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Interventions diverses
M'Barek Moujane, du Département de la formation professionnelle (dans la salle) : Je voudrais quitter le cadre général de départ pour revenir au cadre plus particulier de l'audiovisuel qui nous intéresse. Dans le domaine de la culture, le Département de la formation professionnelle avait, en 1995, mené une étude pour voir quels étaient les besoins, aussi bien en formation initiale qu'en formation continue, de l'ensemble du secteur sur trois points essentiels :
- la restauration des biens culturels ;
- l'animation culturelle ;
- la télévision, le théâtre et le cinéma.
Les besoins ont été estimés auprès de 220 entreprises et intervenants publics ou privés, besoins aussi bien qualitatifs que quantitatifs. En ce qui concerne le quantitatif, il convient de prendre beaucoup de précautions car, comme il a été dit ce matin, on ne peut pas estimer les besoins à un horizon lointain. C'étaient donc les aspects qualitatifs qui étaient les plus intéressants. Nous avons eu là l'occasion d'identifier un certain nombre d'emplois types et d'en préciser les caractéristiques. Pour l'audiovisuel, les emplois types recensés qui n'étaient couverts par aucune formation étaient au nombre de 16, et les besoins exprimés tournaient autour de 50 diplômés annuellement. Si on tient compte du développement des besoins de l'audiovisuel, à savoir la diffusion par satellite par la RTM, la télévision régionale, de même que l'ensemble des départements qui ont maintenant des unités audiovisuelles, il va falloir doubler ces effectifs.
C'est pourquoi un groupe de travail, institué et présidé par le ministère de la Communication, s'est penché sur la question et l'a étudiée avec la participation des responsables de la RTM, de la deuxième chaîne et de l'Institut supérieur du journalisme pour essayer de faire une première approche d'une étude à lancer sur ce secteur. Il y a donc eu un embryon de cahier des charges, concrétisé par une fiche technique détaillée pour guider les intervenants, les consultants, pour faire une étude qui réponde aux attentes des uns et des autres, qui va porter sur les métiers artistiques, technico-artistiques, les métiers de plateau et de la maintenance.
Donc, il va falloir s'attendre dans un avenir très proche à ce que la formation qui est dispensée au niveau de l'OFPPT, et qui est très bien accueillie, soit élargie à d'autres domaines pour englober les domaines du théâtre, du cinéma et de la télévision, car il y a beaucoup d'activités communes à ces trois professions.
J'ai fait cette communication pour que tous soient informés de ce qui se fait ici et là, et je vous remercie pour votre attention.
Moulay Ahmed Belghiti, président de Vidéorama (dans la salle) : Je voudrais réagir aux deux interventions. Je suis d'accord avec la première, s'il y a une évolution du métier liée à l'évolution technologique, ce n'est pas une révolution : une caméra restera toujours une caméra, un banc de montage restera un banc de montage.
La véritable révolution du numérique, c'est qu'il y a dix ans, on employait avant tout des techniciens, puis des technico-artistiques. Aujourd'hui, on cherche avant tout des artistes.
Autre changement, et là je parle en tant que producteur, c'est qu'avec les images, on va sur Internet, sur les CD-Rom, et que les supports ayant complètement changé, la demande d'images a changé.
Par ailleurs, former quelqu'un en numérique permet d'aller beaucoup plus vite. Je ne pense pas qu'on investit dans le numérique pour faire bien ou pour être à la mode. Nous sommes des entreprises avant tout, le numérique nous fait gagner du temps, et le temps c'est de l'argent !
Il y a dix ans, il fallait au moins deux ans pour former quelqu'un à la post-production, aujourd'hui c'est beaucoup plus rapide. De plus, le matériel est de moins en moins cher.
En ce qui concerne la deuxième intervention, je pense que les professionnels sont à fond derrière vous, Mounir Chraïbi ; je vous assure que pour des sociétés comme la nôtre, les recrutements pourraient doubler ou tripler. Mais dans nos entreprises, 100 % des gens sont formés directement par nous, car nous n'avons pas trouvé où les former ailleurs.
