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L'industrie de l'image, un secteur porteur
Un séminaire organisé le jeudi 3 octobre 1997, à Casablanca,
par le Service culturel, scientifique et de coopération
de l'Ambassade de France au Maroc, L'économiste et l'OFPPT.

Le développement des contenus,
un enjeu pour le paysage audiovisuel marocain
Une priorité : la formation

| Frédéric Taton | Jean-Yves Andrieux | Mounir Chraïbi | Interventions diverses |


Séminaire du 3 octobre 1997


Ouverture du séminaire


- 1ère Table ronde :
Les bouleversements de l'audiovisuel dans le monde


- 2ème Table ronde :
Les implications pour le paysage audiovisuel marocain:


- 3ème Table ronde
Le développement des contenus, un enjeu pour le paysage audiovisuel marocain

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Une priorité : la formation

Frédéric Taton
animateur de la Table ronde

Jean-Yves Andrieux
Département Formation de l'INA

Mounir Chraïbi
Directeur général de l'OFPPT

Interventions diverses

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Une nécessité : la diversification des financements


Conclusion :
L'audiovisuel, un marché mondial, des opportunités nationales

  Jean-Yves Andrieux : Je suis adjoint au directeur du Département Formation à l'INA. à ce titre, je représente ici un des acteurs de ce paysage audiovisuel en pleine mutation. Cet acteur, c'est le formateur. Au regard de ce qui a été dit ce matin, vous aurez compris quelle est notre difficulté de préparer les professionnels et de former les jeunes qui arrivent dans ce secteur de l'audiovisuel.

J'ai préparé un exposé en deux parties : une première partie qui sera consacrée aux métiers de l'audiovisuel, à ce qui bouge et comment cela bouge ; une seconde partie sur les organismes de formation. Tout d'abord les métiers, que je ne vais pas tous citer. C'est un secteur atypique dans lequel il y a entre 100 et 150 métiers différents. En France - je n'ai pas de chiffres pour le Maroc -, c'est une activité qui englobe environ 100 000 personnes si on prend l'audiovisuel au sens le plus large du terme, en incluant la radio-télévision, le cinéma avec les salles, et les centres audiovisuels intégrés dans les entreprises. Si, par rapport aux 100 000 emplois, on considère 100 métiers, cela signifie qu'il s'agit de tout petits secteurs, et c'est donc quelque chose de très difficile à analyser, on ne peut pas faire de prévisions très précises dans ces cas-là. Je ne prendrai donc que quelques exemples parmi ces métiers, ceux qui sont les plus représentatifs ou les plus visibles, pour analyser ce qui bouge.

Je vais commencer par les métiers de la technique. Ce sont les ingénieurs, les techniciens, des gens qui exploitent les équipements, des gens qui s'occupent de la maintenance, mais aussi ceux qui font la conception de dispositifs. Quand une maison de production, une chaîne de télévision ont besoin de s'équiper parmi l'ensemble de matériels disponibles sur le marché, il faut choisir le matériel le mieux adapté à l'objectif que l'on s'est fixé. C'est donc la conception d'un dispositif qui nécessite des compétences assez spécialisées et assez pointues.

Ces métiers de la technique, je commence par eux parce que l'on a parlé de bouleversements, de révolutions technologiques, et il est évident que ces gens vont être directement confrontés à ces bouleversements. Une première remarque à propos des métiers de la technique, c'est qu'ils sont constamment confrontés à une sorte d'onde de choc puisqu'on fait le constat que l'évolution technologique est aujourd'hui plus rapide que le renouvellement d'une génération. Chacun, au cours de sa carrière, devra acquérir de nouvelles compétences parce que la matière sur laquelle il travaille sera profondément changée.

