|
|
Frédéric Taton
Mesdames, Messieurs, je vous remercie de nous avoir rejoints après cette première séance inaugurale qui nous a permis de définir avec précision à la fois les enjeux et, d'une façon beaucoup plus large, le développement de l'audiovisuel dans le monde et, en ce qui nous concerne, au Maroc.
C'est donc le thème central de cette journée : " Les bouleversements de l'audiovisuel dans le monde. " Pour reprendre les idées principales qui ont été développées par M. le Ministre de la Communication et par M. le Ministre de l'Emploi, de l'Habitat et de la Formation professionnelle, dans cette première partie introductive, il a été dit que l'industrie de l'image est un formidable vecteur de croissance. J'ai noté une référence que j'avais trouvée très parlante : dans cette fin de xxe siècle, aux États-Unis, les industries de l'image dépassent, en chiffre d'affaires, les industries de l'armement. Ce qui montre l'évolution phénoménale qui s'est enclenchée et qui se poursuit.
Cette forme de développement (M. Alaoui Mdaghri l'a rappelé tout à l'heure) s'appuie sur la conjonction tout à fait nouvelle de trois points : les télécommunications, l'informatique et la télévision (maintenant numérique) qui sont en train de faire naître à la fois une technologie et une industrie qui commencent à nous bouleverser, mais qui vont, de toute évidence, créer des métiers qu'on ne connaît pas encore, bouleverser nos habitudes de fonctionnement, nos habitudes de consommation, nos habitudes culturelles. Et ce sont tous ces bouleversements que nous allons essayer aujourd'hui ensemble d'étudier, de mieux comprendre et surtout de traduire en évolutions concrètes pour l'ensemble des acteurs du paysage audiovisuel marocain que vous représentez dans l'ensemble de ses composantes, pour voir effectivement comment améliorer ce qui existe et surtout atteindre ces objectifs qui ont été rappelés tout à l'heure par M. le Ministre de la Communication.
Il est clair que produire des images, c'est exister dans le champ mondial de la communication. Ne pas produire d'images, c'est plus ou moins subir des influences culturelles ou une uniformisation de cette communication et des références culturelles, et là aussi, je pense qu'il y a un vaste débat et qu'il y a de quoi travailler sur le fait de développer et de maintenir, vis-à-vis de l'étranger surtout, l'expression culturelle marocaine qui a tout à fait matière à exister et à se projeter vers l'international.
Cette nouvelle donne technologique que nous allons revoir en détail ce matin est une chance pour tout le monde, car qui dit nouvelle technologie dit nouveaux métiers. On peut dire que le passé disparaît un petit peu, c'est-à-dire qu'il n'est pas nécessaire comme cela a été le cas dans d'autres industries ou d'autres évolutions technologiques d'avoir déjà une expérience importante dans ce secteur pour pouvoir être présents et exister dans la nouvelle donne qui se prépare.
C'est donc une chance pour le Maroc d'être présent dans cette révolution. Il a peut-être été moins présent dans la précédente pour des raisons très claires que chacun connaît. Au contraire, cette nouvelle donne, cette nouvelle bataille, peut permettre au Maroc d'exister au niveau de la communication internationale, d'autant plus que le coût d'accès à ces nouvelles technologies est relativement faible par rapport aux investissements que l'on a connus pour cette première révolution et c'est donc un atout supplémentaire de pouvoir faire beaucoup avec peu, pour reprendre le mot du ministre de la Communication.
C'est le thème général de notre communication d'aujourd'hui avec un objectif très concret, à savoir que les quatre tables rondes, les quatre ateliers qui nous sont proposés tout au long de la journée, n'ont pas pour but de vous donner des leçons de communication ou sur l'industrie numérique, mais beaucoup plus de vous donner des points de vue, des éclairages de nos différents intervenants, et elles doivent vous permettre - on s'y efforcera - de donner votre point de vue, de poser des questions afin de créer un dialogue avec des objectifs concrets, et en fin de journée, des axes de travail qui nous permettraient, avec l'Office de la formation professionnelle et de la promotion du travail aussi bien qu'avec l'ensemble des intervenants, de projeter dans un avenir à court ou moyen terme ce qu'il sera nécessaire de mettre en place pour permettre au Maroc d'accéder à cette nouvelle ère de la communication.
Quatre tables rondes :
- Après l'inauguration officielle, qui a déjà apporté beaucoup d'informations et qui a été très dense au niveau de la communication, cette première table ronde que j'entame avec vous a pour but de présenter largement les tendances actuelles : voir un peu ce qui s'est passé ces dernières années, se demander un peu ce que veut dire cette " révolution numérique ", à quoi elle correspond techniquement mais aussi en termes de productions finales.
- Ensuite, une fois que l'on aura défini le cadre mondial qui englobe la totalité des acteurs, la deuxième étape, qui sera animée par Mounia Daoudi, définira les conséquences, au niveau du paysage audiovisuel marocain, de ces grandes tendances inéluctables et la façon de s'intégrer dans ces changements.
- Lorsque nous aurons déterminé ce que l'on veut faire, on se demandera cet après-midi " comment " on va le faire. Pour exister, il faut produire, on l'a dit en parlant d'images : pour produire, il faudra des hommes, il faudra des moyens, il faudra des idées. Ce seront donc les thèmes de cet après-midi : " Comment former les hommes ? " " Comment organiser la création au niveau marocain pour nous permettre d'exister au plan international ? "
- Et enfin : " Comment financer ? " Les financements possibles, les coopérations au niveau international.
Voilà donc les grandes étapes des quatre débats que nous allons mener ensemble durant cette journée. La synthèse sera faite en fin d'après-midi par L'Économiste pour voir si nous avons bien travaillé tout au long de cette journée et voir si nous avons produit des axes et des idées concrètes à mettre en place.
Premier thème de cette matinée : " Les tendances de l'audiovisuel dans le monde ". L'objectif de cette séance sera de faire le point sur les évolutions techniques et industrielles. On l'a dit, les choses bougent et vont encore bouger énormément. Il est important d'avoir des repères, de se mettre d'accord sur un vocabulaire que l'on utilise de plus en plus mais qu'il est nécessaire de préciser, et de définir le nouveau champ de l'audiovisuel, de façon globale, je le répète. Nous pourrons ensuite entrer dans le détail, à partir de la deuxième table ronde.
Pour nous aider dans cette réflexion et dans la recherche des définitions, trois intervenants autour de moi :
- Bernard Stiegler, directeur général adjoint de l'INA, chargé du pôle " Innovation " ;
- Denis Fortier, directeur du Développement de l'INA ;
- Georges Vanderchmitt, président de la Sofirad.
Tous trois vont nous permettre de définir cette révolution numérique et la nature du fonctionnement du marché de l'audiovisuel et de l'image au sens le plus large à travers le monde.
Je commencerai, Bernard Stiegler, en jouant le candide : ce matin, si on avait fait le compte, je pense que le mot " numérique " a été celui qui a été prononcé le plus souvent. Donc, je pose à nouveau la question : Pouvez-vous nous préciser ce qu'est le " numérique " dont on parle si souvent ? Est-ce l'image que l'on a, en particulier via les fameux bouquets numériques que l'on reçoit par la télévision ? Est-ce là le " numérique " ou est-ce autre chose ? Et ensuite " révolution " qui est un mot bien fort. Est-ce vraiment une révolution et en quoi cela va-t-il révolutionner notre façon d'être et notre façon de consommer de l'information et de l'image ?
Frédéric Taton
|