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L'industrie de l'image, un secteur porteur
Un séminaire organisé le jeudi 3 octobre 1997, à Casablanca,
par le Service culturel, scientifique et de coopération
de l'Ambassade de France au Maroc, L'économiste et l'OFPPT.

L'audiovisuel, un marché mondial, des opportunités nationales
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Conclusions présentées par Nadia Salah

directrice de la publication L'Economiste


Séminaire du 3 octobre 1997


Ouverture du séminaire


- 1ère Table ronde :
Les bouleversements de l'audiovisuel dans le monde


- 2ème Table ronde :
Les implications pour le paysage audiovisuel marocain:


- 3ème Table ronde
Le développement des contenus, un enjeu pour le paysage audiovisuel marocain

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Une priorité : la formation

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Une nécessité : la diversification des financements


Conclusion :
L'audiovisuel, un marché mondial, des opportunités nationales

  Nadia Salah

Nadia Salah (directrice de la publication de L'Economiste) : Puisque l'on arrive au terme de cette journée, plutôt que de vous établir une conclusion, je vais vous faire partager mon carnet de notes.

Je vais vous livrer un scoop. C'est Khalid Benlyazid, qui est secrétaire général de la rédaction de L'Économiste et qui va bientôt être nommé directeur du développement de notre entreprise (premier scoop !), qui devait faire la conclusion, mais M. le Premier ministre a réuni aujourd'hui une commission, à laquelle L'Économiste a envoyé son futur directeur du développement. Nous ne pouvions pas manquer cette réunion (voilà le deuxième scoop) qui se tient actuellement auprès du Premier ministre, où sont réunis les gens des Télécoms et les opérateurs privés pour tirer au clair les bagarres qui nous opposent (parce que nous sommes aussi des consommateurs des Télécoms) depuis dix-huit mois et qui entrent dans la dynamique de développement de l'audiovisuel puisque les frontières sont en train de s'effacer.

Donc, ces deux scoops livrés, je vous fais partager mon carnet de notes en guise de conclusion !

Je ne sais pas si vous avez eu la même impression que moi. La mienne c'est d'avoir enfin compris quelque chose dans ce secteur devant lequel je me trouvais fort ignorante et fort bête : on employait des mots que je ne comprenais pas, des techniques auxquelles je ne voyais goutte, et ce matin, grâce aux intervenants, j'ai enfin compris ce qui se passait dans le monde de l'audiovisuel et des évolutions techniques dont j'entendais parler de tous côtés. Alors un grand merci aux organisateurs et à ceux qui les ont encouragés. Ce soir, je me sens beaucoup plus intelligente que ce matin.

Le ministre de la Communication nous a reconfirmé ses projets en matière de dessin du paysage audiovisuel marocain. On les connaît assez. Il avance à petits pas. Le ministre de la Formation professionnelle qui est nouveau, M. Mourad Cherif, est très dynamique. Il va sans doute bousculer un certain nombre de choses et donner à l'Office non seulement des moyens, mais surtout l'autonomie d'initiative pour qu'il développe des choses qui nous intéressent, nous, et quand je dis " nous " c'est qu'en tant que presse, je ne me sens pas très loin, car il y a des métiers communs entre les vôtres et les nôtres : lorsque nous faisons de la PAO, nous ne sommes pas très éloignés de votre travail et de ce que vous appelez les infographistes.

Les investissements et les risques du métier peuvent être grands, très sophistiqués, mais à côté des lanceurs, des satellites, des fusées, il y aussi des petites niches. Les fusées, les satellites, cela n'est pas vraiment pour nous au Maroc, mais en revanche, dans les petites niches, il y a du travail à faire. Et c'est ce qui ressortait bien ce matin. Il y a du travail à faire qui nous permet d'effacer les frontières. Tout le monde sait qu'en matière d'audiovisuel, on efface les frontières avec les paraboles et que les images sautent au-dessus comme on sautait les ruisseaux quand on était enfant pour ne pas aller à l'école. Elles se moquent bien des frontières, et les images et le son se moquent bien aussi des gouvernements qui essayent de les empêcher de sauter les frontières.

Mais il y a d'autres frontières qui s'effacent, et je crois l'avoir bien compris ce matin, ce sont les frontières qui existent entre la radio, la télévision, le téléphone, l'informatique et toutes ces choses que nous avons sous forme séparée et que nous aurons peut-être un jour sous forme unique à la maison. En tant que mère de famille, je pense que cela ne sera pas unique et qu'il y en aura plusieurs du même modèle, parce qu'il est déjà difficile de décider ce qu'on va faire de la télévision quand on a un enfant, quand on en a plusieurs et en plus un mari, il faudra que chacun ait son appareil personnel ! Il y a donc de quoi produire dans ce domaine-là. Ce n'est peut-être pas à l'industrie marocaine de produire ce matériel-là... mais on verra.