Depuis ce matin, on parle du numérique : là, on peut dire qu'il s'agit d'une culture scientifique nouvelle pour les gens de la technique. Très souvent, et encore actuellement, on forme les gens aux techniques dites " analogiques " : on a une correspondance entre les images, le son et les signaux électriques. Ce sont des choses auxquelles les gens ont été habitués : les jeunes qui sont là ont ce type d'équipement, et c'est vrai que c'est une culture particulière.

Et tout d'un coup, l'informatique arrive ; le numérique arrive ! C'est quelque chose de complètement nouveau, ce ne sont plus du tout les mêmes repères : les signaux électriques ne ressemblent plus à des signaux électriques analogiques, on transporte des fichiers d'un ordinateur dans un autre et tout est transformé. Et pour les gens de la technique, c'est une révolution, et certains ont beaucoup de difficultés à acquérir ces nouveaux repères, ces nouvelles connaissances.

Une particularité sur la technique, c'est un secteur où les gens ont des statuts de " permanents d'entreprises " contrairement aux autres secteurs d'activités où les gens ont la possibilité d'avoir des statuts d'intermittents. Tout à l'heure je disais que quelqu'un peut concevoir un dispositif technique, et quand une chaîne a installé un dispositif technique, elle préfère que la personne qui l'a conçu soit là pour le suivre et le faire évoluer.

Voilà donc quelques réflexions sur les métiers de la technique qui subissent de plein fouet les évolutions technologiques, et ce n'est pas la première fois puisqu'il y a toujours eu des modifications dans ce domaine.

Je vais maintenant aborder les métiers de la production. Ces métiers sont tout de même à dominante artistique, même si parfois on adopte le terme de " technico-artistique ". Ce sont des gens qui travaillent dans le domaine artistique et qui ne devraient, a priori, pas être trop confrontés aux évolutions technologiques. L'outil est là pour fabriquer quelque chose, mais la créativité, la dimension artistique ne devraient pas être beaucoup modifiées. Je vais prendre quelques exemples en termes de grandes familles dans ces métiers de la production et nous allons voir qu'il y a tout de même des implications et des conséquences assez importantes.

Commençons par la partie la plus conceptuelle, c'est-à-dire la partie " conception et réalisation ". Et dans cette famille de métiers, commençons par l'écriture. C'est l'origine d'un produit, et il n'y a pas de changements très importants. Mais on observe (et cela a débuté aux Etats-Unis) le phénomène de l'écriture collective. Il s'agit d'une technique nouvelle, notamment dans certaines séries, dans certains sitcoms, où ce n'est plus un scénariste qui fait le travail seul, mais c'est un groupe de quatre ou cinq personnes qui écrivent ensemble une histoire, une série. C'est une nouveauté. En Europe, on peut constater dans certains cas une amélioration de la qualité de l'écriture, notamment pour les diffusions à des heures de grande écoute : les téléspectateurs exigeants recherchent de la qualité. On a donc besoin de vrais professionnels de l'écriture, chose qui s'était un peu perdue ces derniers temps.

Ce qui peut être lié à l'évolution de la technologie, c'est l'arrivée du multimédia : on parle de CD-Rom, de multimédia " on-line ", de multimédia " off-line ", et donc d'interactivité. C'est nouveau pour les scénaristes parce qu'ils doivent intégrer dans leur travail le fait que le téléspectateur ou que la personne qui va " lire " le produit pourra entrer dans l'histoire à un moment ou à un autre et agir sur le produit lui-même. C'est donc une chose assez nouvelle qui apparaît dans cette famille.

Côté réalisation : le réalisateur a travaillé avec un mélangeur vidéo qui est un équipement analogique. Il est devenu numérique. Qu'est-ce qui change fondamentalement ? En fait, pas grand-chose ! Les signaux qui sont à l'intérieur sont différents, mais le métier de réalisateur consiste à enchaîner des images, en fonction du type d'émission, en direct ou pas, mais cela ne change pas fondamentalement son travail, pas en profondeur en tout cas. La technologie ayant évolué, on voit apparaître, notamment dans le sport, de plus en plus de caméras. Cela change un peu le travail du réalisateur. Il est courant, sur des événements sportifs, du type rencontres de football, grand prix de formule 1, d'avoir entre 15 et 25 caméras, et c'est, pour le réalisateur, un travail un peu difficile, mais cela ne change pas son travail sur le fond.

