Entretien de Laurent Fabius avec Diango Cissoko, Premier ministre malien (19.02.13)

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Mali - Enlèvements de Français au Cameroun - Conférence de presse conjointe du ministre des affaires étrangères, M. Laurent Fabius, et du Premier ministre du Mali, M. Diango Cissoko - Propos de M. Fabius

Mesdames et Messieurs bonjour,

Nous allons le Premier ministre du Mali et moi-même vous dire quelques mots, mais auparavant je voudrais vous confirmer que nous avons appris que malheureusement sept Français d’une même famille ont été enlevés au Nord du Cameroun, vraisemblablement par un groupe du Nigéria. Il s’agirait de trois adultes et de quatre enfants. Nous sommes bien évidemment en contact permanent avec les autorités du Cameroun et du Nigéria. Comme toujours, nous ferons le maximum, dans la discrétion mais avec détermination, pour essayer de récupérer nos compatriotes.

S’agissant du Mali, j’ai reçu avec beaucoup de plaisir Monsieur le Premier ministre Cissoko et la délégation qui l’accompagne, qui comprend en particulier des membres de l’Assemblée nationale du Mali. Nous avons fait un tour d’horizon de la situation en évoquant les trois aspects centraux qui concernent le Mali, et qu’il convient de conserver à l’esprit. Il s’agit à la fois de l’aspect sécuritaire, du processus politique et de l’aspect lié au développement. Concernant le volet militaire et sécuritaire, des opérations sont toujours en cours, notamment dans le Nord. Les terroristes n’ont pas tous été vaincus. Les troupes françaises, avec les troupes maliennes et les troupes africaines poursuivent leur travail militaire pour assurer le rétablissement de l’intégrité territoriale du Mali. Petit à petit, au fur et à mesure que les villes sont reconquises, la sécurité est assurée par les troupes maliennes et par les troupes africaines. Sur cette opération, son déroulement et sur l’esprit de cette démarche, le Premier ministre Cissoko et moi-même sommes évidemment en plein accord. Dans le même temps, une démarche de formation des troupes maliennes a commencé. Elle est conduite par l’Europe, avec à sa tête un général français, le Général Lecointre. Elle réunit plusieurs centaines de militaires européens. Parmi les éléments sur lesquels la formation des militaires sera particulièrement rigoureuse, il y a le comportement moral à avoir, que nous avons largement évoqué avec le Premier ministre Cissoko. S’agissant de l’existence possible d’exactions, un certain nombre d’informations ayant été publiées, nous partageons le Premier ministre et moi-même la même analyse : elles sont inadmissibles. Si elles se sont produites, elles doivent être poursuivies et réprimées. Il n’est pas question de tolérer des atteintes au droit. Les soldats doivent respecter un certain nombre d’impératifs. Les exactions seront donc poursuivies et punies.

Sur le plan démocratique et du dialogue politique, le Premier ministre Cissoko vous confirmera que des dates pour les élections présidentielles ont été arrêtées en juillet. J’ai insisté sur l’importance qui s’attache à ce que ces élections aient lieu aux dates prévues. Préalablement, un dialogue politique, dont le Premier ministre est chargé, doit se tenir. Il doit permettre aux autorités de Bamako, en lien avec la diversité des groupes composant le Mali, de définir des voies et moyens pour que chacun obtienne sa juste part d’un processus de décentralisation. Ces discussions doivent inclure non seulement le Nord, mais aussi les différentes régions du Mali. Cela est extrêmement important dans la mesure où les opérations militaires et sécuritaires, bien qu’indispensables, ne sont pas séparables d’une progression démocratique. Comme le soulignait le Premier ministre, le gouvernement de transition souhaite qu’une présidence pleine et entière, ainsi qu’ un gouvernement totalement installé, puissent voir le jour.

