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DELF |
Diplôme d'Etudes en Langue Française |
AMBASSADE DE FRANCE AU MAROC Service de Coopération et d’Action Culturelle BUREAU DES EXAMENS |
A6 |
UNITE DE CONTROLE A6 - EXPRESSION SPECIALISEE - EPREUVE ORALE
Durée des 2 oraux
:Compte rendu oral 15 mn
Entretien 20 mn
Préparation totale 1 heure
Epreuve orale n°1
Objectif : Rendre compte du contenu d’un document écrit correspondant à la spécialité choisie en synthétisant et reformulant les informations qu’il contient.
Vous ferez devant le jury un compte rendu de ce texte, en résumant et présentant de manière cohérente les idées et les informations importantes qu'il contient.
Attention :
- Concentrez-vous sur le contenu du texte, n'ajoutez pas d'informations ni de commentaires personnels.
- Exprimez-vous avec vos propres mots, ne vous contentez pas de lire des passages du texte !
Epreuve orale n°2
Objectif :
S’exprimer oralement (dialoguer, argumenter) dans le domaine de spécialité choisie, sur des questions en relation avec le document proposé dans l’oral 1.Vous aurez un entretien avec le jury. On vous demandera notamment :
- Quel est selon vous l'intérêt de ce texte, et quels sont les informations et les problèmes soulevés qui vous paraissent les plus importants ?
- Quelle est votre opinion personnelle sur ces questions ? (Vous pouvez donner d'autres informations, des exemples, soulever d'autres problèmes, etc..).
Spécialité : Sciences humaine et sociale
Taguer...
et grandirPas de pommes ni de cerises à chaparder dans l’univers urbain. Pour les ados, la révolte passe par le tag, puis s’assagit dans le graff. Jacky Lafortune, professeur d’arts plastiques, analyse ce rite d’initiation à la vie et à la ville.
Inventé par les adolescents de la communauté grecque américaine, il y a un quart de siècle, le tag s’est très vite répandu dans les ghettos. Ces signatures sont apparues sur les murs des villes françaises avec un décalage de près de quinze ans, importées par des adolescents parisiens de milieux aisés faisant le va-et-vient entre New York et Paris. Localisées exclusivement dans la capitale pendant cinq ans, elles gagnent la banlieue dans le courant de l’année 1987 et le mouvement atteint son point culminant en 1990.
Le tag n’appartient pas plus à la banlieue qu’à la capitale ; il ne dépend pas d’un label ethnique, ni d’une religion, ni d’une classe sociale particulière ; il est avant tout la manifestation d’adolescents dans le monde urbain. On devient tagueur à la fin de l’enfance, entre 11 et 15 ans. A partir de 15-16 ans, le tagueur n’abandonne pas la partie mais commence à expérimenter un autre style de lettrage qui est, par sa forme aux antipodes du tag. Ainsi est né le troop ou le top-to-bottom. Ce rituel graphique aboutit enfin au graff, peinture murale fondée sur l’écriture et la représentation de personnages, qui orne aujourd’hui, en particulier, les ponts et murs des voies ferrées. Les graffeurs sont âgés de 17, 18 ans.
Aux origines de cette trilogie graphique se trouve donc le tagueur. Il exprime par ce moyen son passage dans ce que les adultes désignent par l’expression " âge difficile ". Le tag est en quelque sorte l’équivalent du chapardage de pommes et de cerises auquel se sont toujours livrés les adolescents des campagnes françaises. Cette déviance momentanée est un moyen de tester les règles de socialisation du monde adulte. L’une des caractéristiques du tag est sa quasi-illisibilité. Révolte contre la famille, révolte contre le système scolaire. S’en prendre directement à l’écriture en s’efforçant de détruire le lettrage, voilà un règlement de comptes clair et net avec l’acquis scolaire dont l’écriture est la base. Toutes les astuces sont utilisées pour rendre le tag illisible.
Mais bien vite, le tagueur est confronté à sa propre contradiction et doit choisir : accomplir la destruction définitive du lettrage en le réduisant à un gribouillage ou bien accepter le compromis ultime qui consiste à conserver les règles formelles de l’alphabet, quelque rejet qu’il en ait. Ne l’oublions pas, l’objectif premier du tagueur est de montrer son tag à autrui, d’en être compris. Pour cela, il doit s’arranger avec la stylistique de son lettrage : un a se doit de rester un a, malgré les variations multiples de ses formes graphiques. Mais les raisons d’être du tag sont multiples et ne s’arrêtent pas à une affaire de stylistique. Le tagueur doit passer à l’acte. Marque de révolte teintée de compromis, cette signature pour les jeunes un moyen de s’affirmer qui n’a pas de précédent. C’est une revendication identitaire qui s’impose dans la ville, à la barbe des adultes qui n’ont jamais l’occasion d’en apercevoir les auteurs.
