Tribune de l’Ambassadeur à l’occasion de la 3ème édition des Nuits des Philosophes

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Les Nuits des philosophes : une fête de la réflexion et du débat

Quelle morale pour notre temps ? Faut-il renoncer à dominer la nature ? Quelle relation entre la religion et modernité ? Que faire des traumatismes de la mémoire ?... Ce sont quelques-unes des questions sur lesquelles les 3èmes Nuits de la philosophie, ce soir à Rabat et demain à Casablanca, nous invitent à réfléchir.

Evénement-phare de la relation culturelle entre la France et le Maroc, ces nuits philosophiques suscitent chaque année depuis 2014 un engouement exceptionnel. En 2015, elles ont attiré 10.000 personnes à la Bibliothèque nationale de Rabat et à l’Institut français de Casablanca. Un véritable phénomène, qui devrait se confirmer cette année. J’en tire, en tant qu’ambassadeur de France au Maroc, un double enseignement.

Le premier est que la jeunesse marocaine, comme la jeunesse de France, est avide de réflexions et de débats. Comme toutes les jeunesses du monde, elle est à la recherche de sens et de vérité. Et il est réjouissant de constater qu’elle plébiscite la philosophie. Pourquoi ? Parce que la philosophie est la résolution de tout soumettre à la raison et à la critique. Ce n’est pas la détention de la vérité, mais la recherche de la vérité. L’esprit de la philosophie est un esprit d’humilité. Le philosophe dit, comme Montaigne, « je sais que je ne sais pas ». Il s’emploie à éclairer, à faire comprendre, à donner du sens, mais en reconnaissant qu’il n’existe pas de savoir infaillible et définitif, pas plus qu’il n’existe de cité parfaite réalisable ici et maintenant.

Nous avons besoin, plus que jamais, de cette sagesse de la philosophie. Pour faire barrage aux dogmatismes et à l’intolérance qui menacent nos sociétés. Pour prendre part à ce front commun contre le fanatisme auquel Sa Majesté le Roi Mohammed VI nous a appelés, dans son discours historique du 20 aout dernier, au lendemain de l’effroyable attentat de Nice.

Le second enseignement que je tire du succès fulgurant des Nuits des philosophes au Maroc est que nous ne devons jamais hésiter, dans notre tâche de transmission des savoirs aux nouvelles générations, à être exigeant. A être ambitieux. La philosophie réclame attention. Elle réclame curiosité, ouverture d’esprit, discernement, sagacité. Et pourtant, elle séduit. Elle attire. On peut être populaire sans renoncer à l’excellence ! On peut s’adresser à tous sans rien céder sur la profondeur ou la rigueur du discours ! C’est cette ambition, cette exigence qui guide le partenariat franco-marocain pour la formation de la jeunesse.

Le Maroc fait partie des pays qui ont fait le choix résolu d’enseigner la philosophie. Aujourd’hui, cette libre interrogation sur notre condition, à rebours des préjugés et des certitudes établies, fait des émules dans le Royaume. La réussite de cette grande fête de la pensée, à Rabat et Casablanca, en témoigne. On ne pouvait attendre moins d’un pays où l’héritage des Lumières arabes se mêle à celui des grands courants de la pensée européenne et mondiale.

Dernière modification : 01/12/2016

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