Une chose qui intervient un peu plus, c'est l'arrivée des images de synthèse. On a parlé ce matin de ces nouvelles images qui sont créées, générées par des ordinateurs, ces images pouvant être mélangées avec des images réelles. Voilà quelque chose de nouveau pour un réalisateur. Comme les images de synthèse sont très coûteuses, leur utilisation doit être largement anticipée. Il faut que les produits soient bien préparés, avec beaucoup de précision, que tout soit réglé à l'avance : quel produit va-t-on créer, que va-t-on y mettre, comment intégrer ces images de synthèse au sein d'une production réelle ? C'est peut-être là qu'il y a obligation pour le réalisateur de travailler avec beaucoup plus de précision et de mieux soigner le travail préparatoire.

Je vais passer maintenant à la filière " image ". J'entends par là le travail de prise de vue, d'éclairage, de direction photo, etc. Dans cette filière, il y a eu un mouvement important lorsque les gens sont passés de la pellicule film à la vidéo, et donc au travail en multicaméra avec un mélangeur. Cela a été un changement important dans la pratique. Depuis, que se passe-t-il au niveau de la prise de vue ? Eh bien, on a des caméras qui ont de meilleures performances techniques, qui sont plus sensibles, le cadre n'est pas toujours le même (on a parlé du 16/9 qui est un changement par rapport au format 4/3 de la télévision), mais qu'est-ce qui change véritablement ? Pas grand-chose, car le travail du cameraman sera toujours de trouver le bon angle de prise de vue, de faire la bonne image, de trouver le bon cadre. Il y a une très forte dimension esthétique. Que la caméra ait un cadre de 4/3 ou de 16/9 ne change pas fondamentalement le travail du cameraman : un bon opérateur saura trouver le bon angle et le bon cadre quel que soit le rapport entre la hauteur et la largeur de l'image. Les opérateurs qui travaillent pour le cinéma ou la vidéo sont très habitués à ce problème puisqu'en cinéma on travaille avec plusieurs formats. Je ne pense donc pas qu'il y ait véritablement de changements dans cette filière.

Pour la partie éclairage et direction photo, il y a peu de choses différentes. La technologie a évolué, les projecteurs sont un peu différents, mais le travail qui consiste à éclairer une scène en lui donnant toute sa dimension esthétique n'a pas véritablement changé.

Je voudrais revenir sur les images de synthèse réalisées par ordinateur. à un moment, on travaillait avec des gens qui étaient des infographistes, des gens qui avaient une bonne connaissance de l'outil informatique et qui concevaient des images à partir d'ordinateurs. Cela a d'abord fonctionné de cette façon, et puis on s'est dit que ce serait bien qu'un directeur de la photo regarde ces images parce que la dimension esthétique était parfois insuffisante. On a donc fait travailler ensemble des directeurs photo et des informaticiens. Dans la pratique, on a vite compris qu'il ne s'agissait pas d'un nouveau métier, il y a des directeurs photo qui sont capables de travailler avec des projecteurs dans un studio mais qui sont aussi capables de travailler sur un ordinateur la partie lumière ou couleur de l'image. On voit donc une évolution du métier de directeur photo tout simplement parce qu'ils ont été obligés de travailler avec un outil qui n'est pas celui avec lequel ils ont été formés. Mais encore une fois, la finalité pour eux, c'est la qualité de l'image, c'est la partie artistique.