Jean-Yves Andrieux : Une simple remarque. Vous disiez qu'il y a dix ans, il fallait deux ans pour former quelqu'un dans le domaine de la post-production (montage, effets spéciaux). J'ai dit que nous proposions des stages d'adaptation au montage virtuel, sur un outil informatique, stages qui durent deux ou trois semaines.
Attention, il s'agit de l'adaptation à un outil nouveau d'une population qui est déjà une population de monteurs. Mais il est vrai que le métier de monteur est un métier qui ne peut pas s'apprendre en deux ou trois semaines. Je vous parle de la formation de monteurs truquistes qui travaillent déjà dans la vidéo analogique et qui sont aujourd'hui confrontés à l'arrivée d'une nouvelle machine qui est un ordinateur. C'est donc une adaptation à l'outil qui peut se faire en deux à trois semaines. On ne va pas prendre un jeune et le former au métier du montage en deux à trois semaines. Je voulais seulement préciser ce point.
Un intervenant de la salle : Je suis agréablement surpris de cons-tater que l'Office de la formation s'intéresse aux problèmes de l'audiovisuel. En tant qu'agence de communication, je voudrais associer les professionnels de la communication aux projets de formation professionnelle, et j'aimerais que Mounir Chraïbi nous dise dans quelle mesure cette association peut être entrevue, même si elle n'est pas faite dans un but lucratif.
Mounir Chraïbi : Dans les démarches que nous entreprenons, nous visons essentiellement la formation des gens, c'est notre but final. Maintenant, via les associations avec les professionnels, nous cherchons à rehausser la qualité de ces formations.
Et nous avons deux approches : la première, ce sont les jeunes que nous plaçons dans l'entreprise dans le cadre de l'alternance ; ils passent la moitié du temps avec des professionnels selon un cahier des charges qui a été établi par les professionnels et le centre de formation. Il faudra demain aller vers l'alternance pour les gens en cours d'emploi, c'est-à-dire des salariés qui sont dans l'entreprise et pour lesquels il faut faire évoluer les compétences.
Deuxième approche, celle qui nous permet d'améliorer la qualité de nos prestations de formation en envisageant avec un certain nombre d'entreprises des mises à disposition du formateur qui travaillera aux conditions des entreprises qui accepteront de jouer le jeu avec nous. Par exemple, dans la restauration, nous avons un certain nombre de formateurs qui sont allés chez Eurest pendant trois-quatre mois, afin de travailler dans les conditions normales et de comprendre tout l'enjeu industriel vu du côté de l'entreprise. Parfois encore, nous faisons de la " formation-production ", ce qui signifie que l'on nous confie des travaux à faire. Mais c'est marginal et c'est davantage pour faire travailler les gens à l'intérieur des ateliers.
Mohamed Belghouat, formateur audiovisuel à l'Institut supérieur de l'information et de la communication, ex.-Institut supérieur du journalisme (dans la salle) : Je ne suis pas tout à fait d'accord avec ce qui a été dit précédemment sur le coût des machines. On peut travailler sur un ordinateur acheté moins cher, et on peut travailler des années et des années sur un banc de montage. Mais le temps de choisir un nouvel ordinateur, et il est déjà démodé ! Il ne faut donc pas penser amortir le coût d'un tel matériel.
Deuxième point : Jean-Yves Andrieux nous dit que rien n'a changé, mais je pense que, par le numérique, bien des choses ont changé ; d'autant plus qu'il y a des métiers qui n'existent pas au Maroc, même dans l'espace analogique.
Alors comment pouvez-vous nous dire que rien n'a changé ? Comment voulez-vous qu'un ingénieur du son (il y en a peu ici) puisse passer de l'analogique au numérique ?
Driss Anouar, directeur technique de 2M (dans la salle) : Jean-Yves Andrieux n'a pas évoqué les métiers de la diffusion. Or au Maroc, avec le parc de paraboles, nous manquons d'installateurs spécialisés.