Ces frontières techniques s'effacent. Est-ce que l'on aura toujours des opérateurs publics ou rien que des opérateurs privés ? Il me semble que dans la culture méditerranéenne dans laquelle nous baignons, le Maroc, la France, l'Espagne, le Sud de l'Europe et le Nord de l'Afrique, il y aura toujours dans notre paysage au moins un opérateur public, c'est du moins ce qui ressort du débat de ce matin. Mais, le dynamisme n'est pas chez l'opérateur public, chez les pouvoirs publics, il est chez les privés. Et là, nous avons peut-être un problème de taille. On nous a bien expliqué que les concentrations sont gigantesques. On parle de milliards de dollars dès qu'on fait la plus petite opération dans ce domaine et la taille des Ted Turner, des Murdoch est énorme. Ces entreprises-là ont des tailles supérieures même à l'État marocain tout entier.

La concentration extrême est-elle le lot obligatoire de l'évolution de ce secteur ? Je ne sais pas, je n'y connais pas grand-chose, mais il

fut un temps, il y a 60 millions d'années où les dinosaures ont disparu, on ne sait pas très bien comment ils ont disparu. Lorsqu'on voit l'évolution des techniques depuis la disparition de ces dinosaures, on s'aperçoit qu'on a des géants qui se mettent sur des nouvelles technologies (qu'on appelait autrefois des nouvelles techniques) : ils sont énormes... énormes... puis ils se cassent. Ou bien il apparaît des niches, des petites qui leur font une sacrée vilaine concurrence et qui s'installent aussi, peut-être nouveaux dinosaures, ou bien nouveaux mammifères.

Nous avons dans notre paysage une dominante publique importante ; cela n'a pas été vraiment dit ce matin dans le deuxième atelier mais tout le monde le sait : RTM totalement publique, 2M aux trois quarts publique mais avec des esprits totalement différents entre ces deux opérateurs de la télévision. Le reste des producteurs et des acteurs de ce domaine est privé, et je me demandais si notre taille est suffisante. Est-ce que la taille des sociétés de production, est-ce que la taille des agences de publicité, est-ce que la taille des producteurs de CD-Rom dont L'Économiste fait partie sont suffisantes ? J'ai un petit doute, j'ai une petite crainte.

Cette dispersion des acteurs dans le paysage, on la retrouve dans une importante opacité. Notre banquier nous l'a dit, très gentiment j'ai trouvé. Je l'aurais dit plus méchamment pour ma part. Il vous l'a dit : il est très difficile de faire totalement confiance aux comptes des entreprises, à la vie et à l'évolution des entreprises du secteur. Moi, j'appelle cela de l'opacité et de la fraude. Il est difficile, quand on vit dans un monde comme celui-là, de se développer normalement. Et les entreprises qui vivent de manière transparente et sont gérées de manière moderne souffrent de l'existence des autres. C'est vrai que le nouvel environnement juridique va faire le ménage, et il va le faire très rapidement puisque depuis hier matin s'applique le Code du commerce et il y a déjà des petites habitudes qu'il va falloir perdre. Le reste s'appliquera progressivement pour améliorer le mode de fonctionnement et l'environnement dans lequel vous travaillez. Mais quand on est dans un tel contexte, il est difficile de former les gens. On a des échantillons de métiers trop petits pour pouvoir faire une école. On a des gens qui ne savent pas toujours définir leurs besoins. Il faut plusieurs entretiens avec l'Office ou avec d'autres formateurs pour pouvoir vraiment cerner ce qu'on attend. Toujours est-il qu'il y a entre 100 et 300 métiers dans ce domaine : on doit avoir un représentant par catégorie ici au Maroc et il est donc très difficile d'assurer leur formation.

Reprenons une idée du banquier, la BMCE : regroupons-nous pour avoir des financements même bancaires pour la formation. Cela est très étonnant. L'opacité nous dérange beaucoup, même quand on va se faire financer chez un banquier, lorsqu'on va chercher ses sous chez l'annonceur, chez le téléspectateur. Chez le contribuable, cela n'est pas trop compliqué car il suffit de passer par le Trésor et, si on négocie bien avec le Trésor, on arrive à encaisser ses redevances. Mais quand il faut aller soi-même chercher son argent, c'est difficile, et c'est d'autant plus difficile que l'on est dans des secteurs qui sont beaucoup trop opaques.

Voilà mon carnet de notes de cette journée. Marie-Pierre Gutmann, puisque vous êtes l'âme de cette réunion, je vous laisse le mot de la fin.

Marie-Pierre Gutmann : Je voudrais remercier tous les participants de cette journée d'avoir contribué activement aux débats. Je remercie du fond du cœur les intervenants qui sont venus de France ou du Maroc et qui ont pris le temps de partager avec nous leurs réflexions. Je voudrais également proposer à ceux d'entre vous que cela intéresse d'approfondir les différentes recommandations ou pistes qui ont été évoquées aujourd'hui et je propose que l'on recommence très bientôt ce genre d'exercice.


L'industrie de l'image, un secteur porteur, sur http://www.ambafrance-ma.org
© Service culturel, scientifique et de coopération de l’Ambassade de France au Maroc, janvier 1998.