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Driss Alaoui Mdaghri, Ministre de la Communication, Porte-parole du gouvernement
Je voudrais profiter de l'occasion qui m'est offerte pour vous entretenir de quelques préoccupations qui me tiennent particulièrement à cur et qui concernent l'audiovisuel dans notre pays.
L'occasion me paraît donc propice pour faire le point de la situation à la lumière des développements que connaît ce secteur à travers le monde et des changements rapides qui s'y opèrent. Elle est opportune aussi parce qu'elle permet de récapituler les actions vastes et résolues engagées par notre pays pour se doter d'un outil audiovisuel performant, apte à répondre à la demande d'aujourd'hui et, surtout, aux sollicitations et exigences de demain.
Mais avant d'aller au vif du sujet, je tiens à adresser mes remerciements aux organisateurs pour cette excellente initiative. Je souhaite aussi féliciter les responsables de l'Office de la formation professionnelle et de l'Institut national de l'audiovisuel français pour leur projet de création d'un institut de formation aux techniques de l'audiovisuel.
Depuis quelques mois, en effet, les responsables de l'INA et de l'Office avaient établi des contacts avec le ministère de la Commu-nication pour l'entretenir de la genèse et de l'évolution de ce projet. C'est une idée qui nous réjouit et à laquelle le ministère entend apporter tout son appui.
Je crois que les changements en cours qui affectent le champ audiovisuel et les formations afférentes sont de nature à favoriser l'émergence de nouveaux métiers et à répondre à de nouvelles demandes dont nous entrevoyons certaines et nous ignorons d'autres. Les changements techniques, en particulier, vont créer une multitude d'activités et de métiers dont nous n'avons même pas conscience aujourd'hui. C'est pourquoi, profitant de cette occasion, j'invite les responsables précités à envisager de dispenser, outre les formations de moyenne durée, des sessions de perfectionnement et de recyclage. C'est, du reste, ce que s'apprête à faire l'Institut supérieur de l'information et de la communication qui vient de connaître une réforme importante dont les éléments seront annoncés la semaine prochaine à l'occasion de l'ouverture de l'année universitaire. Cet établissement est également appelé à coordonner son action avec les différents opérateurs dans le domaine de la formation en matière de techniques de l'audiovisuel.
Je voudrais à présent aborder ce que les Anglo-Saxons appellent " the beef ". Je m'empresse de rappeler les mutations profondes, rapides et irréversibles que d'aucuns assimilent à une véritable révolution socio-économico-culturelle et qui sont en train de se produire dans le champ de ce qu'on appelle traditionnellement, mais peut-être abusivement désormais, l'audiovisuel.
Ces mutations sont parfois d'ordre technologique. On parle en effet, aujourd'hui, de système numérique, de multimédia, etc. Je voudrais, à ce propos, relater une anecdote rapportée par le directeur de Média-Lab du célèbre MIT, Nicholas Negroponte. Celui-ci, invité à un séminaire organisé par l'un des cinq principaux fabricants mondiaux d'ordinateurs, s'est présenté au bureau d'accueil et d'enregistrement des délégués. Le préposé au contrôle lui a alors demandé de lui montrer son ordinateur portable et de lui préciser quels en étaient le modèle, les caractéristiques et la valeur. Pour ce dernier volet, il a répondu qu'il estimait la valeur à quelque 2 millions de dollars . Le préposé, interloqué, s'est montré particulièrement sceptique. " Montrez-moi cet appareil ", le pria-t-il. Ayant examiné l'ordinateur, il décida qu'il ne pouvait valoir plus d'un millier de dollars. Il s'agissait, évidemment, d'une confusion entre ce que Negroponte appelle les atomes et les bits. En termes d'atomes, ce matériel ne coûte effectivement guère plus de 2 000 dollars, une somme insignifiante par rapport à la valeur réelle de l'information contenue dans l'ordinateur et qui peut se chiffrer en millions de dollars. C'est cette réflexion qui a inspiré à Negroponte cette formule intéressante : le GATT est une histoire d'atomes. Le GATT est appelé sûrement à devenir une histoire de bits et non d'atomes.