La famille suivante est celle du son. Ce sont ceux qui travaillent sur la prise de son, le mixage, la sonorisation. Dans cette filière, ils sont bien sûr familiarisés avec la technique numérique parce qu'il est plus simple de numériser un signal sonore qu'un signal visuel. Cela fait longtemps que la filière " son " a des outils numériques : les performances techniques sont bien meilleures, on peut modifier un certain nombre de paramètres techniques du son, on peut faire des effets spéciaux, et tout cela donne une grande souplesse d'utilisation. Et au début, on s'est dit : " C'est très intéressant... On va pouvoir faire des choses nouvelles ! " Dans la pratique, c'est vrai, on arrive à faire des effets sur le son, mais ce qui se passe surtout, c'est que grâce à ces outils, on peut travailler plus vite. Et compte tenu que les contraintes de production sont souvent des contraintes financières, on demande aux gens de travailler de plus en plus vite, notamment pour les productions de flux. Les métiers du son ont évolué, mais encore une fois, la finalité, qui est de capter un son avec la plus grande fidélité possible et de le restituer, fait que les métiers n'ont en fait pas tellement évolué.

Je voudrais maintenant aborder le montage. Le métier de monteur a subi de grandes modifications. Le monteur travaillait sur pellicule. On avait des chutiers et des morceaux de films étaient coupés, on les assemblait ensuite. La finalité du métier de monteur, c'est quoi ? Ce n'est pas seulement de coller des bouts de films ensemble, mais c'est de travailler sur la narration, sur l'esthétique du produit, c'est donc de choisir les bons plans et de faire en sorte que ce produit soit artistiquement agréable à regarder, que le texte, l'histoire, corresponde à ce que l'on veut dire, à ce que l'on veut faire. Donc ce n'est pas seulement un travail technique, mais c'est aussi, et surtout, un travail artistique. La vidéo est arrivée et on a dit au monteur : " C'est fini, vous ne coupez plus avec des ciseaux mais vous allez couper avec des machines ! "

Certains ont été perdus, il leur a fallu apprendre à utiliser un nouvel outil (ce qui a demandé quelques jours, quelques semaines d'apprentissage), mais très vite on a constaté que la finalité du métier de monteur était restée la même : on a des rushes (c'est-à-dire des séquences qui ont été tournées) que l'on doit assembler pour raconter une histoire, avec beaucoup de soin sur les plans artistique et narratif. Une fois que les monteurs se sont appropriés la manipulation de la machine vidéo, ils ont continué à exercer leur travail de monteur sans de grosses difficultés.

Dans ce secteur apparaît le virtuel. Qu'est-ce que c'est ? On prend un ordinateur, on met les images à l'intérieur, elles sont donc numérisées, ce sont des fichiers. Beaucoup ont dit : " C'est fini, ce n'est plus le même métier ! " En fait, c'est une erreur, car si on considère que le métier de monteur est de travailler sur l'expression et sur l'esthétique du contenu, on a un nouvel outil, on fait autrement, la manipulation n'est plus tout à fait la même, mais la finalité du métier est restée intacte. Ainsi, les stages sur le virtuel que nous proposons sont des stages de courte durée contrairement à ce que l'on pourrait imaginer. Il faut bien sûr savoir manipuler un ordinateur, une souris, un clavier, mais cela s'apprend assez vite. Quand on a acquis cette connaissance, cette compétence, alors le stage de montage virtuel se fait en deux ou trois semaines. Cela n'est donc pas un changement très profond pour l'exercice de ce métier. Les professionnels doivent s'adapter à un nouveau contexte, à une nouvelle machine, mais ce ne sont pas vraiment de nouveaux métiers.