Enfin, il faut évoquer l’aspect du développement parce qu’il ne s’agit pas simplement de veiller à la sécurité, à la démocratie et au dialogue, bien que cela soit essentiel. Il faut aussi que le développement du Mali et des pays voisins puisse être assuré. Cela nécessité des moyens importants. L’Europe est là aussi sollicitée. Une conférence sur le développement, organisée et présidée conjointement par les autorités de Bruxelles et par la France sera organisée au mois d’avril ou de mai. Elle devrait permettre concrètement de financer des choses aussi essentielles que l’eau, les transports ou les besoins publics. Derrière les difficultés du Mali, comme dans tout le Sahel, on retrouve des difficultés économiques et sociales qu’il est de notre devoir, à nous Européens, à nous pays développés, de pouvoir contribuer à résoudre.

Voilà quelques éléments que je pouvais porter à votre connaissance avant que le Premier ministre Cissoko s’exprime. Je lui ai redis tout le soutien de la France. Il sait que nous sommes aux côtés du peuple malien, que nous avons été touchés, émus, par l’accueil qui a été réservé à la France lorsque, avec le président de la République, nous nous sommes rendus à Tombouctou et à Bamako. Nous sommes côte à côte, nous savons que nous avons un long chemin à faire mais nous sommes décidés à le poursuivre ensemble.

Cher Ami, vous avez la parole.

Q - Je voudrais revenir sur la prise d’otages au Cameroun dans la mesure où effectivement on a quelques informations selon lesquelles une secte du nord du Nigéria, Boko Haram, serait à l’origine de cette prise d’otages. Pouvez-vous le confirmer ? C’est la première fois que des Français sont pris en otage au Cameroun et notamment des enfants. Qu’est-ce que cela signifie ? Au-delà, on sait que la secte Boko Haram menaçait la France à la suite de l’intervention française au Mali. Politiquement, qu’est-ce cela veut dire pour la France ?

R - Nous avons pris connaissance de ces informations, que nous vérifions actuellement. Ils auraient effectivement été pris au Nord du Cameron, non loin à la fois du Nigéria et du Tchad. Cela nous permet de penser qu’il s’agit probablement de la secte Boko Haram, qui avait déjà des ramifications dans le passé avec des terroristes du Mali. Une partie des terroristes de Boko Haram ont en effet été formés au Nord du Mali. Comme nous l’avons souvent dit, la lutte contre les différents groupes terroristes est une nécessité absolue, Ces groupes terroristes menacent non seulement le Mali, mais l’ensemble de l’Afrique. Le président du Nigéria, qui était présent en France il y a quelques jours, a notamment confirmé ce point de vue. Cela confirme une nouvelle fois la nécessité, de la part de toute la communauté internationale, de lutter contre ces groupes de terroristes et de narcoterroristes.

Au moment où je vous parle, nous n’avons pas davantage d’informations. Nous sommes bien sûr en relation avec les autorités du Cameroun et du Nigéria. Notre centre de crise est également pleinement mobilisé. Il a pris contact avec la famille. Cela reste évidemment quelque chose de très préoccupant pour nous tous.

Q - Pouvez-vous nous indiquer si les 7 Français pris en otage au Cameroun sont des touristes ou une famille qui vivait là-bas ?

R - Je ne donnerai pas plus d’indications à ce stade. D’après nos informations, je crois qu’ils étaient là-bas dans le cadre d’un voyage de tourisme. Je ne veux pas en dire plus avant d’avoir vérifié tout cela.

Q - La France a souhaité la transformation de la MISMA en une mission de stabilisation. Peut-on savoir si désormais cette mission transformée en mission de stabilisation va intervenir en cas de nécessité pour qu’au Mali, on ne vive pas le même sort qu’en République démocratique du Congo et que cette mission va défendre l’intégrité territoriale du Mali ?