Je vous disais tantôt qu'on ne pouvait peut-être plus parler réellement d'audiovisuel aujourd'hui. En effet, quand on songe à l'intégration de l'informatique, des télécommunications et de l'image (la télévision), l'on est en droit de s'interroger sur l'opportunité de continuer à parler d'audiovisuel au sens conventionnel du terme. Cette intégration a induit un certain nombre de changements notables. Il y a dix ou quinze ans, quand on en parlait, cela paraissait si lointain, parfois prophétique et même prémonitoire. Aujourd'hui, ces changements sont vécus comme une réalité quotidienne. Nous sommes dans une phase où les acteurs du champ audiovisuel sont en train de changer, les techniques et les programmes aussi. Les concentrations se multiplient et s'accentuent, créant une situation paradoxale marquée par la prolifération des chaînes et des programmes, d'un côté, et l'uniformisation des contenus, de l'autre. Ce sont, effectivement, les mêmes documentaires, les mêmes films, les mêmes spectacles, les mêmes événements sportifs qui sont offerts par toutes les chaînes du monde. Cette problématique, à mon sens, appelle toute notre attention.
Une autre manifestation majeure de ces mutations mérite d'être rappelée : c'est le rapport du consommateur (ou téléspectateur ou utilisateur) à sa télévision, rapport qui est en train de se transformer radicalement. Je rappellerai, à ce propos, et pour reprendre une expression devenue universelle, que nous sommes en train de passer d'une télévision de flux à une télévision de stock, une télévision dans laquelle il y avait une offre par les diffuseurs et une demande qui est une demande passive. En d'autres termes, nous assistons à une transition d'une télévision de l'offre à une télévision de la demande ; le téléspectateur, jusque-là passif, est en passe de devenir un téléspectateur actif, voire en interactivité avec le poste qui est devant lui.
Negroponte, dont je recommande vivement la lecture de son livre L'Homme numérique, soutient que la télévision est l'exemple type du média dans lequel toute l'intelligence se trouve au point d'origine.
Le diffuseur décide et le spectateur se contente de prendre ce qu'on lui donne. En fait, en calculant au centimètre cube, votre téléviseur est probablement l'appareil le plus bête qui se trouve chez vous. Très malicieux, Negroponte ajoutait ceci : au lieu de penser à l'évolution de la télévision en termes de plus haute résolution, de meilleures couleurs ou d'un plus grand nombre de programmes, pensez-y, plutôt, en termes de redistribution de l'intelligence ou, plus précisément, de déplacement de l'intelligence du diffuseur vers le récepteur (destinataire).
Je crois que ces constats et appréciations appellent, de notre part, un bilan critique de notre action en matière audiovisuelle au Maroc, et une définition rigoureuse de ce qu'est notre action maintenant et de ce qu'elle doit être à l'avenir.
S'agissant du bilan, les faits parlent d'eux-mêmes, pour peu que l'on prenne la distance critique nécessaire, que l'on ait en tête les contraintes et les difficultés inhérentes au pilotage de l'outil audiovisuel dans tous les pays du monde. Celui-ci, en effet, est chargé de symboles, de références, d'enjeux et de tensions. C'est surtout un instrument d'influence, non seulement publicitaire, donc économique, mais également politique, culturelle et sociale. Il n'est pas toujours évalué et jaugé avec la distance critique nécessaire.
