Valorisation des produits et optimisation des procédés de recherche

Interventions
M. le Ministre MOURAD CHERIF, Directeur Général de l'Office Chérifien des Phosphates.

 

Je vous remercie Monsieur le Président de me donner la parole. Je dois vous dire d'abord que je suis très heureux d'être parmi vous dans cette table ronde aujourd'hui, même si c'est toujours difficile de faire coïncider des agendas. Mais je pense que l'initiative qui a été prise est très importante à double titre. D'une part, parce que la recherche est l'un des axes stratégiques du développement d'un pays et il est important d'y réfléchir et, d'autre part, parce que cette réunion est placée sous le signe de la coopération franco-marocaine et je crois que cet axe aussi est très important. Je viendrai ici aujourd'hui, non pas pour présenter un catalogue de tout ce que nous faisons "bien", mais plutôt pour voir dans le cadre de la coopération franco-marocaine comment on pourrait nous aider à répondre à un certain nombre de problèmes qui se posent.

Mais je voudrais tout d'abord, puisque je représente aujourd'hui une entreprise, vous dire quelques mots sur notre expérience dans le domaine de la recherche, des relations entre l'université et l'entreprise, et vous faire part d'un témoignage. Il n'y a pas, je crois, de recette. C'est le résultat des expériences qui ont été vécues par une entreprise industrielle et commerciale qui exporte dans le monde entier et qui a évolué dans ce domaine.

L'OCP a connu des variations qualitatives dans son histoire puisque d'entreprise minière il est devenu une entreprise chimique dans les années 1960. Dès le départ, cette entreprise a, je crois, saisi l'importance de la recherche et a créé des relations avec l'université dès 1967. Les premières conventions avec l'Université de Rabat remontent à 1967, et les professeurs du département de Chimie de Rabat ont collaboré avec l'OCP depuis cette date. C'est également cette entreprise qui a créé le CERPHOS, centre d'études et de recherche en sels minéraux, qui est peut-être le seul centre de cette nature dans notre pays qui ait été créé par une entreprise. Il y en a eu un autre depuis, c'est un centre de recherche dans le domaine des phosphates minéraux.

Ce sont également des relations, ce sont environ 250 stages pour les universitaires qui sont effectués annuellement, avec une trentaine de projets de fin d'études. Alors, je donnerais, une première réaction : dans le cadre de la sensibilisation, je crois que nous devons avoir comme objectif d'instaurer une culture de la recherche à ce niveau des entreprises et d'arriver à démarrer le processus en créant une relation de confiance dans la valeur ajoutée des partenaires. Ceci me paraît extrêmement important, et nous avons un cas concret. Je préfère citer chaque fois des cas.

Le domaine de l'hydrogéologie, qui est un domaine intéressant une entreprise comme la nôtre, et qui était suivi par le Professeur DE MARSILI au niveau de l'Ecole des Mines de Paris, a pu être transféré naturellement auprès de l'Ecole Mohammedia d'Ingénieurs où c'est le Professeur HADDOUCHI qui aujourd'hui avec son équipe anime l'hydrogéologie. Cela a pu se faire grâce à un transfert dont le catalyseur a été M. FRADE ici présent. Eh bien, l'entreprise marocaine qui était l'OCP a joué le jeu dans ce transfert parce qu'elle a eu en face d'elle un universitaire et un chercheur avec lequel s'est établie cette relation de confiance. Voilà un cas qui touche bien sûr la recherche et qui touche également la coopération franco-marocaine. Je pense que c'est important de le citer.

Alors, la mise en oeuvre de cet objectif, en ce qui concerne la sensibilisation, je crois qu'elle passe par des mécanismes simples et réguliers. On ne peut pas imaginer de développer des relations entre l'université et l'entreprise s'il n'y a pas une implication totale de la part des universitaires vis-à-vis de l'entreprise. C'est devenu, je crois, une tradition au niveau d'une maison comme l'OCP, que tout ce qui est stages, travaux d'études, visites, ne soit fait que dans la mesure où les enseignants qui sont de l'autre côté s'investissent personnellement. Je crois que c'est essentiel. Cela a développé cette tradition de contacts, et puis il y a également un souci d'efficacité. Je crois que quels que soient les résultats, il faut qu'il y ait une évaluation à la fin. Il faut qu'il y ait un suivi, donc il faut qu'il y ait une évaluation et un bilan qui soit fait, qu'il soit positif ou qu'il soit négatif, ce qui nous permet d'essayer de mieux centrer nos interventions et non pas d'envoyer simplement des sujets ou des élèves dont on ne sait plus quel est le suivi. Et ce que je dis est valable également au niveau de l'entreprise. Il est important que l'entreprise s'implique totalement.