Je voudrais également aborder la question des décors, éléments très importants. Aujourd'hui, on fait des décors avec les ordinateurs, et

on parle beaucoup de studios virtuels. Ce sont des décors conçus sur un ordinateur. On place le présentateur de l'émission, le journaliste devant un fond uniforme, et ils sont filmés avec une caméra réelle. On synchronise les mouvements de la caméra réelle avec les mouvements générés par l'ordinateur de façon à avoir l'illusion d'un personnage qui se déplace dans un décor réel. Nous avons donc une image finale obtenue par la combinaison d'une image faite par un ordinateur avec une image captée par une caméra. Il y a donc des gens qui vont créer ce décor. Est-ce un nouveau métier ? Cela rejoint un peu ce que je disais au sujet du directeur photo : au départ, c'était un infographiste, qui savait dessiner et qui savait manipuler un ordinateur, qui concevait ces décors. On s'est dit : " Voilà un nouveau métier ! " Puis on a constaté que les décorateurs qui travaillaient avec des matériaux traditionnels, après avoir observé ce nouvel outil, se sont mis à l'utiliser.

Ils continuent à être des décorateurs, mais au lieu d'utiliser du bois, des tissus ou autres, ils se sont mis à utiliser la machine informatique pour réaliser des décors.

Depuis environ un an, nous avons proposé des stages à des décorateurs habitués à travailler avec des matériaux, et on leur a proposé un ordinateur pour créer un décor. Bien sûr, ils ont été obligés de s'approprier la machine, l'ordinateur ; ils ont été aidés par des informaticiens, et maintenant, nous avons des gens capables de créer des décors réels avec des matériaux ou des décors virtuels avec un ordinateur. C'est donc l'évolution du métier de décorateur, mais est-ce que cela a généré un nouveau métier ? Je ne pense pas, parce que c'est toujours le même décorateur qui s'est mis à travailler autrement, d'une manière différente.

Je change maintenant de famille, et je vais parler d'un métier très important pour la télévision : le journalisme. Les journalistes ont, eux aussi, été confrontés à des évolutions techniques. Ainsi, les caméras portables, comme celles que nous avons vues dans cette salle ce matin, ont modifié le travail des journalistes. Alors qu'ils étaient habitués à relater des événements, on leur a mis une caméra sur l'épaule, et on leur a demandé de changer de pratiques : ils se sont mis à capter eux-mêmes l'image alors qu'avant ils avaient un opérateur pour le faire.

Ils ont donc dû acquérir des compétences nouvelles. Parfois même, lorsqu'ils font du reportage d'actualité, on leur demande de faire le montage. On voit donc maintenant un professionnel, dont le métier est journaliste, devoir acquérir des compétences pour faire de la captation d'images, parfois même de son, et maintenant on va jusqu'à lui demander de faire le montage, avec un petit banc de montage très simple. On parle de " bicompétence " ou même de " multicompétence ". Bien sûr, il a un métier principal, journaliste, et on lui a demandé d'acquérir de nouvelles compétences. Mais il ne sera pas forcément capable de " faire de l'image " sur une fiction de haute qualité parce qu'il n'aura pas toutes les connaissances nécessaires. Il ne fera pas non plus d'images avec une caméra film parce que c'est encore une autre technique. Donc, plutôt que de parler de polycompétences, je préfère dire qu'il a un métier principal et un minimum de nouvelles compétences pour pouvoir faire le travail qui est demandé.

Quand je parle de ce métier de " journaliste reporter d'images " (JRI), avons-nous eu le contraire : un opérateur de prise de vue qui est devenu " JRI " ? Il n'y en a pas. Ce qui montre bien que le métier fondamental est celui de journaliste, avec une compétence supplémentaire de prise de vue, mais le contraire n'est pas vrai, car un opérateur de prise de vue est un homme capable de travailler avec différents types de caméras sur différents types de produits (c'est donc un vrai professionnel), mais il ne peut pas acquérir le métier de journaliste car c'est un métier qui s'apprend sur une période assez longue. On ne voit donc pas de JRI qui viennent de la filière " opérateurs de prise de vue ", ou à titre exceptionnel. Pour des reportages ou magazines plus construits, les gens vont travailler en équipe : le journaliste ne sera pas opérateur de prise de vue ni monteur, mais il va rester dans son rôle de journaliste et aura avec lui des opérateurs pour obtenir un produit mieux fini.

