Le livre au Maroc


Revue de l'Association Marocaine des Professionnels du Livre (AMPL)


Il Paraît au Maroc
N°4, Décembre 1997

Revue de l'Association Marocaine des Professionnels du Livre
(AMPL)


  Il paraît que...
Oh ! le beau Salon...

     Les salons sont trop souvent des lieux où les invités, alignés comme à la parade, se regardent en chiens de faïence, tout en cherchant des sujets de conversation qui leur feraient oublier leur mal de dos ! Rien de tel à Tanger, pour le Salon du livre qui fit exploser l'Institut français entre le 19 et le 23 novembre dernier.

     Explosion de rire, avec les spectacles organisés, chaque soir, dans une Salle Beckett archi-comble : "Le Piston", one-man-show d'Amidou, au mieux de sa forme, et Gérard Majax qui, faute de subtiliser un visa au Consul de France, imprudemment assis au premier rang - il suffit désormais, paraît-il, de demander... -, fit prestement disparaître sa montre, en donnant une superbe démonstration de professionnalisme mis au service de la fantaisie et de la magie.

     Explosions d'applaudissements, répercutés dans toute la cour de l'Institut par les haut-parleurs d'une sonorisation opportunément installée pour ceux qui n'avaient pas trouvé de place dans la bibliothèque, au terme des interventions de Driss Chraïbi, Malek Chebel, Abdelhak Serhane et du jeune Hadrien Laroche, venu de Paris pour présenter son livre sur Jean Genet. Pas de cours magistraux ni de langue de bois, mais des prises de parole, intenses, souvent émouvantes, par des auteurs qui apportèrent, dans un climat de confiance et d'écoute, la preuve que l'écriture, la vraie, passe par le corps où elle laisse sa marque.

     Explosions d'indignation, heureusement tout ce qu'il y a de plus pacifiques, à l'occasion des nombreux débats organisés à l'autre bout de la ville, dans le cadre accueillant de l'Institut de formation du tourisme et qui suscitèrent des réactions souvent passionnées. La librairie au Maroc, les livres d'art et les livres d'enfants, l'écriture des femmes, l'auto-édition et les comptes d'auteurs furent ainsi l'occasion de "mises à plat" des problèmes rencontrés par les auteurs, les éditeurs et les lecteurs. Des confrontations, souvent vives, mais toujours porteuses d'éclaircissements, en présence de professionnels de qualité, qu'il s'agisse du peintre Farid Belkahia, de l'éditeur Abdelkader Retnani ou de Georges Bousquet, venu retrouver son ami Mohamed Choukri dont le célèbre béret pointait vers la tribune comme la torche de la statue de la Liberté...

     Explosion du tonnerre, enfin, au-dessus de la galerie Delacroix, le soir du vernissage de l'exposition de Gerard Rondeau, Figures du Maroc. L'avion qui transportait Perle Scemla dut, sous l'orage, rebrousser chemin vers Casablanca, mais les trombes d'eau qui s'abattaient sur la ville ne dissuadèrent pas un public très nombreux de venir admirer le remarquable accrochage réalisé à partir des tirages des photographies composant un livre désormais célèbre.

     Comme toutes les fêtes, ce Salon, qui en fut incontestablement une pour le livre, eut aussi ses coulisses : tables dressées à la Résidence du Consul où les participants, Français et Marocains, furent accueillis chaleureusement; orchestres, musique et chansons chez Leïla Mimoun Abaakil, qui sut ouvrir la première page de sa nouvelle librairie (Page et plume, cf. p. 22-23) dans une soirée endiablée; récital improvisé de la chanteuse Soumeya Abdelaziz, applaudie par les "congressistes" et les étudiants de l'Institut de tourisme.

     Autant de notes, de sons et de mots qui vinrent s'enrouler sur le magnétophone de Colette Fellous, réalisatrice française de l'émission de France culture Les Nuits magnétiques, omniprésente, le micro en main et le sourire aux lèvres. Le 1er décembre, les auditeurs de la radio eurent ainsi la joie "d'écouter" Tanger, plus que jamais carrefour de la Méditerranée, des lettres, des arts, des hommes... et des femmes !

     Merci Jean-François Schaal (le directeur de l'Institut français de Tanger-Tétouan), merci Rita (sa collaboratrice, dont le charme n'eut d'égal que le sang-froid), merci à tous ceux qui provoquèrent, par leur aide et par leur présence, cette éclaircie dans le ciel chargé des livres. L'année qui nous sépare du prochain Salon de Tanger promet d'être longue, mais nous saurons ne pas rester les bras croisés dans cette attente...

 

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