LA CLEF DES CHAMPS
Pour que les campagnes ne soient pas les parents pauvres de l'éducation, un important programme d'enseignement
en milieu rural vient d'être lancé, signe d'une volonté politique forte. Explications...
Parmi les défis auxquel le système éducatif doit faire face, le développement de l'accès au premier cycle de
l'enseignement fondamental des enfants vivant en milieu rural, et en particulier des filles, constitue un
enjeu majeur. Cet objectif prioritaire a été retenu dans le cadre du programme d'action sectoriel du ministère
de l'Éducation nationale pour les années à venir. Il s'inscrit par ailleurs dans l'axe de la Note de stratégie
nationale élaborée par le gouvernement marocain en vue de coordonner les actions pour la période 1996-2000 avec
le système d'aide des Nations unies. Ce document met en effet l'accent sur l'amélioration de l'accès aux services
de base pour les populations défavorisées.

Dans certaines régions les enfants doivent parcourir jusqu'à 7 km pour atteindre l'école, soit 14 km à pied par jour,
sans compter les obstacles naturels : rivières collines...
A cette fin, un programme de priorités sociales, visant à promouvoir le développement rural et combinant des actions
scolaires, sanitaires et de promotion de l'emploi, a été élaboré avec la collaboration de la Banque mondiale. Ce
projet qui aura pour cible 13 provinces parmi les plus défavorisées du pays vise en ce qui concerne son volet
scolaire à :
- améliorer le niveau général de scolarisation et diminuer les abandons scolaires en accroissant le nombre
d'écoles et en ayant recours aux classes à niveaux multiples;
- réduire l'écart entre les taux de scolarisation des filles et des garçons en diminuant le coût de l'éducation
pour les familles (distribution de manuels et fournitures scolaires), en améliorant les conditions de
fonctionnement des écoles (eau, latrines...) et en menant des campagnes de sensibilisation auprès des communautés
visées par le projet;
- améliorer la qualité de l'éducation par la fourniture de matériels didactiques, la création de bibliothèques
mobiles, la formation des directeurs d'école et la promotion de projets d'innovation pédagogiques.
Le gouvernement français a dans le cadre de ce projet confirmé son accord pour apporter son appui à la formation
initiale et continue des personnels enseignants et d'encadrement chargés des classes à niveaux multiples, au
développement de matériels didactiques adaptés et à la création de centres de ressources. Cet engagement sous
forme d'un financement parallèle au prêt de la Banque mondiale (54 millions de dollars pour le développement de
l'enseignement fondamental) a été confirmé lors de la négociation du projet à Washington en avril 1996.
L'apport de la coopération française (affectation de neuf coopérants et assistance technique d'un montant de
7 millions de francs sur trois ans) est par ailleurs parfaitement convergent avec les grandes lignes définies
par le ministère de l'Éducation nationale pour le "développement de la scolarisation en milieu rural et
péri-urbain).

Les cantines sont un véritable encouragement à la scolarisation et à l'assiduité
Le document de stratégie élaboré par la Direction du préscolaire et du premier cycle de l'enseignement
fondamental qui préconise un ensemble de mesures pour l'amélioration de la scolarisation, de la rétention et
du rendement scolaire privilégie en effet une approche fondée sur l'expérimentation à partir de sites pilotes
avant de procéder à la généralisation des actions.
Dans cette perspective et dans la continuité des actions expérimentales de formations déjà engagées au cours
des années précédentes avec les inspections départementales de Tulle et d'Aurillac relatives aux classes à niveaux
multiples, quatre zones prioritaires d'intervention ont été retenues.
Les coopérants français nouvellement recrutés pour ce projet seront rattachés administrativement à la Division
de l'encadrement et du contrôle pédagogique de la Direction de l'enseignement primaire et du premier cycle de
l'enseignement fondamental pour intervenir dans un premier temps dans les délégations d'El Haouz, Tiznit,
Taza et Chefchaouen.
Constitués en binômes (inspecteur-maître formateur), ils auront d'une part à conduire une expérimentation
sur un cercle restreint de classes à niveaux multiples et d'autre part à développer la formation des enseignants
sur un ensemble plus large de secteurs scolaires.
Un coopérant, inspecteur de l'Éducation nationale, restera affecté au ministère de l'Éducation nationale à
Rabat pour participer à la coordination du dispositif et suivre la mise en oeuvre des autres projets relatifs
à l'enseignement fondamental (mise en place de centres de documentation pédagogique, formation initiale
des inspecteurs).
Sur le terrain, l'action de la coopération française devra se développer en synergie avec les collectivités
locales, avec les associations, les services régionaux du ministère de l'Éducation nationale et les autre
administrations.
La dynamique qu'elle s'efforcera d'impulser sera parallèle à celle de l'USAID (Agence internationale
pour le développement, Etats-Unis) qui se déploie avec des objectifs très largement similaires sur les
délégations de Sidi Kacem, Ouarzazate, Essaouira, AI Hoceima et Errachidia. La délégation d'El Kalaa, il
faut également le rappeler, reçoit dans le cadre du même programme l'appui du PNUD.
Enfin, le programme d'intervention de l'Unicef, sans être directement intégré à la stratégie du ministère
de l'Éducation nationale, se propose également de conduire des actions complémentaires pour le soutien de
l'éducation, formelle et informelle, sur les zones de Al Haouz, Ouarzazate et Essaouira au cours des deux
prochaines années et au-delà sur les zones de Safi,El Lalaâ, Sghrana, Chichaoua et Chtouka.
Compte tenu de l'ampleur des efforts à mobiliser, il n'est pas exclu que l'Union européenne s'associe à
cette stratégie dans le cadre du programme euroméditerranéen MEDA. Une mission d'étude a déjà été
réalisée dans cette perspective.
Caroline Aymard
Zellige n°3, Octobre 1996
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