Petite remarque sur un sujet souvent discuté, celui de " journalisme et déontologie ". Avec les images de synthèse ou les effets spéciaux, certains disent : " On peut manipuler les images, on peut dire des choses qui ne sont pas conformes à la réalité ! " Ce n'est pas nouveau, car les journalistes, depuis le début de leur métier, ont toujours été confrontés à cela. Ils doivent vérifier leurs sources, savoir si tout est bien vrai.

Même si maintenant on est capable de manipuler des images, ce problème de déontologie chez les journalistes existe depuis très longtemps. Aujourd'hui, le véritable problème est celui de la vérification des images : quand on a des images qui arrivent par satellite de l'autre bout du monde, il n'est pas toujours facile de déterminer si elles sont vraies ou fausses. Parfois, en quête de sensationnel, les journalistes peuvent peut-être laisser partir des images qui n'ont pas toujours été vérifiées.

Parmi les métiers qui sont en pleine mutation et qui le seront encore, il y a les métiers de la documentation. On a tout à l'heure évoqué le fait que l'on allait pouvoir mettre beaucoup d'images sur des serveurs informatiques, et il est vrai qu'à l'intérieur de ces fichiers on peut mettre quantité d'informations. Le métier de documentaliste va se transformer en métier de " recherchiste " (si on peut utiliser ce mot), ce sont des gens qui vont être amenés à travailler sur de nouveaux supports, où toute l'information sera concentrée.

Je vais passer maintenant au problème du formateur. Dans ce contexte audiovisuel qui bouge beaucoup - nouvelles technologies, contexte économique difficile -, comment nous, les formateurs, ou les organismes de formation, devons-nous agir ? L'INA est un centre de formation important : nous organisons environ 400 stages par an dans le domaine de la formation permanente et de la formation initiale. Sur ces 400 stages, nous avons un tiers de stages nouveaux chaque année, soit 100 à 130 par an. Ces nouveautés sont essentiellement dans le domaine du numérique. Nous faisons donc un investissement très important dans ce domaine puisque c'est vers cela que les choses tendent. Mais comment faire puisque nous avons des métiers qui ne sont pas stabilisés ?

Tout à l'heure, nous parlions du métier d'infographiste en disant que c'est un nouveau métier... et qu'en fait ce n'est pas tout à fait vrai. Donc, nous, formateurs, devons être très près des entreprises qui emploient le personnel à former. Il faut constamment évaluer le travail réalisé, voir si la profession bouge, comment elle bouge, et intégrer ces éléments dans nos cursus de formation. Et très souvent, on nous demande d'anticiper, on nous demande : " Quels sont les nouveaux métiers ? " Comment répondre ? L'organisation du travail se fait au sein de l'entreprise. Ce n'est pas nous, centre de formation, qui pouvons dire : " Voilà ce que seront les nouveaux métiers. " Alors, comment faire ? Nous nous rapprochons des entreprises, nous observons, nous concevons des dispositifs pédagogiques, nous étudions comment les choses évoluent, puis nous réagissons et nous transformons nos offres de stages. Une très grande proximité avec les entreprises nous est donc indispensable.

Une autre difficulté réside dans les choix technologiques. Cela évolue beaucoup, comme vous le savez, et lorsqu'une entreprise envoie du personnel en stage de formation, elle souhaite que ce personnel soit formé sur l'outil qu'il va utiliser " demain ".

Nous sommes donc confrontés à des choix comme : " Quel va être le prochain format numérique le plus utilisé prochainement ? " Il ne faut pas se tromper car ce sont des équipements très coûteux et il faut anticiper pour être prêts lorsque les entreprises auront besoin de cette formation. C'est une première difficulté.

