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Service de Coopération et d'Action Culturelle


- Cinémaroc n°10, mars-avril 1999 -
La lettre d'information des professionnels du cinéma et de l'audiovisuel au Maroc

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- CinéMaroc n°10 -

Michelle Aubert
Michelle Aubert,
présidente de la FIAF

Un an déjà...

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Portrait: Michelle Aubert, présidente de la FIAF

La Radiodiffusion Télévision Marocaine (RTM)


 



CINEMAROC
est une lettre d'information mensuelle
publiée par le CCM,
avec le soutien du Service culturel de l'Ambassade de France au Maroc.



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- Portrait -
Michelle Aubert,
présidente de la FIAF

Parlez-nous un peu de votre itinéraire.

À l'âge de vingt ans, je suis allée faire un voyage en Angleterre, mais je me suis installée plus longtemps que prévu. En me mariant une première fois avec un Anglais, j'ai abandonné mes études universitaires en France pour suivre une formation de documentaliste en Angleterre. Ensuite, j'ai travaillé dans une bibliothèque publique de haut niveau, avec une très belle section " art ".

J'ai été choisie au British Films Institut parce que je parlais trois langues, ensuite parce que j'avais tout un passé cinéphile depuis l'âge de onze ans, au ciné-club Jean Vigo de Nice, que je fréquentais assidûment.

J'ai passé vingt ans au sein de cet Institut où j'avais créé tout un système d'indexation des périodiques, en plus d'un petit centre de communication pour les chercheurs et les étudiants. C'est là où j'ai connu les premiers collègues de la FIAF (Fédération Internationale des Archives du Film), au début des années soixante-dix.

J'ai ensuite fait une carrière de conservatrice de l'Iconothèque, le Centre où l'on collecte les affiches, les photos et toutes sortes d'illustrations. Après ce travail que j'ai effectué pendant dix ans, j'ai assumé la fonction d'adjoint du conservateur au Film and Television à Londres. À partir de 1989, je suis revenue en France pour le poste de chef de service aux Archives du film dépendant du Centre national de la cinématographie.

Comment se présente la FIAF aujourd'hui ?

La FIAF a beaucoup changé depuis que je l'ai connue. Le nombre de ses membres a doublé.

Aujourd'hui, elle compte 125 affiliés, dont une grande partie de membres à plein temps, les autres étant membres provisoires ou associés.

Ce qui frappe surtout, c'est le nombre de pays qui a augmenté puisque la FIAF compte 68 pays dans le monde. La Fédération a connu des changements radicaux depuis l'éclatement du bloc de l'est.

Actuellement, il y a de meilleurs rapports entre les collègues tant au niveau de la communication, qu'au niveau de l'échange des programmes.

Cet éclatement a également suscité des problèmes d'ordre juridique auxquels la FIAF est confrontée.

Nous avons de grands soucis pour protéger certains patrimoines qui ne bénéficient plus de la protection qu'ils avaient avant.

On peut dire qu'il y a eu des bouleversements assez profonds et ceci se reflète dans le souci que nous avons aujourd'hui d'adapter la Fédération à ce nouveau mécanisme, cette nouvelle réalité.

Quelles sont les autres difficultés de la FIAF ?

Nous avons toujours des difficultés financières.

On n'a pas voulu augmenter les montants des cotisations parce qu'on ne voudrait pas favoriser certains pays par rapport à d'autres.

Plusieurs cinémathèques ne disposent pas de budget de fonctionnement et par conséquent ne peuvent rien faire. Nous restons en contact avec eux bien qu'ils ne paient pas leur cotisation.

Comment expliquez-vous le fait que les cinémathèques marquent un certain enthousiasme pour adhérer à la FIAF et que, avec le temps, elles deviennent indifférentes à la Fédération ?

Il y a des cinémathèques qui ont une fonction d'animation tandis que d'autres ont une fonction d'archives seulement. L'idéal est de conjuguer les deux fonctions. On retrouve à la FIAF les deux catégories.

Pour les pays en voie de développement, il est toujours difficile de créer une cinémathèque. Premièrement, parce qu'il y a eu l'évolution de la télévision qui a complètement changé l'équilibre cinéphile. Puis il y a eu l'avènement du multimédia qui a également changé la compréhension, auprès des jeunes, des images et de leur intérêt.

Actuellement, nous sommes à la recherche de nouveaux pôles cinéphiles. Les cinémathèques doivent, à l'avenir, redéfinir leur rôle suite à cet éclatement de l'image qui affecte toutes les souches de la population, en particulier chez les jeunes, et qui affecte aussi la façon dont l'industrie s'organise. Il faut trouver de nouvelles solutions et s'adapter à cet environnement.

Personnellement, je suis soucieuse. Certains concepts de la FIAF ont du mal à résister aux nouveaux affrontements que représentent des pôles tels que le CD, le DVD, le numérique, le multimédia. Que va devenir notre pôle dans toute cette concurrence de l'image ?

À propos des nouvelles technologies, les Américains viennent de mettre au point un système de transmission de l'image par satellite dans les salles de cinéma. Quelles conséquences prévoyez-vous pour les cinémathèques ?

Il y a là un pôle de réflexion essentiel entre nous. On ne pense pas qu'on va vraiment changer la façon de présenter le film en salle avant au moins vingt ans.

D'autre part, il y a un problème beaucoup plus complexe qui n'a pas été abordé, c'est celui de la conservation à long terme du cinéma. Bien sûr, les images numériques peuvent envahir les salles de cinéma.

Les images satellitaires arriveront sur les écrans. N'empêche qu'aujourd'hui encore la pellicule, en fin de course, est le seul support permanent et stable qui permet de stocker les images d'une façon durable. Le transfert numérique est un transfert temporaire, qui n'a pas une durée de conservation à long terme.

On utilise le numérique pour un accès à la télévision ou plus tard, peut-être, dans les salles, mais pas pour la conservation à long terme des œuvres.

Entretien réalisé par Ahmed Araib.

 

Cinémaroc, n°10, mars-avril 1999 - La lettre d'information des professionnels du cinéma et de l'audiovisuel