Le programme MEDA
Il est évident que les opérations financées par la Communauté européenne à elle seule ne pourront pas éliminer l'exode rural ni faire sortir de la pauvreté les
72 % de ruraux vivant au-dessous du seuil de pauvreté. Il est opportun de souligner, dans ce contexte, que l'action conjointe (parfois coordonnée, parfois contradictoire) avec tous les bailleurs de fonds – Banque mondiale, CFD, KFW, fonds arabes, etc. – a produit un effet bénéfique non négligeable, mais que la coordination entre bailleurs de fonds devrait être considérablement renforcée. Par ailleurs, on ressent le besoin de mieux cibler certains programmes grâce à une plus grande expérience acquise des conditions locales.
La nouvelle approche du programme MEDA (contrepartie financière et technique de l'accord d'association de 1996) peut être résumée comme suit :
– Un plus grand accent sera mis sur l'approche participative des bénéficiaires des projets/
programmes communautaires dans le but de mieux répondre aux concepts de développement durable, d'aspects du genre dans les
différentes actions d'approche intégrée multisectorielle, etc.
– Des opérations répondant d'un côté aux grandes lignes de la stratégie du gouvernement marocain dans le développement du secteur (PNI, PNAVB, mise en valeur en bour, etc.) mais avec une approche décentralisée qui puisse permettre une plus grande flexibilité et efficacité de nos opérations.
– L'amélioration de la gestion des ressources de base dans les zones rurales les plus défavorisées met l'accent sur le développement de certaines régions, comme le Nord du Maroc, qui ont un retard important par rapport au reste du royaume.
A cet effet, le programme MEDA prévoit une série d'actions pour renforcer l'équilibre socio-économique du Maroc et il faut signaler qu'on a inscrit, dans le programme indicatif MEDA, 160 millions d'écus à engager entre 1996 et 1998, qui touchent directement le milieu rural.
Un cas de figure : le projet GEFRIF (Gestion des écosystèmes forestiers dans le Rif) à Chefchaouen
Pour enrayer le processus de déforestation du Rif et développer la gestion rationnelle de ses écosystèmes, la Commission européenne a mis en marche avec l'Administration des eaux et forêts un projet pilote qui a pour but de proposer un autre modèle de développement économique du Rif. Le projet a deux composantes :
– L'appui institutionnel à l'Administration des eaux et forêts tant au niveau national que régional par le biais d'études appliquées et de stratégies à élaborer pour redéfinir le cadre politique, juridique, institutionnel et stratégique pour le Rif.
– L'application pratique des méthodes d'intervention se situe à l'échelle de deux massifs forestiers circonscrits (Bab Taza et Bab Berred avec 17 000 ha de forêt et plus de 6 600 foyers). Les actions à développer visent à : protéger
le domaine forestier (délimitation, bornage, contrôle, sensibilisation) ; améliorer la productivité agricole et lutter contre l'érosion ; gérer
les ressources naturelles avec la population (bois de feu et chauffage, fourrage aérien, etc.) ; améliorer les conditions de vie des populations
(bois énergie, approvisionnement en eau, désenclavement).
L'impact social du projet, dans une zone très touchée par la culture du cannabis, a été très important et on peut le mesurer par l'adhésion et la participation effective des populations (commissions locales et comités de massif, participation en travaux ou en espèces pour les aménagements, participation de la femme, etc.).
Le projet, qui répond à la fois à cette approche participative et intégrée pour un développement durable, pourrait être reproduit à une plus grande échelle dans d'autres provinces du Nord ou d'autres régions du royaume dans le cadre MEDA.
Rafael Dochao Moreno
Zellige n°4, Janvier 1997
© Service Culturel, Scientifique et de Coopération de l'Ambassade de France au Maroc