Préparer la zone de libre-échange euro-méditerranéenne et réduire les écarts de développement passent par la création d'espaces de solidarité. La coopération française y travaille chaque jour. À cette dynamique ancienne, est venu se greffer un nouveau relais : la coopération décentralisée. L'exemple de Taroudant.
Depuis ces dix dernières années, portée par un mouvement général de décentralisation, une nouvelle forme de coopération semble prendre de plus en plus d'ampleur ; coopération de proximité et de solidarité, la coopération décentralisée (de collectivités territoriales à collectivités territoriales) mobilise de plus en plus d'acteurs, notamment dans le bassin méditerranéen.
Carrefour des civilisations, la Méditerranée a toujours été le théâtre d'importants défis. Alors qu'avec le xxie siècle s'ouvre l'ère des grands espaces économiques, la Méditerranée, elle aussi, se doit de se restructurer. Un renouveau dans les relations de l'Europe avec ses voisins méditerranéens, et notamment le Maghreb, resterait le gage d'une issue sans accrocs. Le minimum de prospérité économique, l'équilibre social et la sécurité dans cette aire géographique seraient conditionnés par la relance d'un véritable dialogue.
Désormais la coopération se décide et se vit au niveau local, les intéressés en étant les principaux acteurs : tailles limitées des projets, aide circonscrite à l'échelon local, engagements financiers en principe modestes et d'origine interne. Ce sont les collectivités locales elles-mêmes qui initient, gèrent et financent leurs propres projets de coopération.
La mise en pratique de ce nouveau dispositif a donné naissance à plusieurs instruments de coopération et notamment, dans le cadre du partenariat euro-méditerranéen, au programme Med-Urbs, aujourd'hui suspendu pour cause de restructuration. Tout en contribuant à améliorer la qualité et le cadre de vie des populations urbaines ainsi qu'à généraliser les pratiques de la démocratie au niveau local, l'objectif que s'était assigné la Commission européenne lançant le programme en 1992 était de susciter et de développer des processus de coopération décentralisée entre les collectivités de l'Union européenne et celles des pays tiers méditerranéens.
Ainsi, cette coopération s'est concrétisée par la mise en place de différents réseaux de villes reliant en général deux collectivités du Nord du pourtour méditerranéen et quatre du Sud sur des thèmes tels que le développement urbain, le traitement des ordures ménagères, le risque industriel, la gestion municipale, les pépinières d'entreprises.
Taroudant, ancienne capitale du Maroc et porte du Sud marocain, symbole de la tradition berbère et de l'hospitalité, allait tisser de nouveaux liens avec Romans-sur-Isère, ville pilote du réseau et partenaire français, Huy en Belgique, El Jem et Zouhour en Tunisie, et Beit Sahour en Palestine.
Ainsi ont pu se développer toutes sortes d'opérations entre ces six villes, d'autres de manière purement bilatérale entre deux d'entre elles. Le réseau a servi de générateur et a permis de catalyser les initiatives tout en assurant un certain soutien financier au travers de subventions européennes.
Pour l'heure, les financements européens sont gelés, les actions en cours dans bien des cas sont suspendues et la position de Bruxelles quant au redémarrage desdits réseaux reste encore quelque peu obscure.
Malgré cette conjoncture, la coopération Romans-Taroudant a vu ses opérations se poursuivre, grâce à la volonté déterminée des porte-parole des deux municipalités et à un important soutien de l'Ambassade de France au Maroc qui finance entre autres le poste d'un coordinateur de réseau assurant le suivi des projets sur le terrain à Taroudant.
Début avril 1997, deux ans après le début de l'opération, des représentants de la ville de Romans et de l'Ambassade de France au Maroc se sont rendus à Taroudant pour y rencontrer leurs partenaires marocains, occasion de faire un bilan des différentes opérations en cours.
Chacun a pu se réjouir de la bonne avancée de la coopération. Les paris de l'ouverture, côté français, de la population romanaise sur " l'extérieur ", sur " l'autre ", tout comme celui du développement de la cité roudannaise, côté marocain, sont tous deux d'importants défis, certes différents mais qu'il faut relever si l'on souhaite voir se rapprocher les deux rives de la Méditerranée.
Échanges de savoir-faire et d'expérience, formation des acteurs locaux, insertion de jeunes en difficulté, réalisation d'études ou encore soutien au montage de projets : la coopération décentralisée à Taroudant a d'abord commencé par la réalisation d'un audit socio-économique de la ville afin de mettre en lumière les potentialités d'actions.
Début avril 1997, le président du Conseil urbain de Taroudant annonçait à ses partenaires français que le projet de rénovation de la tannerie traditionnelle allait voir sa réalisation concrète pour la fin de ce mois. Plans, montage financier et dossier technique bouclés, les travaux pouvaient alors commencer.
L'une des plus anciennes maisons de tanneurs du Maroc se trouve à Taroudant. Dans un état de détérioration avancée, les conditions de travail, pour les quarante tanneurs qui aujourd'hui perpétuent les savoir-faire de leurs pères tannant les peaux à la fiente de pigeon et l'écorce de blé, n'étaient guère avouables. Projet à caractère social, la coopération Taroudant-Romans s'était lancé le défi, il y a un an, de rebâtir un nouveau village du cuir et ainsi relancer l'artisanat du cuir, fer de lance de cette capitale du Souss.
