Inauguration du l’Institut français d’Essaouira (30/10/2014)

====Inauguration de l’Institut français d’Essaouira====

===30 octobre 2014===

Discours de M. Charles FRIES, Ambassadeur de France au Maroc

Voilà presque 10 ans, Monsieur le Conseiller, cher André Azoulay, vous inauguriez ici une alliance franco-marocaine.

Nous voici réunis ce soir pour franchir une nouvelle étape.

Mon pays a décidé en effet de créer dans cette ville hautement symbolique un Institut français.

C’est cet Institut qui, dès demain, portera dans la province d’Essaouira la politique de la France dans le domaine de la culture et du savoir. Qui apportera son soutien aux initiatives culturelles de cette ville et, à tous ses citoyens, de nouvelles passerelles vers la France.

La France croit dans l’avenir d’Essaouira, cette ville au passé prestigieux qui depuis 20 ans connait un renouveau spectaculaire. Elle se reconnaît dans cette cité ouverte sur le monde qui, pendant des siècles, s’est enrichie d’influences multiples, arabes, juives, africaines, berbères, européennes. Elle reconnaît dans ses valeurs de tolérance religieuse et de paix, ses propres valeurs. Elle partage son ambition culturelle. Elle a le désir d’accompagner son développement et d’apporter à ses citoyens de nouvelles opportunités. C’est le sens de l’acte que nous posons aujourd’hui.

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Ce nouvel institut aura deux priorités.

La première : s’adresser à la jeunesse. La jeunesse du Maroc, comme la nôtre de l’autre côté de la Méditerranée, aspire à la dignité et à la liberté ; elle est l’une des grandes forces de ce pays. C’est à elle que l’Institut proposera des cours de langue, parce que le français est indispensable à la réussite des jeunes dans la société marocaine. C’est pour la jeunesse qu’il concevra ses débats, ses événements artistiques, ses spectacles.

C’est pour elle qu’il devra bâtir des coopérations dans le domaine de l’éducation et de l’enseignement supérieur. Et je voudrais souligner qu’ici, comme ailleurs, l’Institut français aura à soutenir les grandes réformes engagées par ce pays pour élargir l’accès à la culture et à la connaissance, en particulier les réformes qui impliquent la promotion de la langue française. Je pense, Monsieur le Ministre Benmohktar, au développement des sections internationales francophones dans les lycées, une réforme ambitieuse que vous portez avec détermination et dont les jeunes de ce pays seront demain les grands bénéficiaires. Je pense à l’essor des formations supérieures à double diplôme, en particulier marocain et français, qui attirent de plus en plus d’étudiants et feront rapidement de ce pays un « hub » en Afrique pour l’enseignement universitaire.

La seconde priorité du nouvel institut sera d’apporter un soutien aux festivals internationaux qu’accueille cette ville de culture et de paix qu’est Essaouira.
Les artistes français doivent prendre pleinement leur part à ces grands événements qui font de l’ancienne Mogador un lieu unique au monde. Un lieu où fusionnent les styles, où se rencontrent les traditions musicales, où dialoguent les cultures qui ailleurs, malheureusement, s’affrontent ou s’ignorent. Je pense au festival des Andalousies atlantiques qui fait jouer ensemble –ce qui est unique dans la région- des artistes juifs et musulmans, festival dont nous ouvrirons tout à l’heure l’édition 2014 et avec lequel nous avons souhaité, le symbole est fort, faire coïncider la création de l’Institut d’Essaouira. Je pense aussi au festival Gnaoua, où le jazz et les musiques du monde rencontrent les musiques traditionnelles de l’Afrique. Je pense naturellement au festival des Alizés, qui fait découvrir au Maroc cette musique si
profondément enracinée dans l’histoire de l’Europe qu’est la musique classique.

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Avec ce nouvel établissement d’Essaouira, l’Institut français du Maroc compte désormais 12 implantations sur l’ensemble du territoire du Royaume. Il est plus que jamais, avec ses 300 jours de programmation culturelle de haut niveau et ses 80.000 élèves, le premier des Instituts français dans le monde. Au moment où se déroule à Paris un automne marocain -avec deux grandes expositions au succès inédit au Louvre et à l’Institut du monde arabe- cette création constitue une nouvelle preuve de la relation exceptionnelle que la France entretient avec le Maroc. Je suis heureux de le souligner devant vous Monsieur le Ministre de la Culture, cher Amine Sbihi, qui apportez un appui si déterminant, si capital, à ces grands projets franco-marocains.

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Mesdames et Messieurs,

La relation de la France avec Essaouira est ancienne. Elle est inscrite dans l’histoire. Elle se confond avec la refondation de la ville au 18ème siècle. On se souvient que le sultan Mohamed Ben Abdallah, quand il voulut faire de cette ancienne cité portugaise un port royal, fit appel à l’ingénieur français Théodore Cornut, disciple de Vauban. C’est ainsi que naquit Essaouira, « la bien dessinée ». Depuis le 19ème siècle, cette ville n’a jamais cessé de fasciner les explorateurs, les artistes et les intellectuels français sur les traces de René Caillé ou de Charles de Foucauld… Au point de devenir un mythe aux yeux de Paul Claudel. L’illustre écrivain diplomate, qui n’a pourtant jamais mis les pieds sur le continent africain, écrira d’ailleurs : « Il n’y a qu’un certain château que je connais, où il fait bon d’être enfermé…. Il faut plutôt mourir que d’en rendre les clefs. C’est Mogador, en Afrique. »
Aujourd’hui, la ville connait, avec ses festivals, ses galeries, ses artistes exposés dans le monde entier, ses dizaines de milliers de touristes, une véritable renaissance. Il était normal que la France, à nouveau, y soit pleinement associée.

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Je tiens à remercier toutes celles et tous ceux qui ont permis cette création de l’Institut français d’Essaouira. Je remercie particulièrement la directrice du nouvel établissement, Anne Dubourg, et le directeur général de l’Institut français du Maroc, Jean-Marc Berthon, ainsi que leurs équipes. Notre gratitude va également à M. Ottmani, ancien Président de l’Alliance, et à ses collaborateurs, qui ont joué un rôle décisif.

Enfin, je voudrais saisir cette occasion et rendre un hommage particulier à André Azoulay. Il faut le dire simplement : sans lui, rien n’eut été possible. Vous êtes, cher André, chacun le sait, l’un des grands artisans du renouveau de cette ville. Si le nom d’Essaouira résonne aujourd’hui dans le monde entier, s’il est associé à un lieu où les grandes influences culturelles se rencontrent, s’il évoque si fortement les valeurs de diversité et de tolérance, c’est à vous et à vos efforts, à votre rayonnement personnel, qu’on le doit en grande partie. Et si aujourd’hui un Institut français peut ouvrir, c’est aussi grâce à vous, car vous nous avez soutenu et encouragé de façon permanente, active, constante, avec une efficacité sans équivalent. Je veux donc aujourd’hui vous redire toute notre gratitude et notre reconnaissance.

Essaouira était jusqu’ici, pour les Français, une escale. Elle devient aujourd’hui un port d’attache. Longue vie à l’Institut français d’Essaouira !

Dernière modification : 31/10/2014

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