Je crois que s'il fallait très brièvement désigner deux ou trois zones d'intervention où des actions fondamentales ont été engagées au Maroc, au cours de ces dernières années, je devrais d'abord rappeler l'outil traditionnel que constitue la RTM, qui poursuit son chemin avec plus ou moins de bonheur, selon les circonstances et les difficultés de financement, de gestion et de programmation. Mais les efforts de redressement et d'adaptation sont là, réels et concrets. à ce titre, je voudrais rappeler que le lancement par la RTM, dès 1993, de la chaîne de programmes par satellite, a constitué une percée majeure au niveau de la maîtrise des technologies nouvelles, surtout avec l'allocation d'un émetteur sur Intelsat. La capacité de cet instrument est utilisée aujourd'hui à concurrence de 50 %, la moitié restante pourra être exploitée pour diffuser les programmes numériques. Je crois donc que c'est un pas très important qui a été franchi en matière d'utilisation des nouvelles technologies. Il reste encore à l'utiliser pour sécuriser davantage les réseaux hertziens et pour favoriser la diffusion d'autres programmes.
S'agissant de la deuxième chaîne, 2M, j'évoque, au passage, les efforts qui ont été déployés pour assurer son sauvetage - je dis sauvetage pour rappeler tous les écueils qu'il fallait surmonter pour lever l'hypothèque qui pesait sur son avenir, sa survie et qui allait créer un vide cruel dans le champ médiatique du pays. Or, non seulement 2M a été sauvée in extremis, mais elle est en cours de redressement malgré la fragilité persistante de sa situation financière. Ce rappel s'impose d'autant plus que peu de gens réalisent que nous sommes passés d'une télévision confinée à une centaine de milliers d'abonnés, à une télévision qui est aujourd'hui reçue par plus de 7 millions de téléspectateurs. C'est un changement considérable, tant au plan qualitatif que quantitatif et un acquis majeur pour le public marocain qui suit en clair des programmes conçus selon une ligne éditoriale responsable, moderne et ouverte. Je tiens à cet égard à rendre hommage à toute l'équipe des cadres, des techniciens et des journalistes, qui se dévouent tous pour cette chaîne, qui, je crois pouvoir l'affirmer, tient la comparaison avec les chaînes de niveau international et dont le Maroc est en droit d'être fier.
Toujours dans le cadre du thème de notre rencontre, à savoir l'industrie de l'image, je voudrais aborder la question du cinéma. Je rappelle, à ce propos, qu'à l'occasion de " la journée du cinéma au Maroc " que nous organisons le 16 octobre prochain, j'aurai le plaisir d'annoncer un train de mesures structurantes et fondamentales en la matière.
Ce que je peux dire à ce stade, c'est qu'un certain nombre d'actions positives ont été menées et ont produit des effets bénéfiques et prometteurs pour la profession et pour l'industrie cinématographique en général. Ainsi, et pour ne citer qu'un exemple, le tournage de films étrangers au Maroc a permis, au titre de l'année dernière, de drainer des investissements de l'ordre de 150 millions de dollars. Cette performance tient essentiellement aux mesures prises pour favoriser le déploiement de l'activité cinématographique internationale au Maroc et pour stimuler, parallèlement, la production nationale dans ce domaine. Ainsi, la loi de finances comporte désormais des dispositions permettant d'exonérer des matériels et équipements de cinéma, de certains droits et taxes. En outre, il a été décidé de diminuer de 50 % la taxe d'écran concernant la publicité. Cette activité est également en cours de restructuration.
S'agissant enfin des nouvelles technologies, et notamment de l'Internet, je crois que les efforts qui ont été consentis en la matière ont permis d'enregistrer les résultats les plus encourageants. J'ai conscience qu'il y a encore beaucoup de problèmes, que les infrastructures ne sont pas encore suffisantes, mais je suis convaincu que nous sommes engagés dans la bonne direction. Il y a quelques jours, M. le Premier ministre présidait une réunion relative à l'utilisation d'Internet par les instituts de recherche et les universités. C'est une étape considérable qui vient d'être franchie en la matière. Je rappellerai, à ce propos, que le ministère de la Communication dispose actuellement d'un des sites institutionnels les plus fréquentés de l'espace francophone, enregistrant des milliers de consultations par jour qui nous valent un courrier électronique tellement abondant que nous n'arrivons pas, parfois, à y répondre avec la célérité voulue.
