- Dans le contexte actuel de la mondialisation des échanges, que peut apporter la France au Maroc, en matière de développement agricole et agro-alimentaire ?
Je me félicite de la signature de l'Accord d'association entre le Maroc et l'Union européenne dont une grande partie des négociations s'est déroulée sous présidence française. La France a joué un rôle de tout premier plan, en veillant à ce que l'Union européenne reprenne à son compte les importantes concessions agricoles accordées dans le cadre du protocole 1/7 (communautarisation des concessions françaises).
Dans un contexte international en pleine mutation, le développement et la diversification des échanges agricoles et alimentaires, les implantations à l'étranger et les partenariats agricoles et agro-industriels doivent être des objectifs majeurs pour les entreprises françaises.
Le dynamisme des producteurs agricoles et des industriels de l'agro-alimentaire français n'est plus à démontrer. Notre pays est aujourd'hui le deuxième exportateur mondial de produits agricoles et alimentaires et le premier exportateur mondial de produits des industries alimentaires.
Cette réussite du secteur agricole et agro-alimentaire français n'est pas un hasard et tient
à l'efficacité et à l'opérationnalité du dispositif mis en place depuis trente ans:
- concertation très étroite entre les pouvoirs publics et une profession agricole structurée;
- organisation des filières de production en interprofessions;
- systèmes de recherche, de formation et de vulgarisation agricole performants;
- politiques de qualité des produits reposant sur des stratégies collectives;
- maintien de la diversité des opérateurs, grands groupes internationaux, petites et moyennes entreprises, organisations de producteurs.
Cette dynamique de développement ne s'est pas cantonnée à l'échelle nationale. Par tradition et par conviction, le ministère de l'Agriculture et les opérateurs français ont toujours cherché à travailler, dans le cadre d'une coopération bilatérale et multilatérale, en partenariat étroit avec leurs clients étrangers dont le Maroc est un des plus fidèles.
En 1989, en souhaitant la création d'un groupe de travail permanent entre les ministères de l'Agriculture des deux pays, le ministère de l'Agriculture, de la Pêche et de l'Alimentation a marqué sa volonté de développer une coopération économique soutenue par une programmation annuelle.
Cette politique s'est développée en étroite complémentarité avec les programmes multilatéraux engagés sur le secteur. Les professionnels et les entreprises des deux pays sont les promoteurs des projets. Le comité mixte, instauré entre les deux ministères de l'Agriculture, peut également être un lieu de concertation entre les autorités marocaines et françaises sur leurs positions respectives dans les négociations internationales ayant un impact sur le commerce international des produits.
- Quels rôles les opérateurs industriels français peuvent-ils jouer dans ce pays en plein développement?
L'offre française, constituée notamment de nombreuses PME/PMI agricoles et agro-alimentaires, est très bien adaptée aux demandes du Maroc car elle conjugue l'utilisation d'une haute technologie et propose des projets à la carte.
Les technologies de pointe permettent de satisfaire aux standards internationaux, tandis que la variété des prestations permet d'adapter l'investissement aux contraintes locales et de valoriser la main-d'œuvre nombreuse en milieu rural. Les actions des entreprises françaises qui souscrivent à cette démarche s'avèrent à terme tout aussi structurantes que celles réalisées par des projets plus ambitieux dans leur ampleur. Elles participent directement au développement économique et social équilibré du territoire, notamment en freinant l'exode rural.
La présence française au Maroc est importante et variée (hydraulique, forêt, semences, production végétale, production animale, secteur de la transformation agro-alimentaire…). Les entreprises françaises souhaitent encore contribuer plus largement à l'essor du Maroc, comme en témoignent les projets portés par les entreprises qui m'ont accompagné, lors de mon déplacement dans ce pays.
La diversité des actions menées par les professionnels du secteur agricole et agro-alimentaire, tant sur le plan bilatéral que via les circuits multilatéraux, me semble donc tout à fait exemplaire et prometteuse pour le développement économique. Elle favorise, de plus, le renforcement des liens culturels qui existent entre la France et le Maroc.
- Quelles incitations votre ministère et plus généralement l'état français peuvent-ils apporter pour que les industriels de notre pays interviennent davantage au Maroc ?
Le ministère de l'Agriculture, de la Pêche et de l'Alimentation travaille au développement de relations économiques pérennes entre les opérateurs français et marocains. Son intervention repose sur l'appui direct aux entreprises (cofinancement de programmes techniques et de formations continues) et l'aide réglementaire et législative aux administrations et aux professionnels, permettant l'amélioration de l'environnement économique (qualité, certification, protection de la propriété industrielle…).
Pour sa part, le ministère des Affaires étrangères prend en charge les programmes de coopération favorisant le développement socio-économique et la coopération scientifique et technique (organisation de la profession, programme de formation initiale…).
En outre, il existe une large gamme d'outils financiers, aide projet, protocoles, interventions de la Caisse française de développement et de la Proparco.
La France contribue aussi, et de façon très significative, au financement des programmes des agences multilatérales qui interviennent sur ce pays.
- Quels sont les thèmes d'intervention prioritaires du ministère de l'Agriculture, de la Pêche et de l'Alimentation au Maroc ?
- Un comité mixte de suivi des actions de coopération dans les domaines agricoles et agro-alimentaires, créé en 1989, associe les ministères de l'Agriculture des deux pays. Les ministres de l'Agriculture français et marocain en sont les présidents.
Ce comité mixte se réunit régulièrement tous les ans et définit des actions prioritaires sur lesquelles il concentre ses efforts :
- développement du partenariat technique dans le secteur des fruits, légumes et arbres fruitiers avec le CTIFL;
- mise en place d'une cellule des nouvelles des marchés au ministère marocain de l'Agriculture, pour le secteur des fruits et légumes;
- partenariat technique, instutionnel et économique dans le secteur des semences, des céréales et dans la filière forêt-bois;
- développement des relations économiques entre les opérateurs travaillant sur le secteur des animaux reproducteurs;
- coopération technique dans le domaine de l'hydraulique (Cemagref);
- sur fonds marocains, les Directions de l'enseignement française et marocaine poursuivent un programme de coopération, financé pendant quatre ans par le ministère de l'Agriculture français. L'action consiste à accueillir, pendant deux mois et demi, 250 étudiants marocains de l'enseignement supérieur dans des exploitations françaises.
En tant que ministre de l'Agriculture, de la Pêche et de l'Alimentation, je suis très confiant dans le succès des actions économiques engagées par nos opérateurs car j'ai pu mesurer leur détermination et l'esprit d'entreprise qui les animent. Soyez assuré que je me sens porteur de cette dynamique et prêt à la soutenir.
A ce titre, je ne peux que réaffirmer la volonté des autorités françaises de développer cette coopération, à maints égards exemplaire, dont l'originalité et le succès reposent sur des relations de confiance et sur des interventions ciblées, mobilisant les compétences techniques et financières des différents opérateurs publics et privés.
La place toute particulière de l'agriculture dans l'économie marocaine est à rajouter à la liste déjà longue des points communs entre la France et le Maroc.
Propos recueillis par L.B.C.