J'ai également une remarque à faire concernant la problématique de la formation au Maroc. Je pense qu'il faut maintenir la production nationale, et qu'il faut pouvoir exporter nos programmes, d'autant plus qu'avec ces nouvelles technologies, nous avons des fenêtres ouvertes sur le monde à travers les satellites. Mais malheureusement au Maroc, nous n'avons pas encore atteint cette vitesse de production pour être présents sur le plan international. Je pense que cette production ne doit pas être réservée aux seules chaînes de télévision. Les chaînes de télévision ne peuvent pas investir, faute de moyens, dans la préproduction. En préproduction, je comprends la fiction, le documentaire, les séries, ce ne sont pas les émissions de plateau ou de studio. Si on veut développer la formation, il faut commencer par régler le problème de la production nationale, il faut trouver les capitaux ; les chaînes n'ont pas les moyens de le faire, il faut donc trouver des moyens, comme le partenariat, qui permettent vraiment de relancer la production nationale.
Frédéric Taton : Un des buts de cette journée, c'est précisément d'essayer, avec les parties prenantes de ce secteur, de trouver ou d'imaginer comment trouver ces moyens de financement.
Jean-Yves Andrieux : Une simple précision. J'ai pu dire que rien n'avait changé. En fait, ce que j'ai voulu montrer, c'est que l'audio-visuel et la télévision, ce n'est pas l'affaire des techniciens ou des ingénieurs. Cela a été vrai, y compris en France : on a utilisé les outils, et avec, on faisait de la télévision. Depuis, les choses ont beaucoup évolué, et lorsque je parle du travail de monteur, je parle de quelqu'un qui travaille sur un produit et dont l'objectif est de réaliser un produit dans toute sa dimension expressive et artistique. Et c'est cela qui me paraît important. L'outil avec lequel il le fait, que ce soit du film, de la vidéo analogique ou du virtuel, ou demain peut-être encore une autre machine, c'est finalement du détail, car ce métier est véritablement un métier d'assemblage des images sur les plans esthétique et narratif. C'est en cela que je considère que le métier de monteur n'a pas changé. Maintenant, si on considère que le métier de monteur, c'est de manipuler une machine, à ce moment-là, on aurait d'un côté le monteur-vidéo traditionnel et de l'autre le monteur-virtuel, et là on peut dire que ce sont deux métiers différents. Pour moi, le métier, c'est bien au-delà de la manipulation des outils. Voilà ce que je voulais préciser.
Effectivement, je n'ai pas pu parler de tous les métiers car il est vrai que la réception, c'est un métier en soi, mais comme on le disait, il y a plus de 100 métiers, et on pourrait bien sûr décliner ces 100 métiers.
Bernard Stiegler (depuis la salle) : De façon plus générale, je voudrais dire que l'on aborde des questions très complexes. Ce que dit un certain groupe sera immédiatement contredit par un autre groupe. Par exemple, ce qu'a dit un monsieur sur le numérique est tout à fait en opposition avec ce que j'ai moi-même dit. Autre exemple : quelqu'un parle des machines numériques et dit que ces machines sont moins chères ; quelqu'un d'autre dit que le temps d'amortissement est beaucoup plus rapide, et il a raison aussi !
En fait, il faut savoir de quoi on parle, et dans quel domaine.
Il y a, à chaque question, tellement de réponses, que nous ne serons jamais d'accord, mais il faut mettre en train un système qui permette de nous stabiliser.
Et cela a des implications pour la formation. Je pense qu'il y a un point fondamental, c'est le système de veille, sachant que l'on a des cycles de rotation technologique qui n'ont plus rien à voir avec les cycles de l'analogique parce que l'on n'est plus dans le problème du hard mais du soft. Par conséquent, vous savez bien comment font les gens qui produisent du soft : ils font une version 0, puis 1, puis 2, ils créent un marché et ils capturent la clientèle. Il faut intégrer tout cela qui n'existait pas avec l'analogique.
Autre aspect, c'est qu'il faut former des gens alors que l'on n'est pas soi-même formé ! Compte tenu de la vitesse des cycles, on est obligé de mettre en place des dispositifs où on apprend, tout en apprenant à quelqu'un d'autre !