Ville de Romans, ville de Taroudant, Ambassade de France au Maroc, tanneurs et ministère marocain de l'Artisanat, les partenaires du projet se sont partagés les prises en charge : Taroudant faisant don du terrain aux tanneurs et assurant les travaux d'adduction d'eau, Romans finançant la construction de l'aire de travail, l'Ambassade prenant en charge les frais d'expertise et de promotion dudit village, le ministère cons-truisant les ateliers et les tanneurs rachetant au ministère les ateliers construits pour en devenir les propriétaires.

Faute d'entretien et de prise en charge, minés par des habitations fragilisant leur structure, les remparts roudannais risquent de disparaître.
Face à cette situation des plus alarmantes pour l'avenir de Taroudant, la municipalité, sous l'impulsion du réseau Insermed, a décidé de mettre fin à cette dégradation. Un dossier " Remparts " au sein même des affaires quotidiennes de la Municipalité a ainsi été ouvert, une commission technique et un comité de suivi ont été chargés du suivi du projet et toute une dynamique a progressivement été mise en route.
Le réseau Insermed et l'Ambassade de France au Maroc financent depuis le mois de novembre 1995 le projet d'expertise des remparts afin d'amener les différents acteurs nationaux et internationaux à une réflexion sur la sauvegarde de ce patrimoine historique avec pour perspective la prise en charge des différents projets de mise en valeur ou de rénovation.
| Sont sur le point d'être achevés, à l'heure actuelle, le relevé au 100e de l'ensemble des remparts qui fournira la base de travail de tout aménagement et une série d'analyses pathologiques, géotechniques et structurelles. Deux axes ont été retenus : la mise en place d'un plan d'actions d'urgence et l'établissement de propositions d'aménagement et de restauration. La première réalisation pilote portera sur l'aménagement d'un pavillon touristique dans l'une des portes de la ville. Par ailleurs, toute une série d'opérations de sensibilisation de la population roudannaise sur l'importance de ce patrimoine ont été organisées, afin d'acquérir le soutien des habitants et une certaine crédibilité auprès des professionnels de la restauration. |
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À Taroudant, les infrastructures touristiques sont plutôt inexistantes : pas de syndicat d'initiative et pas de plan de la ville. Toujours dans le cadre de la coopération Romans-Taroudant, l'Ambassade de France a pris en charge le financement d'une étude touristique, étude qui a permis de définir le produit touristique Taroudant et de proposer un certain nombre d'actions à mettre en œuvre.
Parmi les réalisations en cours, il y a lieu de citer entre autres la confection d'une plaquette touristique présentant Taroudant et ses environs, plaquette qui sera distribuée dans les hôtels et dans le futur pavillon d'information.
Une association romanaise (la plate-forme humanitaire d'insertion) œuvrant pour la réinsertion de jeunes en difficulté a acheminé en décembre dernier un convoi comportant du matériel médical pour le compte de l'hôpital de Taroudant, de l'orphelinat et de l'Institut des aveugles, tout en participant sur place à un chantier : la réfection de toitures des salles de classes de l'Institut des aveugles.
Il y a tout juste un mois partait de Taroudant un relais pour le Sénégal : une trentaine de coureurs de Romans s'étaient lancé le défi de rejoindre Ouro Sougui au Sénégal en partant de Taroudant, soit plus de 2 500 km à travers le désert.
En prévision pour l'été prochain, la venue d'une vingtaine de jeunes romanais (pour beaucoup d'origine marocaine) à Taroudant pour notamment y effectuer une enquête : " J'enquête l'autre ". Réciprocité de l'échange oblige, les enquêtés iront à leur tour à Romans pour eux aussi enquêter.
Voici dressé un bref panorama de cette coopération foisonnante entre Romans et Taroudant, exemple concret de la coopération décentralisée. Coopération de demain ou coopération sans lendemain, les faits sont là, et les conclusions de la conférence de projets tenue à Taroudant dernièrement ont montré cette volonté de poursuivre le mouvement engagé et ce, même sans le soutien européen. Les difficultés rencontrées sur le terrain sont de taille : manque de moyens ou manque d'expérience, mais c'est avec des petites choses que l'on bâtit le monde, et c'est entre autres avec des petites choses que l'on fera se rapprocher les deux rives de la Méditerranée.
Ghislain de Ruffi de Pontevès
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La médiathèque, espace de culture Romans-Taroudant, c'est aussi la construction d'une bibliothèque municipale. Et plus qu'un simple lieu de consultation d'ouvrages, il est question d'aménager un espace culturel ouvert sur le livre mais également sur les autres volets de la culture, abritant ainsi : expositions, conférences, cours du soir et autres manifestations culturelles ; projet d'ailleurs monté en lien avec la médiathèque de Romans et l'Ambassade de France. Un programme de gestion de
l'environnement Un programme d'échanges et de
chantiers de jeunes |