Une autre difficulté réside dans la compétence des formateurs : on parle de " nouveaux métiers ", de métiers qui bougent, qui évoluent. Seulement, ils n'ont pas fini d'évoluer. Mais comment faire également évoluer la compétence d'un formateur dans un domaine qui n'est pas lui-même complètement stabilisé ? C'est encore une difficulté du centre de formation.

Nous sommes également concernés par les nouvelles approches pédagogiques : comment enseigner le numérique sachant que c'est une culture différente de l'analogique ? Là, il y a une réflexion, les formateurs travaillent sur ce thème. Car il est vrai que l'on n'enseigne pas le numérique de la même façon, tout est moins matérialisé. Dans l'analogique, on avait une correspondance entre l'image, le son et les signaux électriques. En informatique, ce n'est pas du tout la même chose : l'image faite par cette caméra, si elle est traitée en numérique, deviendra un fichier informatique situé dans un ordinateur et il n'y aura plus de correspondance directe. Donc le formateur, le pédagogue, doit être imaginatif pour transmettre ce type de modification. Son rôle doit être en même temps très en amont et très en aval de la formation.

Dernières contraintes qui sont les nôtres, ce sont les contraintes économiques. Les outils coûtent très cher et deviennent vite obsolètes : la durée de vie d'un matériel est d'environ trois à cinq ans, pour l'informatique d'environ deux à trois ans, par exemple les outils nécessaires pour la création d'images de synthèse sont souvent démodés après deux à trois ans, ils ne sont plus au goût du jour et sont remplacés par des outils beaucoup plus performants et malheureusement ce sont des outils très coûteux.

Alors, on essaye d'avoir des partenariats avec les industriels, ce qui n'est pas toujours très facile puisque les industriels sont là pour vendre.

J'ai essayé d'expliquer que le métier de formateur dans un domaine aussi en mouvement et en mutation est fort difficile. Pour nous, la solution, c'est d'être aussi proche que possible des entreprises pour essayer de répondre le plus vite possible à leurs besoins.

Un dernier petit mot sur les métiers du marketing et du commercial. Avec les contraintes économiques que nous connaissons, il y a des entreprises qui ont besoin de ces professionnels. On observe aussi beaucoup de préoccupations liées à la gestion de production : ce sont les aspects économiques, les problèmes de droits. On ne règle pas de la même façon les problèmes de droits quand on diffuse sur un plan national ou sur un plan international. Tous ces problèmes sont assez complexes et font partie des préoccupations des entreprises de radio et de télévision.



Frédéric Taton : Merci pour toutes ces précisions car le sujet est très vaste.

Je me permettrai de revenir sur deux points qui m'ont étonné : on a effectivement l'impression que les métiers n'ont pas été révolutionnés, et que, du fait de la forte dimension artistique, il n'y a qu'une simple intégration des techniques nouvelles. Par contre, il y a des évolutions qui vont peut-être se transformer en révolutions pour les structures de formation et, là, on a vu que les enjeux étaient beaucoup plus importants, plus onéreux et qu'il était difficile de mettre en place les nouvelles structures pédagogiques. Qu'en effet, il fallait apprendre autrement, et qu'il ne s'agissait pas simplement d'une question de matériel mais que le remplacement des matériels, l'anticipation technique qu'il faudrait réussir à intégrer dans les centres de formation posent un réel problème de financement.

Vous avez parlé du partenariat industriel qui est une des solutions qui viennent le plus rapidement à l'esprit. Mounir Chraïbi, je me tourne vers vous : l'OFPTT a déjà entamé dans ce domaine un certain nombre de formations, de démarches, de réflexions. Qu'en est-il dans un premier temps ? Quels sont les enjeux pour les structures de formation, celles de l'Office et, d'une façon plus large, celles que le secteur privé pourrait être amené à développer dans ce domaine ?


L'industrie de l'image, un secteur porteur, sur http://www.ambafrance-ma.org
© Service culturel, scientifique et de coopération de l’Ambassade de France au Maroc, janvier 1998.