À propos de ce que nous exposait Jean-Yves Andrieux, je crois qu'il faut insister (et cela, j'y tiens énormément) sur le fait qu'il y a une nouveauté technologique évidente mais qu'il ne faut pas opposer les métiers nouveaux aux métiers traditionnels. Si l'on n'a pas un vrai rajustement des métiers traditionnels dans la nouveauté numérique, alors il va se passer ce qui se passe dans le CD-Rom fait par des gens qui n'y connaissent rien. Ce qui s'était déjà passé avec la PAO à l'époque où il y avait des gens qui ne connaissaient rien à la typographie, qui faisaient de la mise en page de façon déplorable.
On a donc là le problème de la convergence, de faire se rencontrer des nouveaux métiers (metteurs en page e-mail, metteurs en page CD-Rom, gestionnaires de SGBD) avec des métiers de monteur, de diffuseur, etc. Là, la question du métier nouveau ou métier existant, c'est comme tout à l'heure pour les questions d'économie, cela dépend à quel niveau on se place.
Je ne suis pas d'accord avec vous, ni avec Jean-Yves Andrieux, qui dites : " la technique n'y change rien ". C'est vite dit. C'est sécurisant pour un formateur de dire cela, mais j'en doute un peu parce que, par exemple, l'absence d'un chutier pour un monteur modifie son rapport, je crois, au produit fini, etc. Mais surtout, ce dont on parle, ce n'est pas pour aujourd'hui mais pour demain ; un centre de formation, s'il travaille pour aujourd'hui, travaille surtout pour demain. Comme vous le disiez, la durée de la formation fait que celui qu'on va mettre sur le marché ne sera pas opérationnel la première année, il commencera à le devenir la deuxième, et la troisième année, il sera un vrai professionnel. Il deviendra alors lui-même un compagnon qui pourra accueillir sur le tas, etc., et c'est par rapport à ce cycle qu'il faut réfléchir, et dans trois ans, il y aura encore beaucoup de nouveaux métiers. Des nouveaux métiers, parce que si ce que nous disions ce matin n'est pas totalement absurde ou faux, le rapprochement entre le broadcast linéaire classique et le multimédia qui est inéluctable se sera amélioré ; ce qui fera que les gens qui n'étaient que dans le linéaire seront dans quelque chose qui est hybride.
Il y a d'ailleurs un nouveau métier qui va devoir se mettre en place, c'est la capacité à faire travailler ensemble des métiers différents faisant appel à différents types de culture. Cela concerne évidemment la production, mais aussi la diffusion, et, comme on l'a dit ce matin, le marketing, la gestion d'abonnés... La question de la nouveauté d'un métier, cela dépend à quel horizon on se situe. Je rappelle que nous sommes au B.A. BA du numérique ! On n'y est pas vraiment ! La possibilité de traiter en numérique une image photographique est toute récente. L'apparition de fames dans le montage virtuel est extrêmement récente et on n'en a pas encore tiré toutes les conséquences en termes de conception de productions.
S'il me semble important de ne pas opposer les nouveaux métiers et les anciens métiers, il est clair aussi que les savoir-faire des anciens métiers doivent être présents dans les nouveaux, et il est évident aussi que les métiers artistiques restent la question fondamentale : que l'on monte un film en 16 mm, en 35 ou en vidéo, c'est la même démarche artistique, on a les mêmes problèmes de raccords, mais en même temps, il ne faut pas oublier que lorsque la parole est apparue, on n'a plus fait les montages de la même manière parce que le son a servi à une certaine illustration du produit.
Frédéric Taton : Merci Bernard Stiegler pour ce " résumé-conclusion " qui a permis de préciser un certain nombre de points. Car je pense que s'il existe un point commun entre tous les propos qui ont été tenus aujourd'hui, c'est que cette révolution technique nécessite des investissements et il est nécessaire de se poser la question des modes de financements nouveaux qui apparaissent ou qui sont possibles dans le cadre de coopérations, d'échanges au niveau international d'une façon globale. C'est le thème de la prochaine table ronde que je vous invite à suivre tout de suite.
Merci Jean-Yves Andrieux, Mounir Chraïbi, de nous avoir apporté des éclairages sur ces différentes questions, et je vous souhaite une bonne suite de conférence.
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