Voilà, brièvement résumées, quelques-unes des activités qui ont été réalisées ces derniers temps, dans le domaine qui fait l'objet de notre débat aujourd'hui.
Je voudrais maintenant passer au deuxième volet de mon exposé, qui s'inscrit dans le prolongement de l'action menée jusque-là et dont l'orientation a été définie en fonction des mutations qui s'opèrent dans le monde, des techniques qui nous sont accessibles et des nouveaux rapports qui s'instaurent entre le citoyen et la télévision.
Si nous envisageons trois échéances, à savoir le court terme, le moyen terme et le long terme, c'est néanmoins par ce dernier que nous commencerons, car c'est le long terme qui permet de tracer les grandes orientations et les lignes directrices et de fixer les objectifs stratégiques. Ceux-ci, à leur tour, conditionnent et structurent les politiques et les tactiques à suivre à plus ou moins brève échéance.
L'horizon, ici, se situe entre cinq et quinze ans. Il est évident que peu de gens peuvent, avec quelque degré de fiabilité, prédire ce qui va se passer dans dix ou quinze ans, surtout au vu des changements spectaculaires qui s'opèrent devant nos yeux. En effet, même dans les pays les plus avancés, peu de gens savent véritablement quel va être l'impact de ces mutations sur notre culture et sur la civilisation humaine en général. Mais si l'on se situe à un horizon de dix-quinze ans, on peut prévoir, sans grand risque de se tromper, la consolidation de ce mouvement mondial de convergence qui exige de nous d'uvrer en faveur d'une autre convergence, celle qui se dessine entre l'informatique, les télécommunications et la télévision traditionnelle. Là aussi, il n'est pas nécessaire d'aller dans le détail ; on dira seulement que l'on sait déjà, grâce notamment au numérique, qu'il y aura un seul terminal qui fera office à la fois de poste de télévision, d'ordinateur et de téléphone.
À ce propos, la Federal Communications Commission, aux états-Unis, vient de décider qu'à l'horizon 2006, il n'y aurait plus que la télévision numérique dans ce pays où l'on fera ainsi table rase des programmes diffusés en analogique. Il va sans dire que le procédé qui aura été adopté aux états-Unis va s'étendre progressivement à l'Europe, à l'Asie et au reste du monde. Nous avons donc intérêt à prendre les mesures d'adaptation qui s'imposent.
Ce média unique et intégré appelle aussi une stratégie cohérente. En termes d'équipements, on ne peut plus se permettre le luxe d'avoir un département qui s'équipe d'un matériel de réception et de diffusion déterminé et un autre département qui se dote d'équipements fondamentalement différents. Il faut qu'en matière de communication nous ayons une politique cohérente et homogène. Cela suppose, au niveau de l'organisation, un centre de décision unique. Mais cela ne signifie pas une centralisation au niveau de la mise en uvre, cela suppose plutôt l'existence d'un pilote unique, sous peine de disperser les efforts et les ressources.
La même coordination s'impose au niveau de la formation et des ressources, ainsi qu'au plan de la production. Il faut, en effet, développer une industrie de l'image marocaine qui permette la diffusion de la production nationale à l'étranger, au même titre que, par exemple, les productions mexicaines, argentines ou égyptiennes. Parallèlement, nous devons pouvoir produire des images destinées au public marocain, permettant de sauvegarder cette niche écologique dans laquelle nous devons, comme j'aime à le répéter, nous situer face à la déferlante de la culture dominante.
Voilà ce que j'avais à dire sur le stratégique et le long terme. Il faudra donc traduire cela en politiques à court et moyen terme.
