, l’Organisation de la Conférence islamique, l’Union européenne.

Je voudrais attirer votre attention sur le fait qu’il y a eu deux décisions importantes. Il y a eu certes la passation du commandement militaire à l’OTAN, parce qu’il n’y a pas d’autre organisation aujourd’hui qui ait la capacité de planifier et de conduire des opérations de cette importance. J’ai eu l’occasion de m’entretenir avec plusieurs délégations arabes hier : les Jordaniens, les Emiriens, les Qatariens, et d’autres et je n’ai vu aucune objection à ce transfert.

La deuxième décision, qui est tout aussi importante - je voudrais que vous ne l’oubliez pas -, c’est la création d’une gouvernance politique de l’opération en Libye, avec ce Groupe de contact - qui a été suggéré, il est vrai, par la France et le Royaume-Uni - qui a été adopté hier, non seulement dans son principe, mais aussi dans ses modalités puisque les prochaines réunions ont été annoncées au Qatar et en Italie - peut-être un jour au Maroc, Monsieur le Ministre.

Ce Groupe de contact est là pour assurer le pilotage politique. L’OTAN assure le commandement militaire et le pilotage politique se passe dans ce Groupe de contact. Le pilotage politique, c’est accompagner les Libyens dans le processus de transition, renforcer le dialogue, assurer l’aide humanitaire, mais aussi se prononcer sur les conditions d’un éventuel cessez-le-feu ; ce sont les considérations politiques qui doivent gouverner et pas seulement militaires. Je crois que cette articulation est validée par tout le monde et, pour nous, elle est très importante.

Q - Le Maroc va-t-il reconnaître le CNT, le Conseil national de transition libyen ?
(…)
R - Je voudrais aussi rappeler que l’Union européenne, à l’occasion des Conseils européens, a reconnu le CNT comme un interlocuteur important sur le plan politique - nous n’avons pas dit que ce devrait être le seul. Nous souhaitons favoriser, autour de ce pôle du CNT - qui va publier une Charte très intéressante - qui rappelle un certain nombre de principes démocratiques fondamentaux qui me semblent aller dans la bonne direction pour tous ceux qui vont construire la Libye : les autorités traditionnelles, la société civile … Il y a peut-être à Tripoli des gens qui commencent à se dire que Kadhafi les entraîne dans une impasse. Toutes ces personnalités libyennes doivent se retrouver parce que c’est à elles - pas à nous - de construire l’avenir de la Libye. Ce n’est pas à nous de dire ce que doit être la Libye de demain, c’est aux Libyens de le faire. Nous sommes simplement là en soutien et en appui./.
Diplomatie B. VALERO

Dernière modification : 01/04/2011

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