La coopération entre le Maroc et l'Union européenne

L'action communautaire dans le secteur agricole a été, depuis l'entrée en vigueur de l'accord de coopération de 1976, une des pièces maîtresses de la coopération européenne avec le Maroc. Aperçu par un représentant de l'Union européenne à Rabat.

Dans le cadre des protocoles financiers, plus de 40 % du total des opérations financées par l'Union européenne au Maroc (aides non remboursables du budget communautaire et prêts de la Banque européenne d'investissement) l'ont été dans le secteur agricole.

Protocoles financiers : deux types de projets complémentaires.
– Les projets d'infrastructure hydroagricole : les opérations étaient destinées à soutenir le programme national d'irrigation 2000 visant la constitution d'un million d'hectares irrigués avant la fin du siècle. Cela était justifié par le rôle stratégique que les terres irriguées jouent en matière de sécurité alimentaire, un des objectifs primordiaux des protocoles financiers. Quant aux chiffres, les projets financés ont atteint 227 millions d'écus (1 écu = 6,5 FF = 11 dh) dans la période 1980-1996 dont 118 millions d'écus de prêts de la BEI et 109 millions d'écus de dons. La zone d'intervention principale (75 % du total) a été la zone du Haouz et les opérations ont été réalisées avec l'ORMVAH.

– L'aide aux petits exploitants dans les zones les plus défavorisées du royaume intervient sous la forme de facilités de subventions (à travers le Fonds de développement agricole - FDA) et de crédit agricole (avec la Caisse nationale de crédit agricole - CNCA). Le total de cette rubrique est de 227 millions d'écus (dont 128 de prêts BEI et 99 de dons).

Hors protocole, deux types de projets.
– Les opérations " horizontales " (lutte contre la désertification, appui à l'Institut mondial du phosphate, lutte antiacridienne, laboratoire vétérinaire, etc).
– Les opérations ponctuelles de coopération dans le secteur agricole telles que la réhabilitation des périmètres de culture, les bassins versants, la mise en valeur en bour, la gestion des écosystèmes forestiers, etc.
Le montant global de ce type d'opération s'élève à 68 millions d'écus.

Le programme MEDA
Il est évident que les opérations financées par la Communauté européenne à elle seule ne pourront pas éliminer l'exode rural ni faire sortir de la pauvreté les 72 % de ruraux vivant au-dessous du seuil de pauvreté. Il est opportun de souligner, dans ce contexte, que l'action conjointe (parfois coordonnée, parfois contradictoire) avec tous les bailleurs de fonds – Banque mondiale, CFD, KFW, fonds arabes, etc. – a produit un effet bénéfique non négligeable, mais que la coordination entre bailleurs de fonds devrait être considérablement renforcée. Par ailleurs, on ressent le besoin de mieux cibler certains programmes grâce à une plus grande expérience acquise des conditions locales.

La nouvelle approche du programme MEDA (contrepartie financière et technique de l'accord d'association de 1996) peut être résumée comme suit :
– Un plus grand accent sera mis sur l'approche participative des bénéficiaires des projets/ programmes communautaires dans le but de mieux répondre aux concepts de développement durable, d'aspects du genre dans les différentes actions d'approche intégrée multisectorielle, etc.
– Des opérations répondant d'un côté aux grandes lignes de la stratégie du gouvernement marocain dans le développement du secteur (PNI, PNAVB, mise en valeur en bour, etc.) mais avec une approche décentralisée qui puisse permettre une plus grande flexibilité et efficacité de nos opérations.
– L'amélioration de la gestion des ressources de base dans les zones rurales les plus défavorisées met l'accent sur le développement de certaines régions, comme le Nord du Maroc, qui ont un retard important par rapport au reste du royaume.

A cet effet, le programme MEDA prévoit une série d'actions pour renforcer l'équilibre socio-économique du Maroc et il faut signaler qu'on a inscrit, dans le programme indicatif MEDA, 160 millions d'écus à engager entre 1996 et 1998, qui touchent directement le milieu rural.

Un cas de figure : le projet GEFRIF (Gestion des écosystèmes forestiers dans le Rif) à Chefchaouen
Pour enrayer le processus de déforestation du Rif et développer la gestion rationnelle de ses écosystèmes, la Commission européenne a mis en marche avec l'Administration des eaux et forêts un projet pilote qui a pour but de proposer un autre modèle de développement économique du Rif. Le projet a deux composantes :
– L'appui institutionnel à l'Administration des eaux et forêts tant au niveau national que régional par le biais d'études appliquées et de stratégies à élaborer pour redéfinir le cadre politique, juridique, institutionnel et stratégique pour le Rif.
– L'application pratique des méthodes d'intervention se situe à l'échelle de deux massifs forestiers circonscrits (Bab Taza et Bab Berred avec 17 000 ha de forêt et plus de 6 600 foyers). Les actions à développer visent à : protéger le domaine forestier (délimitation, bornage, contrôle, sensibilisation) ; améliorer la productivité agricole et lutter contre l'érosion ; gérer les ressources naturelles avec la population (bois de feu et chauffage, fourrage aérien, etc.) ; améliorer les conditions de vie des populations (bois énergie, approvisionnement en eau, désenclavement).

L'impact social du projet, dans une zone très touchée par la culture du cannabis, a été très important et on peut le mesurer par l'adhésion et la participation effective des populations (commissions locales et comités de massif, participation en travaux ou en espèces pour les aménagements, participation de la femme, etc.).

Le projet, qui répond à la fois à cette approche participative et intégrée pour un développement durable, pourrait être reproduit à une plus grande échelle dans d'autres provinces du Nord ou d'autres régions du royaume dans le cadre MEDA.

Rafael Dochao Moreno


Zellige n°4, Janvier 1997
© Service Culturel, Scientifique et de Coopération de l'Ambassade de France au Maroc