Le moyen terme, en ce qui me concerne, c'est une échéance variant de six mois à trois ans, voire cinq ans. Dans cette perspective, des actions ont déjà été engagées, d'autres sont en cours de finalisation. Cela suppose, évidemment, un effort d'accompagnement dans les domaines législatif et réglementaire. En fait, je ne pense pas que ces deux aspects posent des problèmes majeurs, d'autant que les efforts déployés à cet égard semblent épouser la courbe d'évolution de la société.
La loi sur l'audiovisuel, qui est en gestation, viendra en réalité compléter un dispositif législatif et réglementaire déjà en place. Je rappellerai, à ce propos, le projet de création du Conseil supérieur de l'audiovisuel, dont l'idée fut lancée à l'occasion de l'Infocom et qui doit pouvoir se concrétiser à moyen terme, afin de susciter un dialogue constructif et des échanges fructueux entre les différents partenaires de l'audiovisuel.
En outre, une loi sur la publicité est en cours de finalisation ainsi qu'un texte de réforme concernant la question des droits d'auteur au Maroc. Ces textes ont été transmis aux instances compétentes et devraient être promulgués dans les mois à venir. Mais c'est surtout dans le domaine réglementaire que se situe l'essentiel des actions à entreprendre pour le moyen terme.
S'agissant du volet financement, il va sans dire que tout doit être mis en uvre pour assurer à l'audiovisuel des ressources régulières, stables et conséquentes. Chacun sait, en effet, que le système de financement actuel est loin d'être satisfaisant. Il faudra, dans un premier temps, stimuler et restructurer le marché de la publicité. Il est non moins impératif d'accroître les ressources provenant de la redevance au titre de la télévision. Si cela vient d'être décidé en France, au Maroc, cette augmentation n'est pas préconisée nécessairement pour cette année ou l'année prochaine, mais plutôt pour le moyen terme. à ce propos, et pour vous donner un ordre de grandeur, je me bornerai à citer des chiffres concernant seulement deux chaînes de télévision françaises, qui ne sont pourtant pas les principales, à savoir : la Cinquième et Arte. Celles-ci représentent solidairement un budget de quelque 2 milliards de francs français. Les deux chaînes marocaines réunies ont, elles, un budget de l'ordre de 500 millions de francs français. Quand on dit qu'il faut accroître la production locale, développer la qualité, personne ne conteste cet impératif ; et il me semble que, parfois, les difficultés et les contraintes budgétaires ont quelque chose de positif, dans la mesure où elles stimulent l'imagination et poussent à redoubler d'ingéniosité pour satisfaire l'exigence de qualité. Il n'en demeure pas moins qu'il y a des limites à ces ressorts, à ces ressources qui ne sont pas extensibles à l'infini. Nous avons réellement besoin de moyens complémentaires pour hisser la production nationale aux niveaux qualitatif et quantitatif que nous appelons de nos vux.
Certes, la publicité peut être à cet égard d'un apport non négligeable, mais il appartient aussi au secteur privé de s'impliquer davantage dans le créneau audiovisuel. Je rappelle, à cet égard, que la chaîne de télévision 2M appartient pour 30 % à des capitaux privés. J'espère qu'une fois achevée sa restructuration financière, dans deux ans environ, le secteur privé pourra retrouver sa place dans des conditions bien définies par un cahier des charges précis qui aura été établi à cet effet.
Dans le domaine cinématographique, nous sommes relativement bien lotis. Nous avons à Ouarzazate des studios où l'on tourne des films de plus en plus nombreux. Nous veillerons à ce que cela continue et se développe.