L’intérêt du tag est qu’il soit vu non seulement par le tagueur qui l’exécute, mais surtout par les autres tagueurs, qui doivent décoder le nom du partenaire, du rival. Ainsi se déroule dans la ville la petite guerre codifiée entre les tagueurs. Celui qui s’impose n’est pas forcément celui qui tague le plus, mais plutôt celui qui parvient à apposer son tag au bon endroit, de la façon la plus spectaculaire, exposé selon la plus parfaite visibilité. Ainsi, placer son tag dans un endroit idéal devient la grande épreuve du tagueur.
Sur son parcours familier, le tagueur essaime ses signatures : il taguera sur les portes cochères, sur celles du métro, sur les vitres, au centre des façades, sur les panneaux de signalisation urbaines, etc. Il s’arrangera pour sortir tard le soir, après la fermeture des magasins qu’il a repérés de jours et dont le rideau métallique fera un excellent support. Mais le tagueur va bientôt s’exercer une nouvelle écriture, le troop. Il accède ainsi à la seconde phase graphique du rituel dans lequel il est engagé. Autant le tag se présente sous forme d’une écriture désarticulée, fruit d’une gestuelle précipitée, autant le troop est une écriture strictement organisée, avec les règles formelles, et dont la spontanéité est absente.
Cet appel aux conventions graphiques révèle l’assurance progressive du tagueur, une maîtrise de l’angoisse adolescente avec tout ce qu’elle contient de charge émotionnelle. Car le tagueur emploie la perspective, si bien que les lettrages du troop ont un volume qui lui confère une solidité plastique. Les lieux du troop diffèrent des lieux habituels du tag : le choix des espaces est généralement moins provocant. Dans sa reconversion progressive à ce type de lettrage, le tagueur recherche des endroits tranquilles, moins équivoques, moins risqués : ponts et murs bordant les voies ferrées, terrains vagues aux palissades abandonnées, murs de quartiers en rénovation, chantiers ouverts, piliers de ponts.
Ces espaces nouvellement découverts et conquis sont pour ces adolescents une manière d’affirmer leur liberté par une pénétration plus profonde du tissu urbain. La surface du troop annonce le graff. Ce dernier est la phase finale de ce rituel de passage des jeunes en milieu urbain. Encore composé de lettrages, il contient désormais des personnages, souvent inspirés des bandes dessinées, et véritable " bestiaire " du monde contemporain. Des visages aux arcades saillantes côtoient des enfants chauves, des pin-up au rimmel dégoulinant, au rouge à lèvres flamboyant. Les supports du graff sont ceux du troop : terrains vagues, murs d’immeubles en démolition - exige de la part de ces jeunes une stratégie très élaborée. Les graffeurs agissent de nuit, défiant les systèmes de surveillance. Le parcours nocturne du " combattant graffeur " pour accéder à son support prohibé devient ainsi une marge de temps arrachée aux parents. Cette " déviance " qu’est le graff ne se résume pas à l’aspect négatif que lui confère la loi : le gaffeur sait que son dessin réalisé sur un mur encrassé ou un wagon apporte une esthétique certaine. Cette esthétique n’a d’ailleurs pas besoin de faire l’unanimité des adultes, il suffit que quelqu’un la reconnaisse et l’affaire est jouée.
C’est dans ce contexte que les graffeurs réussissent à négocier avec les municipalités pour officialiser leurs oeuvres. Des contrats ont été établis, portant sur des murs, des panneaux, des salles publiques, et même avec le ministère de la Culture, ce qui leur permit l’accession aux musées.
Des municipalités ont joué le jeu. Tout en décriant le tag, elles ont reconnu le graff. Le graffeur, désormais accepté, n’est plus traité comme un tagueur irresponsable, comme un trouble-fête, mais comme un " égal " avec lequel on dialogue et on passe un contrat. C’est alors la fin de cette sorte d’épreuve initiatique. Car le tag et le graff ne sont pas des oeuvres d’art mais des rites nouveaux de l’art de la ville. Le graffeur est maintenant face à son semblable, l’adulte. Et de fait, le graffeur est désormais lui-même un adulte.
