FMDH / Evènement spécial Majmo3a sur les droits des femmes

Forum Mondial des Droits de l’Homme, Marrakech, 29 novembre 2014

Allocution de Charles FRIES, Ambassadeur de France au Maroc

Mesdames et Messieurs,

Je suis heureux, à mon tour, de vous souhaiter la bienvenue. Vous l’avez dit, Monsieur le Président, nous sommes réunis, dans le cadre du Forum mondial des droits de l’Homme, pour une journée de débats, d’échanges, de propositions sur les droits des femmes.

Nous nous retrouvons dans un cadre régional, entre voisins, entre riverains de la Méditerranée. Car la Méditerranée est un laboratoire. Ce qui peut être réussi dans cet espace, où coexistent tant de lois et de sociétés, a toutes les chances de réussir ailleurs, dans le reste du monde. Nous sommes persuadés que nos débats n’intéressent pas que nous et qu’ils devraient être suivis avec beaucoup d’attention par les autres participants du Forum mondial.

Mes premiers mots seront pour vous remercier Monsieur le Président. Vous remercier d’avoir bien voulu accueillir dans ce Forum de Marrakech notre symposium sur les droits des femmes. Vous remercier également d’avoir accepté d’en faire un « événement spécial ». Vous remercier enfin pour votre présence ce matin.

Je voudrais aussi exprimer mes remerciements à toutes celles et tous ceux qui ont accepté de prendre part à l’événement. Vous êtes plus de 80 à vous être inscrites à cette journée de discussions. Vous venez du Maroc, de France, du Liban, de Grèce, d’Espagne, d’Algérie, d’Egypte, de Tunisie. Vous êtes femmes politiques, avocates, universitaires, chercheuses, haut-fonctionnaires, responsables d’ONG, chefs d’entreprises. Cette diversité d’origine et de profil est importante. Elle est la garantie d’une grande richesse de points de vue et de débats. Je vous remercie d’avoir fait le déplacement et de participer à cet événement.

Vous l’avez compris, cette journée de discussions est organisée par le Forum franco-marocain d’administration publique, qui réunit l’ambassade de France au Maroc, l’Ecole Nationale d’Administration, le Ministère de la Fonction Publique et de la Modernisation de l’Administration, et l’Association Marocaine des Anciens Elèves de l’ENA française. Autrement dit, ce symposium est le fruit de la coopération franco-marocaine, une coopération exceptionnelle, qui a beaucoup à apporter, non seulement à nos deux pays mais également pour faire avancer l’intégration méditerranéenne.

Notre ambition pour cette journée est double.

D’abord, nous souhaitons faire le point sur les progrès de l’égalité entre les femmes et les hommes dans nos pays. Que disent sur ce sujet nos textes juridiques, nos lois ? Sont-ils pleinement satisfaisants ou faut-il les améliorer ? Quels droits restent à conquérir pour les femmes ? Et qu’en est-il de l’effectivité des droits d’ores et déjà reconnus ? L’égalité femmes-hommes proclamée dans les textes se traduit-elle toujours dans les faits ? Quelles politiques publiques serions-nous bien inspirés de conduire pour en assurer l’application ?

Ensuite, nous souhaitons avoir, dans l’après-midi, un échange plus spécifique sur la question du leadership féminin. L’égalité entre les femmes et les hommes doit aussi se matérialiser dans l’accès aux postes de décisions. C’est évidemment capital, car d’une certaine façon tout le reste en dépend. Dans les sociétés où seuls les hommes ont le pouvoir de décision, la probabilité que les droits des femmes soient respectés est plus faible que dans les pays où ce pouvoir est partagé. Nous nous demanderons donc quelle est aujourd’hui, dans nos sociétés, la place des femmes en politique, mais aussi dans les emplois à responsabilité des entreprises et de l’administration. Quels obstacles les femmes rencontrent-elles pour briser le plafond de verre ? Comment pouvons-nous les aider à surmonter ces obstacles ? Par quelles mesures juridiques ? Quelles politiques publiques ? Quelle éducation ?

Notre objectif, sur ces deux sujets de l’égalité juridique et du leadership, est de dresser un état des lieux, de favoriser la diffusion des bonnes pratiques, de contribuer aussi au développement d’initiatives, de dynamiques au sein de l’espace méditerranéen. Ces dynamiques existent, portées par divers réseaux, dont la plupart sont représentés ici, mais nous avons intérêt à les renforcer, à les accentuer.

Patrizianna Sparacino, qui est l’ambassadrice pour les droits de l’Homme de la République française, dira dans un instant quelle place tous ces sujets occupent dans la politique étrangère de la France et quelles sont nos priorités. Je voudrais simplement vous dire que dans la relation franco-marocaine la question des droits des femmes tient une place importante, éminente.

Les deux pays ont signé en 2012 une déclaration conjointe sur ce sujet. Toutes nos actions de coopération -et il faut avoir à l’esprit que le Maroc est le premier partenaire de la coopération au développement de la France- comportent une dimension « genre ». C’est le cas des actions en faveur de la scolarisation des enfants, qui mettent l’accent sur l’accès des filles à l’école. Le cas aussi des programmes de développement rural et agricole, qui font une place toute particulière à l’accès des femmes à l’emploi.

Surtout, nous consacrons environ 2M d’euros à des projets spécifiquement consacrés aux femmes. Nous travaillons sur 4 questions : celle des discriminations juridiques, avec un apport en expertise pour la préparation des projets de lois, la création d’autorités ou d’observatoires, la définition des politiques publiques. Celle des violences faites aux femmes, à travers le financement de réseaux d’écoute des femmes victimes de mauvais traitements. Celle de l’autonomisation économique, avec des actions en faveur de l’insertion sur le marché du travail des femmes de milieu rural ou de quartiers urbains défavorisés. Celui enfin du leadership féminin en politique et dans l’entreprise, avec le développement de réseaux de femmes élues ou de femmes entrepreneurs, avec l’organisation, également, de nombreux échanges, séminaires, colloques sur ce sujet, comme aujourd’hui à Marrakech.

Cette action pour la liberté des femmes s’inscrit, vous le savez cher Driss El Yazami, dans une action plus générale, en soutien aux efforts menés depuis deux décennies maintenant par le Maroc pour développer la culture des droits de l’Homme, asseoir les instances de protection et de promotion des droits fondamentaux. Nous avons signé avec le Conseil national des droits de l’Homme que vous présidez, c’était le 18 juin dernier, un accord-cadre marquant un engagement renforcé de la France dans ce domaine. Nous y accordons beaucoup d’importance. Nous le faisons avec humilité, parce les droits de l’Homme ne sont la propriété d’aucun peuple, et parce qu’ils constituent pour chacun une exigence permanente.

Je souhaite que cette journée soit un plein succès. Au-delà de cette journée, j’espère que le Forum de Marrakech fera date. Que la culture des droits de l’Homme, les mouvements en faveur des droits fondamentaux, les instances indépendantes, les politiques publiques, les droits eux-mêmes en sortiront renforcés. Il faut saluer le Conseil national des droits de l’Homme du Maroc sur lesquels repose l’organisation de ce grand événement, qui montre clairement où se situe le Maroc et dans quelle direction il a décidé de s’engager.

Je me félicite du panel d’intervenants de grande qualité que nous avons pu faire venir des différentes rives de la Méditerranée. Je vous remercie une nouvelle fois de votre présence. Bon symposium. /.

Dernière modification : 01/12/2014

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