Quant à la télévision à moyen terme, des études ont été réalisées, des chantiers ont été lancés pour une réforme exhaustive accompagnée de la mise en place d'un réseau de télévisions régionales. Cette réforme est de nature à améliorer la qualité et la performance de la télévision nationale, en mettant à sa disposition les ressources nécessaires et les instruments de gestion et de pilotage adéquats. Elle permettra aussi de développer notre offre satellitaire destinée à l'étranger, ainsi que notre télévision éducative dont le projet, conçu en étroite collaboration avec le ministère de l'éducation nationale, devrait voir le jour à moyen terme. Les programmes pédagogiques et didactiques mis au point ou en cours permettront de mettre en place progressivement une télévision éducative à part entière qui ne fera pas obstacle au volet éducatif que l'on trouve dans la télévision en général.
Pour ce qui est du court terme, c'est-à-dire les trois ou quatre mois à venir, je tiens à citer des actions concrètes et immédiates. Je rappellerai d'abord que 2M sera en mesure, sous peu, d'élargir sa couverture du territoire national au-delà des 70 % de la population qu'elle arrose actuellement. L'extension commencera par la zone nord, puis concernera le reste des zones d'ombre. Si cela n'a pas été fait plus tôt, c'est parce qu'il y avait des problèmes liés aux procédures de lancement d'appels d'offre et de financement. Ainsi 2M sera présente à Tanger avant la fin de l'année.
S'agissant du financement, nous avons rencontré quelques difficultés au niveau de la collecte des redevances auprès des régies chargées de cette opération et qui sont éparpillées à travers le territoire national. Nous sommes en train d'examiner avec le ministère des Finances la possibilité de confier cette tâche à une seule structure capable de recouvrer et de canaliser l'intégralité des recettes de redevance, et d'assurer une fluidité et une régularité dans les versements.
Toujours en ce qui concerne la télévision et sans entrer dans le détail à ce stade, je dirai que les grilles et les contenus des programmes connaîtront des changements conformes aux nouvelles orientations et que l'on procédera, sous peu, au lancement d'un bouquet crypté de la chaîne ART qui va nous permettre d'élargir l'offre locale de chaînes de télévision. à cet égard, je suis de ceux qui pensent que la multiplication des images extérieures est une chance et un facteur d'enrichissement pour le Maroc, sous réserve que notre propre offre d'images soit de qualité et soutienne la comparaison.
Je voudrais également signaler l'organisation, dans quelque temps, d'une journée de travail avec les critiques de télévision - et j'espère qu'ils seront nombreux à venir pour faire le point sur la télévision, son contenu, ses programmes. J'entends et je lis beaucoup de choses sur nos chaînes de télévision. Ainsi, on est allé jusqu'à dire que la TVM était la dernière télévision du monde et que 2M serait à mettre dans le même sac. J'ai pris connaissance d'autres appréciations aussi excessives qu'injustes et d'autant plus douteuses qu'elles ne reposent pas sur des études comparatives et objectives.
Je regarde des chaînes de télévision à travers le monde et je peux affirmer que si je ne suis pas totalement satisfait des nôtres, en raison notamment des exigences de qualité qui m'animent, je ne suis pas pour autant prêt à céder à la critique simpliste et au dénigrement systématique. Mais, pour revenir au journal qui s'est laissé aller à de tels excès, on pourrait, pour rendre la politesse, le juger à l'aune des quotidiens New York Times et Le Monde. Pourtant, j'estime que ce journal, comparativement à d'autres, est un bon journal. Je considère, en effet, que tout est relatif, et qu'on ne devrait comparer que ce qui est comparable. Je me dis ainsi qu'il y a des niveaux de qualité à atteindre et qu'il y a, par exemple, au Maroc, des journaux qui s'efforcent de progresser. Il faut donc éviter de tomber dans le dénigrement systématique et d'avoir une attitude nihiliste qui empêche toute construction positive. C'est dans cet esprit de dialogue constructif que j'envisage une réunion avec les critiques de télévision, pour voir comment ils perçoivent ce média et ce qu'ils proposent pour en améliorer le contenu et la performance.