Maintenant, en ce qui concerne les relations bilatérales université-entreprise, il faudrait essayer de disposer d'un cadre permanent qui nous permette d'initier et d'entretenir des relations entre l'université et l'entreprise. Alors, comment créer ce cadre ? Comment faire qu'il soit efficace ? Comment éviter des cas qui sont simplement administratifs ou bureautiques. Je crois qu'au niveau national nous avons besoin de ces cadres qui nous manquent. Je crois qu'il faut que l'on réfléchisse à un cadre qui soit réellement efficace, et puis nous devons canaliser tous les efforts qui peuvent être faits dans le domaine de la recherche vers une efficacité qui soit globale de cette recherche et de ses retombées. Je crois qu'il faudra optimiser les moyens et adapter l'orientation en cours des recherches au développement économique pour pouvoir réellement signaler les sujets.

Pour la mise en oeuvre, je crois qu'il faudrait engager, pour atteindre cet objectif, une nouvelle réflexion avec les organismes de coordination et de promotion de la recherche qui existent déjà, savoir quelles sont leurs missions, quels sont leurs moyens, voir comment nous pouvons utiliser ces outils.

Il faudrait également réfléchir à l'efficacité globale des structures qui existent partout. On constate effectivement qu'il y a des unités qui existent un peu dans toutes les universités, qui souvent travaillent sur les mêmes sujets. Je prends un domaine comme celui de l'environnement, qui aujourd'hui nous concerne au premier point, et je constate que très souvent, dans les universités, chacun a voulu avoir son département environnement. Il ne faut pas arriver à une spécialisation comme on le voit ailleurs, mais à des spécialités plutôt qu'à une dissipation des moyens de recherche. On peut imaginer que telle ou telle université a plus de compétences dans tel ou tel domaine. Et puis il faut rechercher également une plus grande identification des responsables avec leurs projets. Ça aussi, souvent, ça nous manque. Il faut qu'on identifie, il faut qu'il y ait une relation qui soit établie entre les projets et les responsables.

Alors dans ce domaine, dans le cadre du Groupe OCP, il y a une expérience qui a été réussie avec l'université, et en particulier avec le Professeur BELBACHIR qui est ici présent. Elle concerne le domaine de la corrosion et elle a pu également fédérer d'autres entreprises, puisque c'est un domaine extrêmement pointu, pour lequel là aussi je rendrai hommage à l'Ecole des Mines de Paris et à l'intervention du Professeur FRADE. Je crois que c'est souvent un homme, une idée, ou un responsable qui peuvent faire avancer les choses. Ce sujet là a été traité entre l'entreprise et l'université, en associant d'autres entreprises, l'ONE, la SAMIR, l'ONA, les Forces Royal Air, et a permis de créer un groupe corrosion qui a montré son efficacité puisqu'en juin dernier nous avons tenu le premier Forum sur la corrosion au siège de l'OCP. Donc, c'est un groupe qui existe, qui s'est développé, qui fait un travail qui est utile, avec une prise de conscience économique, au niveau des responsables des entreprises, de ce que pourrait être cet apport de la recherche dans le domaine de la corrosion.

Les suggestions que l'on pourrait faire, au-delà de tout point de structure et de la dimension suivi-évaluation, ce serait de demander que cette dimension soit omniprésente dans tout travail de recherche. Ce serait de demander une harmonisation des travaux de recherche au niveau national et une fixation des priorités, une optimisation des moyens en développant des pôles de compétence et la mobilité des chercheurs, en intégrant le plus possible les contrats de l'entreprise en matière de coûts, de délais, de qualité, une action sur mesure en ce qui concerne les PME. Il y a également une idée qui m'est chère, c'est de faire que dans les établissements d'enseignement que sont les écoles d'ingénieurs on puisse intégrer des enseignants qui ne soient pas forcément régis par des règles strictes, parce qu'une école d'ingénieurs se développe et la relation université-entreprise se développe lorsque vous avez des professionnels qui sont aussi des enseignants pour partie. C'est souvent un moyen aussi d'initier la relation recherche-université. Et puis il faut une répartition dans les budgets qui soit raisonnable, non pas ce qu'on voit souvent : 70%, 90%, du budget pour des frais de personnel, avec aucun moyen de pouvoir agir en ce qui concerne le fonctionnement réel de l'acte de recherche.

Je crois que je vais m'arrêter là, parce que j'ai trop parlé, mais dans le cadre de la discussion je voudrais revenir ensuite, si l'occasion m'en est donnée, sur la coopération franco-marocaine.

Je vous remercie.

 


Table ronde, Valorisation des produits et optimisation des procédés de recherche
Valorisation de la recherche et le transfert des savoirs entre l'université et l'entreprise au Maroc