Jacky Lafortune
Professeur d'arts plastiques à l'université Paris VIII
Télérama, janvier 1996
Suggestions de questions:
Spécialité : Mathématiques et Sciences de la matière
TROIS ASTRES SUR UN AXE
Jusqu'au Moyen Age, l'éclipse totale était considérée comme un phénomène divin et mythologique. Il s'agissait d'un repas céleste, une grande bouffe astrale. Les Indonésiens comme les Chinois pensaient qu'un énorme dragon mangeait le Soleil. En mandarin, le mot "éclipse" se traduit par shi, à savoir "manger". En Sibérie, il s'agissait d'un vampire, d'un loup-garou en Serbie, d'un jaguar au Paraguay, d'un chien monstrueux en Bolivie. Au Vietnam, la disparition du Soleil est provoquée par une grenouille géante, attachée à l'étang Hang par une chaîne en or. Pendant le sommeil du seigneur voisin, elle en profite pour s'échapper et avaler l'astre solaire. Les dames de la Lune courent alors chercher le seigneur, seul capable de faire rendre gorge au batracien. Pour les aider à le réveiller, les jeunes filles doivent frapper leurs mortiers à riz avec leurs pilons.
Aujourd'hui, nous sommes loin de ces légendes grâce à l'astronomie, la plus élégante des sciences exactes. D'abord, parce qu'elle nous fait lever le nez au-dessus de notre dérisoire condition humaine pour nous grandir à la dimension de l'Univers. Ensuite, parce qu'elle nous permet de prédire les phénomènes célestes - conjonction de planètes, retour de comètes, collision d'astres, etc. - avec une précision de l'ordre de la seconde et du kilomètre près, ce qui n'est pas si mal, compte tenu des distances en vigueur dans l'Univers...
Prenez une éclipse : depuis des lustres, on savait par de savants calculs que le 11 août 1999, à 9 heures 30 minutes et 57 secondes (temps universel), à 300 kilomètres au sud de la Nouvelle-Ecosse, en plein océan Atlantique, l'ombre de la lune allait venir caresser la surface de la Terre pour se balader pendant exactement trois heures cinq minutes et vingt-six secondes à la surface du globe. Commençait alors la dernière éclipse totale solaire du XXème siècle.
Pour bien comprendre le phénomène, il faut d'abord imaginer le ballet incessant des astres autour de notre étoile, le Soleil : chaque planète suit une trajectoire en forme d'ellipse qu'on appelle orbite; autour de certaines gravitent des satellites - ainsi la Lune autour de la Terre; ainsi Io, Europe, Ganymède et Callisto autour de Jupiter - qui, eux aussi, possèdent leur orbite propre. Comme le système solaire est relativement "plat", c'est-à-dire que toutes les planètes et leurs satellites ont des trajectoires situées à peu près dans le même plan, il arrive que tout ce petit monde se rencontre dans le même alignement et se fasse mutuellement de l'ombre.
Ce que - de notre point de vue de Terrien - nous appelons éclipse solaire, c'est l'histoire d'un rendez-vous du Soleil, de la Terre et de la Lune, notre satellite. En perpétuelle rotation (il lui faut un peu plus de vingt-sept jours pour accomplir un tour complet autour de la Terre) elle projette un cône d'ombre et de pénombre dans l'espace, comme n'importe quel astre éclairé par le Soleil. La zone la plus sombre passe au ras de la Terre, juste au-dessus ou juste en dessous, en raison de la légère inclinaison de l'orbite de la Lune par rapport à celle de notre planète. Mais, deux fois par an, la Lune se trouve sur le même plan et dans le même alignement que la Terre et le Soleil (on parle alors de "ligne de noeuds") : le cône d'ombre de la Lune vient frapper la Terre et, pendant quelques instants, nous cache la lumière du Soleil.
Par l'un de ces hasards qui font toujours l'étrange beauté du monde, le Soleil, à peu près quatre cents fois plus volumineux que notre satellite, se trouve être également beaucoup plus éloigné, environ quatre cents fois plus loin : son volume apparent, vu de la Terre, est à peu près identique à celui de la Lune, et les deux astres se recouvrent mutuellement au moment de leur rencontre. Voilà pourquoi, fait unique dans notre système solaire, on peut parler d'éclipse totale. Pensez aux pauvres Martiens, avec leurs deux ridicules satellites Deimos et Phobos, qui n'auront jamais la chance de voir un tel phénomène, puisque leurs deux misérables cailloux n'arriveront jamais à occulter totalement les rayons du seigneur Soleil !