Enfin et dans le même ordre d'idées, je rappelle que des études d'audience sont en cours de préparation ou de réalisation. Certaines ont déjà été effectuées à la demande des annonceurs. Certes, elles ne sont pas parfaites, mais elles sont très utiles. D'autres études vont être lancées incessamment par le Service autonome de publicité et par 2M, pour mieux cerner l'audience. Elles serviront aussi de base de travail pour les critiques de télévision, toujours dans un souci d'amélioration de la qualité de la télévision.
Pour ce qui concerne le cinéma et comme je l'ai évoqué précédemment, je compte annoncer à l'occasion de la " journée du cinéma ", le 16 octobre courant, un train de mesures concrètes en faveur de l'activité cinématographique au Maroc. De même que nous tiendrons bientôt une réunion de la Commission du fonds d'aide au cinéma qui lui permettra de liquider le passif et de relancer sa campagne, notamment en désignant les nouveaux membres et en entamant son programme d'action. Parallèlement, des projets de partenariat seront annoncés, toujours dans le cadre de la promotion de la production cinématographique, et en collaboration avec la télévision.
Quant aux nouvelles technologies et parallèlement au journal électronique que nous avons lancé, Al Anbaa, en langue arabe, nous mettrons sur Internet, très prochainement, un magazine hebdomadaire en langue anglaise, pour assurer une meilleure diffusion des informations concernant le Maroc. Le site Internet du ministère de la Communication permettra aussi de consulter rapidement et régulièrement les discours et les déclarations de Sa Majesté le Roi. En outre, nous procé-derons, vers la mi-novembre, à l'inauguration du nouveau siège du ministère. Je voudrais, à ce propos, préciser qu'il ne s'agit pas des locaux de l'imprimerie et du journal Al Anbaa, comme cela a été rapporté par erreur dans un éditorial de L'économiste, il y a quelques mois, mais il s'agit plutôt de l'édifice qui regroupera l'ensemble des services et annexes du ministère qui sont aujourd'hui dispersés ici et là. Ce bâtiment sera doté, entre autres, d'un centre multimédia qui sera progressivement équipé en matériel de pointe.
S'agissant de la formation, je vous disais que j'inaugurerai la semaine prochaine la rentrée universitaire à l'Institut supérieur de l'information et de la communication, qui a d'ailleurs changé de nom puisqu'il s'appelait auparavant l'Institut supérieur du journalisme.
Je crois avoir été un peu long, je m'en excuse auprès de mon excellent collègue M. Mourad Cherif et de M. l'Ambassadeur de France, ainsi que de tout l'auditoire. Mais il m'a paru nécessaire, à cette occasion, de dire certaines choses à ceux qui sont préoccupés par les médias. Je crois que les axes stratégiques sont assez clairs, les actions structurantes à moyen terme sont également bien identifiées ; le tout étant souple et flexible pour permettre une meilleure adaptation aux changements en perspective. Les mesures d'urgence ont été arrêtées, voire, pour certaines, déjà mises en uvre. Il faut donc poursuivre cet effort, mais en prenant soin de ne pas faire comme l'autruche qui, pour se dissimuler la réalité, cache sa tête dans le sable, et d'essayer de voir ce qui se passe autour de nous. Il faut éviter l'attitude de l'âne de Buridan qui éprouvait tant de difficultés à choisir entre le foin et l'eau. Peut-être pour terminer ces métaphores animalières, préfère-t-on la démarche de l'écureuil, faite de clairvoyance, de curiosité, de flexibilité et de souplesse. C'est probablement cette approche qu'il convient de développer aujourd'hui, si l'on veut réellement profiter de cette chance inespérée qui nous aidera à nous insérer harmonieusement dans la civilisation en devenir. Cette chance, ce sont les nouvelles technologies qui nous l'offrent et c'est notre capacité à exploiter les ressources de notre intelligence qui nous y conduira.
Driss Alaoui Mdaghri
Ministre de la Communication
Porte-parole du gouvernement
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