R - Je vous remercie beaucoup de cette question parce que c’est un point, très important, dont nous nous sommes entretenus avec le Premier ministre Cissoko. Aujourd’hui, l’action des forces maliennes et de la MISMA se fait dans le cadre de la résolution 2085 des Nations unies de décembre dernier. Elle agit comme elle doit le faire, mais cela pose toute une série de problèmes : logistiques, financiers. Cette base juridique n’est pas très assurée à long terme. C’est la raison pour laquelle, après en avoir discuté avec les membres du Conseil de sécurité des Nations unies, nous pensons qu’il serait opportun d’évoluer vers c’est ce qu’on appelle « une opération de maintien de la paix ». Le président Traoré a écrit au secrétaire général des Nations unies en ce sens. Actuellement, nous commençons à discuter au Conseil de sécurité pour la transformation juridique du dispositif actuel en une opération de maintien de la paix, à partir du moment où une certaine sécurisation est assurée au Mali. Concrètement, cela permet de donner un cadre juridique assuré, sans conséquence négative sur les opérations, puisque ce sera la MISMA et les forces maliennes qui se transformeront en une opération de maintien de la paix. Cela a aussi comme conséquence que le financement en est assuré par les Nations unies, ce qui permet bien sûr à la France de continuer à assurer un rôle utile pour que, notamment, dans la lutte contre les terroristes, les Français restent actifs. La mise en place d’une opération de maintien de la paix de l’ONU- d’après ce que nous disent notre représentant permanent aux Nations unies et nos spécialistes au sein du Quai d’Orsay – serait la bonne formule en ce qui concerne la paix au Mali.

Q - Monsieur le Premier ministre Cissoko, quel est votre projet de développement pour le nord du Mali qui a été délaissé ces dernières années et d’autre part qu’est-ce qui est acceptable ou pas de la part des rebelles Touareg, je pense notamment au MNLA qui au départ avait des visées indépendantistes et dont le discours a évolué. Qu’est-ce qui est acceptable pour vous ?

R - Oui, c’est une question qui n’est pas facile bien sûr, car il y a deux principes sur lesquels je pense que tout le monde, que ce soit au Mali, en France ou dans les états voisins est d’accord. Il faut qu’il y ait des discussions mais ces dernières doivent respecter deux principes. Il s’agit d’une part du respect de l’intégrité du territoire et d’autre part la renonciation au terrorisme.

Dans ce cadre se pose évidemment la question du MNLA. C’est une question qui n’est pas seulement juridique, mais bien concrète. Nous souhaitons qu’un dialogue large soit mis en place. Dans le même temps nous comprenons bien qu’il ne peut pas y avoir de dialogue, si le groupe avec lequel on veut l’établir affirme ne pas respecter l’intégrité du Mali, ou vouloir conserver des forces armées. Dans une République, il ne peut y avoir qu’une seule force armée, celle de la République. Il convient donc de trouver des voies et moyens pour que le dialogue ait lieu, qu’il tienne compte de ces principes, et quand même temps tout le monde se sente à l’aise. Le Premier ministre va installer dans les semaines qui viennent une commission instaurant ce dialogue. Nous souhaitons que chacun puisse s’y sentir bien. Ce n’est pas très facile en raison des contradictions que vous soulignez dans votre question. Nous pensons cependant que, pour sortir des difficultés rencontrées depuis de nombreuses années, il est nécessaire que la diversité soit représentée. Cela doit se faire dans le respect de ces principes, parce qu’il n’est pas question qu’il y ait plusieurs Républiques dans la République ou plusieurs armées dans l’armée. Une nouvelle fois, il s’agit d’une tâche difficile, mais au fond c’est tout le sens du dialogue qui ne fait pas seulement avec un mouvement mais avec beaucoup de gens. Les Touaregs jouent certes un rôle important, mais il ne s’agit pas de la seule communauté dans le Nord. Il y a d’autres éléments dont il faut tenir compte dans l’ensemble du pays. Ce dont nous discutions avec le Premier ministre, c’est que des notions plus ou moins poussées de décentralisation peuvent être avancées. Il appartiendra naturellement aux autorités maliennes de le décider ce n’est pas du tout à nous de le décider. Dans tous les cas, ce qui est souhaitable c’est qu’un dialogue le plus large possible ait lieu ? Cela doit se faire dans le respect des principes avec lesquels on ne peut pas transiger, à savoir l’intégrité du territoire de la République et le refus du terrorisme.

Merci beaucoup./.

Dernière modification : 20/02/2013

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