Ce mouvement entre la Terre et la Lune est incessant : deux semaines avant ou après une éclipse solaire, lorsque la ligne de noeuds n'a pas eu le temps de se décaler assez pendant le temps séparant une nouvelle Lune d'une pleine Lune, notre satellite traverse l'ombre et la pénombre de la Terre. On assiste alors à une éclipse lunaire, au spectacle magique d'un voile léger qui semble glisser sur le disque illuminant la nuit et atténue sa vivacité, preuve supplémentaire s'il en fallait de ce ballet bien réglé des orbes célestes...
Les éclipses ont joué un rôle important dans l'histoire de l'astronomie. Les premières ont été observées en Inde (21 octobre 3784 avant J.-C.), en Chine (22 octobre 2037 avant J.-C.). Elles ont été à l'origine des premières réflexions sur l'Univers, longtemps pensé comme clos, géocentrique (la Terre au centre de l'Univers) et immuable jusqu'aux travaux de Nicolas Copernic (1473-1543) et ceux de Galilée (1564-1642). Comme les phases de la Lune et les comètes, les éclipses ont prouvé à des générations d'observateurs qu'il se passait de drôles de choses dans ce ciel que, depuis Aristote, on appelait obstinément la "sphère des fixes" !
Plus près de nous, c'est lors d'une éclipse que fut validée l'une des importantes prédictions de la théorie de la relativité d'Albert Einstein (1879-1955), qui supposait que le trajet de la lumière devait être courbé par la masse imposante d'un corps céleste, un peu à le manière d'une bille de plomb déformant le linge sur lequel elle est posée. Lors de l'éclipse de 1919, en regardant l'étoile Bêta de la constellation du Taureau située alors légèrement en haut et à droite du Soleil, l'astrophysicien Arthur Eddington se rendit compte que cette étoile était en fait positionnée beaucoup plus à gauche, et que la présence du Soleil déviait fortement la lumière qui nous parvenait sur Terre.
Mais foin de spéculations cosmologiques ! Une éclipse, c'est surtout une expérience extraordinaire. D'abord le ciel se couvre comme par un jour d'orage, et l'ombre gagne progressivement sur la lumière. Les chiens hurlent. Les fleurs se ferment. Il ne reste bientôt qu'une mince couronne de diamants (appelés grains de Baily) frangeant le Soleil presque entièrement dévoré, qui explose soudain dans un bref flash final. Et puis c'est la nuit. L'angoissante nuit, malgré le magnifique jaillissement des étoiles... Sans atteindre l'intensité de celle du 11 juillet 1991, avec ses sept minutes d'obscurité absolue, l'éclipse du 11 août 1999 fera courir sur le nord de l'Europe un vent de magie et d'excitation. Parce qu'il faut savoir que l'humanité se divise en deux parties : ceux qui ont assisté à une éclipse solaire totale ; et puis les autres...
Adapté de Télérama N°2586, 4 août 1999.
Suggestions de questions:
Spécialité : Sciences de la vie
Les opposants à l’expérimentation animale se radicalisent
Grève de la faim en Grande-Bretagne, manifestations en Allemagne : l’utilisation des animaux pour la recherche suscite de plus en plus de réticences en Europe. La culture de cellules et les modèles informatiques sont des solutions de remplacement intéressantes, sauf en génétique.
LUNDI 14 DECEMBRE, Barry Horne arrêtait sa grève de la faim, commencée soixante-huit jours plus tôt, sans avoir obtenu gain de cause de la part du gouvernement britannique. Ce citoyen de quarante-six ans, qui purge une peine de prison de dix-huit ans pour plusieurs attentats à la bombe incendiaire commis en 1994, demandait la constitution d’une commission royale sur l’expérimentation animale (promise par le parti travailliste avant son arrivée au pouvoir). Il est membre du virulent Animal Liberation Front (ALF), association d’antivivisectionnistes dont les chefs de file menaçaient, début décembre, de tuer dix chercheurs et éleveurs britanniques au cas où Barry Horne mourrait en cours de mission.
Vivisection ? Dans son sens strict (section du corps vivant), le mot désigne l’opération chirurgicale d’un animal conscient, non anesthésié. Dans la pratique, ce type d’expérience est interdit de nos jours, et toutes les manipulations de vertébrés impliquant un acte chirurgical doivent avoir lieu sur des animaux anesthésiés. Mais le mot est resté. Opération pratiquée " à titre d’expérience sur les animaux vivants " (Petit Robert) ou " sur un animal vivant pour l’étude de phénomènes physiologiques " (Petit Larousse), la vivisection est devenue synonyme d’expérimentation animale. La charge émotionnelle en plus.
