Valorisation des produits et optimisation des procédés de recherche

Interventions
M. COFFIN, Sous-Directeur des Affaires Internationales au Ministère français de l'Industrie, de la Poste et des Télécommunications.

 

C'est un thème qui est complexe et vu le temps qui nous est imparti, il est hors de question de le couvrir intégralement. Ce que je peux peut-être essayer de faire, en tant que responsable au Ministère de l'Industrie, c'est d'essayer de vous faire part d'un certain nombre de préoccupations qui nous guident, de vous dire un peu les principes sur lesquels nous concevons une action en matière de technologie, de développement technologique, d'innovation ou même plus simplement de développement industriel, en fonction des petites et moyennes entreprises. Je voudrais simplement souligner quelques principes qui me paraissent importants et qui ont fait plus ou moins leur preuve.

Ce sont quatre principes : un principe de cohérence, un principe d'ouverture, un principe de continuité et un principe de proximité. Ne me demandez pas de hiérarchiser ces principes, je ne saurais pas le faire. D'autant que je suis de plus en plus frappé au fur et à mesure du développement de ces politiques en faveur des PME de l'importance prise par les aspects strictement qualitatifs. Le développement industriel, et singulièrement le développement technologique des PME, est de plus en plus une affaire, je dirais presque de comportement. Et l'une des très grandes difficultés que l'on a dans la mise en oeuvre des politiques en faveur de ces entreprises est que, très souvent, il faut viser bien sûr le moyen terme, sinon le long terme. Il faut viser une modification de comportement, c'est-à-dire pratiquement avoir des politiques qui en elles-mêmes ont une nature sociologique. Ceci concerne bien sûr les PME, mais ça concerne aussi l'ensemble des intervenants dans ces politiques. Et, bien évidemment, une part importante dans la modification des comportements sociologiques concerne bien sûr les administrations de l'Etat. J'en viens à ces quatre principes que j'énumérais.

Premier principe : c'est celui de la cohérence et, avant toute chose, de la cohérence qualitative des actions de l'Etat puisque je suis au Ministère de l'Industrie, mais aussi des différents acteurs qui interviennent dans le cadre de ces politiques en faveur des PME. Bien évidemment, il faut quelques moyens, notamment des moyens financiers pour faire des politiques de développement industriel, mais j'ai eu l'occasion de le souligner ce matin, ne croyez pas que ces moyens sont importants, ce sont des moyens faibles. Nous avons un certain nombre de systèmes qui cherchent à favoriser par les petites et moyennes entreprises l'utilisation du consultant. Au niveau français, ces procédures chaque année représentent quelques dizaines de millions de francs. Nous avons des politiques de diffusion de technologie. Le montant cumulé de ces politiques depuis 1984 est de l'ordre du milliard de francs. C'est extrêmement faible par rapport au budget de l'Etat. C'est extrêmement faible, bien évidemment, par rapport aux investissements des entreprises. Mais c'est non négligeable, car avant toute chose dans ce terme de cohérence qualitative de différentes opérations, ce qui est important, c'est de susciter des dynamiques de développement et des dynamiques de modification des comportements. Dans cette ambition, parce que c'en est une, bien évidemment il faut que l'Etat et les organismes publics prennent en compte l'ensemble des préoccupations essentielles des entreprises, qui sont celles des différents intervenants dans le cadre de la politique de développement industriel. Je suis au Maroc depuis quelques jours et je suis frappé que les entreprises que nous avons rencontrées mettent presque systématiquement avant toute chose l'accent sur les difficultés qu'elles rencontrent aujourd'hui pour avoir un système de formation professionnelle qui leur donne des agents de quelque niveau que ce soit qui soient adaptés à leur besoin de développement et à leur besoin d'amélioration de compétitivité.

Deuxième principe, c'est celui de l'ouverture. Il faut que dans ce cadre de la politique de développement industriel et de la politique de développement technologique en faveur des PME, on prenne en compte l'ensemble des besoins et des aspirations des différents intervenants. Ceci comporte bien évidemment une action très importante en matière de veille technologique et en matière de prospective technologique. Le Ministère français de l'Industrie a lancé il y a quelque temps une étude qui est importante, qui porte tout simplement sur les technologies clés. Qu'est-ce qu'une technologie-clé ? Une technologie-clé pour les entreprises qu'est-ce que ça veut dire ? Quelles sont les actions qui doivent être entreprises, quels sont les objectifs qui doivent être recherchés? Cette étude ne doit pas être conduite par un bureau d'études ou par des services du Ministère. C'est une étude, qui, pour avoir une signification, doit être conduite avec un ensemble maximal d'intervenants. Dans la pratique, nous avons consulté quelques centaines de spécialistes en technologie.

En terme d'ouverture, il faut tout simplement garder en tête un certain nombre d'objectifs. Je suis très heureux d'avoir entendu M.CHASSAGNE rappeler que les universités sont des éléments essentiels dans le développement économique d'un pays. C'est vrai, c'est aussi simple que ça. Mais à partir de là vous voyez bien que l'on peut dévier très rapidement sur un certain nombre de préoccupations et un certain nombre d'orientations.

Je vais être rapide, parce que je parle déjà depuis longtemps, sur les deux derniers principes. Le principe de continuité, c'est évident. Une politique de développement en faveur des PME et, singulièrement, une politique de développement technologique, ça se conduit sur le temps, ça se conduit sur la durée. C'est au minimum des politiques de moyen terme quand il ne s'agit pas de politique de long terme. Les premières opérations de diffusion des technologies en faveur des PME ont été initiées en 1984. Nous n'avons pas terminé dans ce domaine-là. Evidemment, depuis 1984 un certain nombre de nouvelles technologies sont entrées dans le cadre de cette politique. La continuité, ça ne veut pas dire le rigorisme, l'immobilisme, mais ça peut tout simplement montrer, notamment aux entreprises, que l'Etat est engagé dans une politique de long terme.

Dernier point, celui de la proximité. On n'y pense jamais, mais il est important avant toute chose. Très certainement l'une des raisons du succès, et à l'inverse des difficultés que l'on peut rencontrer en terme de politique de diffusion de technologies, est tout simplement une question de proximité géographique, et le simple fait qu'un certain nombre de réformes aient été entreprises pour déconcentrer quelques administrations de l'Etat et les rapprocher physiquement des entreprises est très certainement une des raisons qui ont facilité la mise en _oeuvre d'un certain nombre de politiques. C'est vrai pour les autres organismes, c'est vrai pour les universités, c'est vrai pour les intervenants de toute nature.

Je m'en tiens là, on pourrait développer chacun de ces thèmes et peut-être aurais-je l'occasion de revenir sur quelques uns d'entre eux. Merci.

 


Table ronde, Valorisation des produits et optimisation des procédés de recherche
Valorisation de la recherche et le transfert des savoirs entre l'université et l'entreprise au Maroc