L’expérimentation sur les animaux vivants remonte à l’Antiquité, mais son usage ne se répand véritablement qu’au XIXe siècle, avec le développement de la biologie expérimentale. Pour Claude Bernard et ses élèves, la biologie moderne repose obligatoirement sur des " vivisections zoologiques ". Il s’ensuit rapidement la création des premières sociétés pour la protection des animaux et une montée des mouvements antivivisectionnistes, dont la violence aboutit, dès la fin du siècle et dans divers pays d’Europe, à réglementer l’exercice de l’expérimentation animale. " Ces lois autorisent plusieurs utilisations de l’animal, notamment l’expérimentation sur des animaux vivants, mais les assujettissent à des restrictions telles que l’homme ne peut plus faire n’importe quoi, comme c’était théoriquement possible dans les siècles précédents. Il s’agit là d’un premier passage du respect de l’animal par le droit et la loi ", résume Georges Chapoutier, neurobiologiste (CNRS Paris-V).
Pour ce spécialiste, auteur de plusieurs ouvrages sur le droit de l’animal, la prise en compte croissante des animaux à la fin du siècle dernier s’explique par les progrès mêmes de la biologie. " Le développement de l’anatomie comparée, puis de la physiologie comparée, montrait clairement que l’homme occupait dans le monde une place définie à proximité des grands singes, dont il ne se distinguait guère sur le plan strictement biologique ", précise-t-il. Avec la théorie de l’évolution, le lien se renforçait encore. Le singe devenait à la fois cousin et ancêtre de l’homme, et son utilisation abusive prenait une tout autre signification.
Un siècle plus tard, les associations de défense des animaux aidant, les lois des pays développés ont accru les droits de " nos amis les bêtes ". Ou, du moins, les devoirs de l’homme vis-à-vis d’eux. En France, à la loi de 1963 relative à la protection des animaux utilisés pour l’expérimentation s’est ajoutée, en 1976, la loi sur la protection de la nature, qui donne aux animaux le statut d’ " êtres sensibles ", qu’il convient de protéger pour eux-mêmes. Une dizaine d’années encore et c’est le décret de 1987 (complété en 1988 par trois arrêtés interministériels) qui précise les conditions réglementaires dans lesquelles peut être pratiquée, en laboratoire, l’expérimentation animale. En 1992 enfin, Hubert Curien, ministre de la recherche et de la technologie, annonce une nouvelle série de mesures. Parmi elles : l’obligation pour les laboratoires d’utiliser des animaux provenant exclusivement d’élevages spécialisés et la mise en conformité des animaleries avec la réglementation.
Ces mesures de bon sens ont-elles contribué à apaiser les esprits ? Les adversaires de vivisection ont-ils été sensibles aux résultats de l’enquête nationale menée en 1990 par le ministère de la recherche sur " l’utilisation d’animaux vertébrés à des fins expérimentales " dans les laboratoires publics et privés, qui faisait apparaître, comparée à une étude datant de 1984, une diminution de 25 % du nombre d’animaux morts pour la science (3 645 708 en 1990, dont 94 % de rongeurs) ? Ont-ils lu le livre blanc sur l’expérimentation animale, publié en 1995, dans un louable souci de transparence, par le CNRS et l’Inserm, avec l’objectif de montrer " pourquoi l’expérimentation animale est indispensable et à quel moment elle peut cesser de l’être pour céder la place aux approches in vitro ou aux essais cliniques " ? Toujours est-il que les militants de la protection animale se sont faits en France, ces derniers temps, relativement discrets. Ce n’est pas le cas, on l’a vu, en Grande-Bretagne. Et moins encore en Allemagne.
SOUS PROTECTION POLICIERE
Dans ce pays, qui bénéficie dans ce domaine de la réglementation la plus stricte de l’Union Européenne, les associations de défense réclament une mise au ban pure et simple de la recherche sur l’animal. Il y a quelques semaines, de violentes protestations ont ainsi accompagné la remise d’un prix prestigieux à Wolf Singer, directeur à Francfort du Max-Planck Institute, pour la recherche sur le cerveau. Le neurobiologiste, qui étudie les propriétés électriques du cerveau des primates dans le but de mieux comprendre certaines affections cérébrales (telles la schizophrénie ou la maladie d’Alzheimer), a déjà reçu plusieurs menaces de mort. Il fut d’ailleurs placé sous protection policière durant toute la cérémonie. Il ne s’agit pas d’un cas isolé. Au point que de nombreux experts redoutent que l’Allemagne ne prenne un vrai retard en matière de recherche biomédicale si la réglementation nationale devient, comme il en est question, plus sévère encore en matière d’expérimentation animale.
Catherine Vincent, Le Monde
- jeudi 24 décembreSuggestions de questions: