LES ANCIENS COMBATTANTS MAROCAINS DE LA DEUXIEME GUERRE MONDIALE

Casablanca, carré militaire du cimetière de Ben M'sik, 11 novembre 96

PROJET DEVELOPPE DANS LE CADRE DU PARTENARIAT PEDAGOGIQUE FRANCO-MAROCAIN

Professeurs responsables:

  • Thierry Dubois, Frédéric Garan (Lycée Lyautey)
  • A. Essaoui, R. El Kharroubi, M. Mahrouss, (Lycée Mohamed V)
  • Photos Dominique Berbain (Ecole Renan) et Frédéric Garan

PLAN

‘’Sans son Empire, la France ne serait qu’un pays libéré. Grâce à son Empire, la France est un pays vainqueur. ‘’

Lorsque Gaston Monnerville prononce cette phrase au lendemain de la victoire contre l’Allemagne nazie, le 25 mai 1945, il résume bien ce que la France doit aux hommes venus des quatre coins de l’Empire, qui en combattant sous le drapeau tricolore, ont permis à la France d’être du côté des vainqueurs en 1945.

Parmi ces ‘’ soldats de la Grande France’’ , les contingents venant d’Afrique du nord , et particulièrement du Maroc, étaient les plus nombreux.

Dans le cadre du partenariat pédagogique franco-marocain, nous avons voulu faire découvrir à nos élèves la force des liens qui ont uni dans le combat le Maroc et la France. Nous sommes donc partis à la recherche des anciens combattants marocains de la Deuxième Guerre Mondiale, afin d’étudier comment ils ont vécu cette période.
Dans ce fascicule, nous avons voulu rappeler brièvement l’histoire de cette armée et de ces soldats, avant de présenter le travail de recherche en archives réalisé par nos élèves, qui leur a permis de constituer un questionnaire. Ce questionnaire est la base de travail pour les interviews d’anciens combattants que nous avons réalisées, en vue de la réalisation d’un film.

 

Casablanca, 11 novembre 96

 

1 L’Armée d’Afrique : rappel historique

(rédaction: Frédéric Garan)

En 1939, la France mobilise, en métropole et dans son Empire. Cela avait déjà été le cas en 1914. En effet, pour répondre à la dénatalité, qui pose de gros problèmes quant au maintien des effectifs de l’armée, la France a très vite considéré que l’Empire devait en cas de guerre, assurer sa défense, mais aussi venir protéger la ’’mère-patrie’’. C’est la thèse qui est présentée par le Colonel Mangin en 1910 dans son ouvrage : ‘’la France noire’’. Cette armée de l ‘Empire est composée de plusieurs éléments : l’armée d’Afrique, composée de troupes qui viennent d’Afrique du nord, et l’Armée coloniale, composée de troupes venant du reste de l’empire.

C’est évidemment l’Armée d’Afrique qui nous intéresse dans le cadre de notre étude.

En 1940 ; l’Armée d’Afrique constitue le gros des troupes d’Outre-mer. Elle est forte d’environ 340 000 hommes (au même moment, dans l’Armée coloniale, on ne compte, stationnés en France, qu’environ 10 000 Indochinois, autant de Malgaches et moins de 70 000 soldats d’Afrique noire). Quels sont les hommes qui composent cette armée d’Afrique ? Pour reprendre la terminologie de l’époque, on sépare contribution ‘’française’’ et ‘’ musulmane’’. Elles sont respectivement, au 1er novembre 1944, de 176 500 et 233 000 hommes. ‘’Le nombre de "Français’’ représente plus de 16% de la population dite ‘’pieds-noirs’’… Cela révèle une contribution à l’effort de guerre considérable, puisque, sur la base d’une population de 40 millions d’habitants, ce pourcentage se serait traduit pour la France Métropolitaine par la levée de 6 millions et demi d’hommes ! le nombre des « Musulmans », plus élevé, ne représente cependant que 1,6% de la population indigène totale. C’est que le système de la mobilisation est pour eux plus aléatoire : au Maroc, on recrute seulement par engagement, alors qu’en Algérie et en Tunisie, on procède, en outre, à des tirages au sort parmi les recensés bons pour le service, dans la limite des contingents fixée. On comptait 134 000 Algériens, 73 000 Marocains et 26 000 Tunisiens.’’

L’Armée d’Afrique est présente sur le sol français pour les opérations de 1939-1940. Elle participe activement à la défense du territoire métropolitain, comme l’atteste les faits d’armes de la 2ème DINA que nous allons suivre durant la campagne de mai-juin 1940. La 2ème DINA est composée des 13ème tirailleurs algériens, 22 ème tirailleurs algériens, 11ème zouaves et 6ème tirailleurs marocains.

’Le 10 mai, la division franchit la frontière belge, à pied, au nord-est de Montagne du nord et de ‘’Condé-sur-Escaut : deux bataillons s’installent sur la Dyle. Le 15, la position est attaquée, et Ottignies perdu. Le 16, le repli s’opère, après une bataille acharnée. On est sur le champ de bataille de Waterloo, les tirailleurs tentent de tenir, mais devant la puissance de feu allemande, le 17 mai, à 22 heures, leur parvient l’ordre de se retirer derrière l’Escaut, de nuit , par les ponts de Mortagne et de Bleharies. Le 24 mai, regroupée vers Flines-Les-Râches, la division tente de s’opposer à la ruée allemande sur Lille. Le 27 , elle se trouve encerclée à Haubourdin, fait une percée : deux bataillons seulement du 22 ème tirailleur algérien et divers détachements isolés réussissent à atteindre Dunkerque (La division a été capturée en grande partie à Haubourdin). De petits détachements de toutes les unités de la 2ème DINA s’embarquent à Malo-Les-Bains le 30 mai, et gagnent l’Angleterre. Ils sont renvoyés en France et tous capturés ou tués près de la falaise, le 18 juin…’’ (TDC 692, page 16)


A l’issue des opérations de mai-juin 1940, le bilan est lourd. Chez les seuls Maghrébins, on compte 5 400 morts. La France , maintenant sous le commandement du maréchal Pétain, signe un armistice avec l’Allemagne, le 22 juin 1940. Les conditions sont très dures, mais la future ‘’ France de Vichy’’ obtient de converser la tutelle de son Empire colonial. Une armée en Afrique du nord est donc maintenue, sous la direction du Général Weygand qui est délégué général du gouvernement de Vichy en Afrique du nord. Ses adjoints sont : Juin à Rabat, de Lattre de Tassigny à Tunis et Koeltz à Alger.

Le général De Gaulle, qui est à Londres, est conscient de l’importance de l’Afrique du nord. Il tente de rallier ces territoires à sa cause, en prenant contact , en particulier, avec le général Weygand. Mais, ses appels restent sans réponse. L’Afrique, à l’exception de l’AEF(Afrique Equatoriale Française) sous l’impulsion de Félix Eboué reste fidèle à Vichy. Les soldats marocains, entre autres, sont donc pris dans cette lutte entre deux légitimités, qui les concernent peu. Leur fidélité se tourne avant tout vers le drapeau de leur régiment, derrière leurs chefs.

Cependant, toutes les troupes issues du Maroc ne sont pas sous les ordre de Vichy. La première victoire des F.F.L.(Forces Françaises Libres, qui constituent l'armée aux ordres de De Gaulle) est obtenue par la colonne Leclerc le 1er mars 1941, à l’oasis de Koufra en Libye, face aux troupes italiennes. Parmi les troupes françaises, on trouve un régiment de marche de spahis marocains.

Mais, dans ce contexte, c'est l'opération "Torch" , c'est à dire le débarquement anglo-américain du 8 novembre 1942 en Afrique du Nord qui scelle le sort du Maroc. Malgré la résistance d'une armée trop fidèle à Vichy, et l'ambiguité qui résulte de la présence de l'amiral Darlan à Alger, l'occupation des villes du Maroc et de l'Algérie par les troupes Anglo-américaines, marque la fin de l'époque de Vichy. Dès lors, l'armée d'Afrique, pour reprendre l'expression de De Gaulle devient "l'épée de la France". Il ne reste plus qu'à la lancer à l'assaut de la métropole! L'armée d'Afrique est immédiatement engagée dans les combats contre les Italiens et les Allemands en Tunisie, où elle fait la jonction avec les F.F.L. venues d'Egypte avec les Anglais. Cette ensemble est unifiée en Juin 1943, après la Fondation du Comité Français de Libération Nationale, coprésidé par De Gaulle et Giraud. Dans un premier temps, avant qu'il ne se retire, c'est Giraud qui prend en charge cette armée.

La Tunisie reconquise, les prochaines étapes sont la Corse, la Sicile et l'Italie. Le 11 septembre 1943, 6000 hommes de troupes de montagne marocains débarquent à Ajaccio. En Sicile, le 4ème tabor (*) marocain participe aux opérations. Mais, c'est en Italie que le rôle de l'armée d'Afrique, et particulièrement des Marocains, est décisif.

"Le corps expéditionnaire français(CEF) en Italie est placé sous la direction du Général Juin. Outre la 1ère DMI (Division motorisée d'infanterie), il comprend trois divisions : la 2ème DIM (division d'infanterie marocaine), la 3ème DIA (division d'infanterie algérienne) et la 4ème DMM (division marocaine de montagne). A priori, le CEF ne doit tenir qu'un rôle effacé : il est intégré à la 5ème armée américaine du général Mark Clark, dont l'intention est de n'utiliser les troupes françaises que comme forces supplétives, disséminées parmi les unités américaines. Il en ira finalement tout autrement… En effet, en janvier 1944, les Alliés anglo-américains piétinent devant la ligne de défense allemande ancrée sur le massif des Abruzzes (ligne Gustav). Or les divisions du CEF sont parfaitement rompues à la guerre de montagne, elles vont pouvoir lancer, du 1er au 16 mai, une attaque décisive. Ainsi, la 4ème DMM possède la même puissance de feu que les autres divisions, mais elle est dotée d'un train muletier de 6400 bêtes et de sections d'enchaineurs muletiers. Ces éléments lui permettent de passer là où les jeeps elles-mêmes sont arrêtées, de franchir des obstacles considérés comme inviolables. De pitons en pitons, du Petrella (1535m) au Revolle (1285m), du nid d'aigle de Campodimelo à Lenola, elle ouvre le chemin de Rome. Regroupée avant son départ pour la France, la division laisse 74 officiers et 1538 sous officiers et soldats dans les cimetières de la péninsule. Les pertes globales des Africains en Corse et en Italie sont de 6255 tués, dont 4000 Nord Africains et de 23000 blessés, dont 15600 Nord Africains." (TDC 692 pages 11 et 12)

Après l'Italie, la grande mission est maintenant la libération de la France. A la veille du débarquement de Provence (15 août 1944), l'armée de terre française compte environ 550 000 hommes, dont 400 000 sont issus des pays du Maghreb (Voir ci-dessus pour la répartition "Français", "Musulmans").

L'armée d'Afrique débarque en deuxième vague en Provence, le 16 août 1944. Les troupes françaises sont sous le commandement du général de Lattre de Tassigny. La libération des grandes villes françaises peut commencer. La 3ème DIA, sous la direction du général de Monsabert, entre la première à Toulon, puis fonce sur Marseille qui est libéré le 29 août. Associés aux Algériens, les goumiers marocains, sous le commandement du général Guillaume, participent à la libération de la cité phocéenne. Marseille libérée, c'est la remontée de la vallée du Rhône qui commence. Lyon est libérée le 3 septembre, et le 12, c'est la rencontre, à proximité de Dijon, avec la 2ème D.B. de Leclerc qui a débarqué en Normandie et vient de libérer Paris. La progression est dès lors plus difficile, et les pertes sont lourdes. "Selon de Lattre, à la mi-décembre 1944, les pertes (morts, blessés, malades et disparus) s'élèvent à 30 % chez les tabors marocains et à la 4ème DMM, à 50 % à la 2ème DMM et 9ème DIC, et atteignent même 109 % à la 3ème DIA (ce dernier pourcentage s'explique par le fait que tous les hommes de la division ont été au moins une fois blessés ou malades entre août et décembre 1944)."  (TDC 692, page 14)
Belfort a été atteint le 14 novembre par de Lattre, Strasbourg le 23 par Leclerc. Durant l'hiver les troupes françaises passent en Allemagne. Le 6 mai 1945, la 2ème DIM est à la sortie du tunnel de l'Arlberg. Le 8 mai, c'est le général de Lattre de Tassigny qui, au nom de la France reçoit la capitulation de l'Allemagne nazie, aux côtés de Montgomery, Eisenhower et Joukov.

Comme nous venons de le voir à travers ce bref résumé, le rôle de l'armée d'Afrique a été primordial dans la libération de la France, et surtout dans le mécanisme qui place incontestablement la France du côté des vainqueurs le 8 mai 9145. René Pleven peut alors déclarer : "En ce moment, la France est sans doute plus consciente qu'elle ne l'a jamais été de la valeur de ses colonies". Le prix payé pour en arriver là est élevé pour les troupes de la 1ère armée. Aux chiffres déjà cités pour les pertes en Italie, viennent s'ajouter ceux concernant la période du 15 aout 1944 au 8 mai 1945, en France et en Allemagne. 9237 tués, dont 5260 Nord Africains, et 34714 blessés dont 18531 Nord Africains.

Cependant, cette aventure laisse un goût amer. "Malgré la sollicitude des cadres français qui connaissent l'indigène et l'aiment, le moral du Marocain n'est pas bon; celui de l'Algérien est mauvais. Une amertume certaine est en train de se muer en colère sournoise. Quant aux Français, ils déplorent le fossé qui ne se comble pas entre eux et les F.F.I, entre l'armée d'Afrique et la nation." (TDC 692, page 17) Les Africains ont très mal ressenti et se sont étonnés du faible nombre de métropolitains qui se sont joints à eux pour libérer la France et partir à l' assaut de l'Allemagne. C'est ce que nous confirme Monsieur Michel Jobert : "Je vais être très dur. Mon beau régiment de cavalerie, quand il a débarqué à Saint Tropez et qu'ensuite il a remonté toute la France pour s'arrêter en panne d'essence en Haute Saône, il pouvait recruter à chaque étape, il avait le droit. Nous avons recruté 3 Français. Ils ne voulaient pas venir. On leur disait :
- Mais ce n'est pas terminé.
- Ah, nous avons des choses à régler localement.
Je n'ai pas eu de mon pays une idée très haute, et puis je n'ai plus fait attention. Je me suis dit : nous irons en Allemagne, nous irons en Autriche, et tant pis pour eux.

Le "Blanchiment" des troupes ( opération ayant consisté à accroître la part de français métropolitains au sein de l'armée) qui touche surtout les hommes venus d'Afrique Noire, a des raisons beaucoup plus politiques que climatiques et a été mal accepté par l'Armée d'Afrique. Enfin, les manifestations de Sétif, le 8 mai 1945, et leur dure répression ne peuvent que créer un sentiment d'injustice. Ainsi, nombreux furent les soldats du Maghreb qui, de retour chez eux, s'estiment bien mal récompensés des services qu'ils ont rendus à la France.

Pour établir définitivement la place qu'ont pu occuper les Marocains au sein de l'armée d'Afrique, nous nous contenterons, en guise de conclusion de citer ces quelques décisions du Gouvernement Provisoire de la République Française concernant des unités marocaines.

DECISION N° 158

"Sur proposition du ministre de la Guerre, le président du G.P.R.F., chef des Armées cite :

A l'ordre de l'armée

1er groupe de tabor marocains.

Sous l'énergique impulsion de son chef, le colonel LEBLANC Georges, n'a cessé d'être sur la brèche en Tunisie, en Italie, en France. En Tunisie, ses exploits dans le Ghidich, le Boufus et le Safrouf lui valent une renommée légendaire. En Italie, au cours des opérations offensives de mai et de juin 1944, du Garigliano à la plaine de Rome puis jusqu'à Sienne, cette unité d'élite, toujours à l'avant garde, refoule l'ennemi par une série de manœuvres audacieuses et de nombreux combats victorieux. Dès son débarquement en France, poussé à marches forcées au nord de Marseille, il est engagé dans la bataille le 22 août et, après deux jours de combats, fait sauter le verrou de Marseille. Se heurtant constamment à une défense acharnée, il poursuit malgré des pertes sévères, la conquête de vive force des ouvrages de la Gavotte, du Moulin du Diable, de Tante Rose, qui constituent la dernière ligne fortifiée couvrant les batteries de côtes allemandes, cependant qu'il achève l'encerclement de la ville de Marseille en la débordant à l'ouest et en investissant les ouvrages du Rove. De ce fait, il oblige le commandant allemand du secteur à capituler avec toutes les forces relevant de son commandement. Durant cette période, il occasionne des pertes sanglantes à l'ennemi tout en s'emparant de 5402 prisonniers, d'un butin considérable, perdant lui-même 281 hommes dont 27 officiers et sous officiers (Un groupe de tabor compte un peu moins de 300 hommes) .

2ème groupe de tabors marocains.

Unité marocaine de la plus haute valeur guerrière, déjà citée à l'ordre de l'Armée en Tunisie et en Corse. Sous les ordres du Colonel BOYER DE LATOUR, s'est signalée à l'Ile d'Elbe, en réussissant dans des conditions extrêmement difficiles, un débarquement sur une côte fortifiée et puissamment défendue. Malgré de lourdes pertes, a pris une part importante à la conquête de l'île, faisant plus de 600 prisonniers.
S'est montrée, en France, à la hauteur de son brillant passé. Débarquée le 20 août 1944 sur une dizaine de plage différentes dans la région de Saint Tropez, et engagée dès le lendemain à 120 Km de là, devant Aubagne, a enlevé la ville en moins de deux jours d'une lutte sévère et meurtrière. A poussé ensuite sans désemparer sur Marseille, forçant du 23 au 28 août les défenses des faubourgs de la cité qui lui étaient opposées, et conquérant successivement, par une série de manœuvres hardies et d'assauts allant jusqu'au corps à parps, Saint Marcel, Saint Loup, la chaîne de Saint Cyr, le Roucas Blanc, le parc Borély, Endoume, la Malmousque et le fort Saint Nicolas. En huit jours de combat a fait 4009 prisonniers, dont un général, trois colonels et 104 officiers.

Fait à PARIS, 1944 Charles de Gaulle.

DECISION N° 278

Sur proposition du ministre de la guerre, le président du Gouvernement Provisoire de la République Française, chef des armées, cite :

A L'ordre de l'Armée

2ème bataillon du 6ème régiment de tirailleurs marocains.

Splendide unité qui avait déjà fait ses preuves pendant la campagne d'Italie et qui vient d'accomplir un exploit magnifique en enlevant de haute lutte le Haut du Faing.
Sous le commandement du chef de bataillon FRANCO puis, après la blessure de celui-ci du capitaine COTHIAS, s'est porté rapidement sur son objectif malgré un terrain abrupt e de nombreuses résistances ennemies. Parvenu au sommet du Haut de Faing, a été en butte pendant quatre jours à des contre attaques importantes allant jusqu'au corps à corps, à des tirs massifs de mortiers et d'artillerie, à des feux d'écharpe de mitrailleuses et d'automoteurs. Malgré l'extrême fatigue de tous, des pertes sévères et les souffrances physiques dues à une pluie incessante, s'est cramponné farouchement sur le terrain conquis sans en perdre un pouce et a organisé sous le feu violent de l'artillerie un point d'appui solide que l'ennemi, après avoir subi lui-même de lourdes pertes, a renoncé à reprendre à ce bataillon ; a rempli ainsi intégralement la mission qui lui avait été confiée, donnant une fois de plus la preuve de qualités manœuvrières de premier ordre et d'une "trempe" exceptionnelle.

2ème groupe de tabors marocains

Magnifique groupe de tabors qui, après s'être couvert de gloire en Tunisie, en Corse, à l'Ile d'Elbe, à Marseille, s'est de nouveau distingué sous le commandement du Colonel Boyer de Latour au cours des durs combats livrés sur le front des Vosges par la 3ème DIA du 5 au 20 octobre.
Engagé du 5 au 17 octobre dans la forêt de Longegoutte et dans la vallée de la Moselle, afin de dégager des unités séparées de nos gros par une violente contre attaque, il se lance à l'assaut avec sa fougue habituelle. Dans de furieux corps à corps, il s'empare de la ligne des crêtes dominant au nord Ferdrupt. Simultanément, appuyé par un détachement blindé, il atteint les lisières de Ramonchamp. Engagé de nouveau dans la région de Saulxures, il a rejeté l'ennemi du Droit de Cornimont et , malgré des tirs violents et précis de l'artillerie et des mortiers ennemis, dévale les pentes de la Moselotte, franchit cette rivière en amont de Cornimont, nous assurant ainsi la base de départ indispensable à la conquête du Haut du Faing. Ayant perdu la moitié de ses officiers au cours des combats de Marseille et des Vosges, n'en a pas moins maintenu jusqu'au bout son ascendant sur l'ennemi, infligeant à celui-ci des pertes extrêmement sévères. Les présentes citations comportent l'attribution de la Croix de Guerre avec palme.

Fait à Paris, le 8 janvier 1945. C. De Gaulle.

DECISION N° 361

Sur proposition du ministre de la guerre, le président du Gouvernement Provisoire de la République Française, chef des armées, cite :

A l'ordre de l'Armée

6ème compagnie du 6ème régiment de tirailleurs marocains

Très belle unité qui, sous le commandement courageux et énergique du capitaine FOURRIERE, s'était déjà fait remarquer en Italie et qui vient de se distinguer à nouveau sous les ordres du même chef, au cours des opérations du 16 au 26 octobre, dans la région de Cornimont -(Vosges).
Engagée le 16 octobre au matin, en premier échelon de l'attaque, a engagé dans la région de la Charme, de furieux combats à la grenade contre des groupes ennemis qui s'opposaient à son débouché en direction du bois du Haut du Faing. Le 17 octobre, aux lisières avancées de ce bois qu'elle avait conquis la veille, a livré un combat corps à corps contre deux contre attaques ennemies et les a clouées au sol.
A tenu pendant dix jours, dont quatre d'une pluie incessante et 48 heures d'un bombardement meurtrier par obus de gros calibre. A eu une part décisive dans la conquête et la conservation du bois du Haut du Faing.

Section d'éclaireurs de montagne du 2ème bataillon du 6ème régiment de tirailleurs marocains.

Magnifique section qui s'était déjà distinguée en Italie et qui vient de se couvrir de gloire au cours des combats du 16 au 19 octobre 1944, dans la région de Cornimont (Vosges).
Engagée le 16 octobre au matin au premier échelon d'attaque du bataillon, a mené dans la région de la Charme, contre des groupes ennemis qui contre attaquaient, un furieux combat à la grenade au cours duquel elle fit dix prisonniers. Le 17 au matin, aux lisières avancées du bois de Haut du Flaing qu'elle avait enlevées la veille a, par le feu ajusté de ses fusils mitrailleurs et à la grenade, cloué au sol deux contre attaques parvenues au corps à corps, tuant à elle seule trente ennemis dénombrés. Les 18 et 19 octobre au soir, sous un bombardement meurtrier par obus de gros calibre, et sous une pluie incessante, a tenu la position de l'objectif confiée à sa garde. A dû être relevée le 19 octobre alors qu'elle ne comptait plus que six hommes, tous ses cadres ayant été tués ou blessés. Par son héroïsme, a joué un rôle décisif dans la conservation du bois du Haut du Faing.

Section d'éclaireurs skieurs du 3ème bataillon du 6ème régiment de tirailleurs marocains.

Unité d'élite qui est devenue une véritable troupe de choc. Le 17 octobre 1944, lors d'une forte contre attaque allemande, sur Haut du Faing, est intervenue avec rapidité au point le plus menacé, enlevant à l'abordage deux mitrailleuses ennemies qui avaient réussi à s'installer sur une position importante. A ainsi rétabli une situation qui devenait critique, au prix de lourdes pertes qui l'ont réduite à une poignée d'hommes.
S'était déjà fait remarquer au cours de la campagne d'Italie par l'audace et la tenacité avec lesquelles elle avait su remplir les missions les plus délicates. Ces citations comportent l'attribution de la Croix de Guerre avec palme.

Fait à Paris, le 6 février 1945. C. De Gaulle.

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2. Les archives du service des anciens combattants de l'Ambassade de France au Maroc.

Il convient tout d'abord de remercier M. Pagès, directeur du service "anciens combattants" de l'Ambassade de France au Maroc. M. Pagès nous a apporté un soutien actif qui dans un premier temps s'est traduit par un "libre accès" pour nos élèves dans ses archives.

Les archives du service des anciens combattants consistent en une série de dossiers constitués par les demandes d'aides financières formulées par les anciens combattants marocains auprès des autorités françaises. Ces dossiers nous sont très précieux car il n'existe aucune liste, aucun recensement des anciens combattants marocains qui ont servi dans les armées françaises durant la deuxième guerre mondiale (Cependant, le service des anciens combattants de l'Ambassade de France est en train de réaliser une évaluation assez précise du nombre d'anciens combattants vivants aujourd'hui au Maroc. Ils sont évalués à environ 30000). C'est donc le seul moyen qui permet une approche statistique de la situation d'un grand nombre de ces anciens combattants.

Les anciens combattants, qui demandent une aide exceptionnelle, constituent un dossier formé en général des pièces suivantes : une fiche de renseignements 30, la carte d'ancien combattant et le livret militaire. C'est cette dernière pièce qui nous apporte le plus de renseignements, à savoir l'âge à l'engagement, les états de service, les campagnes, le nombre d'années de service etc…

Après consultation de quelques dossiers, nous avons établi une fiche signalétique individuelle pour chaque ancien combattant dont nous avions la trace.

Les équipes ont consulté environ 1000 dossiers. Sur cet ensemble, seulement 542 concernaient des Marocains ayant servi entre 1939 et 1945.

1) Les hommes qui s'engagent sont jeunes, voire très jeunes. 18,5 % ont moins de 20 ans 34, 53 % ont entre 20 et 23 ans, et seulement 28,5 % ont plus de 24 ans. Il est à signaler qu'à plusieurs reprises, nous avons constaté des différences entre l'année de naissance du livret militaire et celle de la carte nationale marocaine, toujours dans le sens d'une date plus ancienne sur le livret militaire. Il apparaît évident que des âges ont été "gonflés" pour permettre l'engagement de jeunes de moins de 18 ans. Le cas le plus extrême fait apparaître une différence de 10 ans entre les deux cartes (naissance en 1920 sur le livret, en 1930 sur la carte nationale). Si tant est que la date de la carte nationale soit la bonne, cet homme, qui s'est engagé en 1943 est donc entré dans l'armée française à 13 ans ! Nous avons eu confirmation de cette situation par un témoignage oral. Un ancien combattant nous a affirmé s'être présenté au bureau de recrutement à 16 ans, en faisant cas de son âge. Le sous officier recruteur lui aurait dit que l'âge légal était 18 ans, tout en lui conseillant de déclarer avoir 18 ans s'il voulait vraiment partir, ce qu'il fît. Nous voyons donc qu'il y a sans doute souvent conjonction entre le désir de s'engager chez de très jeunes adolescents et la complaisance administrative de militaires français prêts à fermer les yeux sur l'âge réel de leurs recrues.

2) Pas de grosse surprise en revanche pour les dates d'engagement de ces hommes qui ont fait la deuxième guerre mondiale. Seulement 22,5 % d'entre eux étaient dans l'armée française avant 1939 (dont 9 % dès avant 1935). Logiquement, les engagements sont beaucoup plus importants en 1939 et 1940, respectivement 29,5 % et 15 %. 1941 et 1942 marquent une accalmie absolument compréhensible : 3,5 %, puis 7 %. Le débarquement allié en Afrique du nord relance les choses, avec la remise en place d'une armée française régulière devant combattre auprès des Anglo-américains. 17,5 % des engagements se font donc en 1943. 5 % seulement s'engagent tardivement en 1944 ou 1945.

3) La durée du service est très variable. 12 % passent moins de 5 ans dans les rangs de l'armée française. Les contrats de 6, 7 ou 8 ans semblent avoir été courants. Respectivement, ils représentent 9,5 % , un peu plus de 9 % et un peu moins de 11 %. A l'opposé, le contrats de longue durée sont très nombreux : 2à % d'entre eux passent 15 ans dans l'armée, et 13 % plus de 15 ans. Au total, c'est donc un tiers des Marocains engagés dans l'armée française qui y passent au moins 15 ans, c'est à dire qu'ils deviennent militaire de carrière. L'objectif des 15 ans est très important puisque c'est cette durée qui donnait droit à la "pension militaire de retraite" du combattant. Les autres recevaient à leur libération un pécule "pour solde de tout compte".

4) Il y a globalement deux types d'anciens combattants marocains.
Tout d'abord, les Goums, c'est à dire les supplétifs de l'armée française. D'un point de vue strictement administratif, ils ne sont pas vraiment militaires à part entière, même s'il ne s'agit là que d'un artifice. Ils représentent 31 % des effectifs que nous avons pu identifier.
Nous avons ensuite ceux qui sont membres à part entière de l'armée française (69 % des effectifs identifiés). Nous n'avons pas pu nous livrer à une étude statistique précise à l'intérieur de ce groupe, par manque d'informations. Cependant, il ressort que l'essentiel des hommes font partie des R.T.M. (Régiments de Tirailleurs Marocains). Nous avons également des membres des R.S.M. (Régiments de Spahis Marocains), des R.A.A. (Régiments d'Artillerie d'Afrique) ainsi que des éléments du Train et du Service de Santé.

5) Très peu de gradés apparaissent dans les dossiers du Service des Anciens Combattants. En comptant parmi les gradés les caporaux et caporaux chefs, qui administrativement sont encore des hommes du rang, ils ne représentent que 14,5 % des dossiers, et se répartissent ainsi.
- Caporaux 6,8 %
- Caporaux chefs 2,9 %
- Sergents 2,7 %
- Sergents chefs 1,5 %
- Officiers 0,5 %

6) Les théâtres d'opération auxquels les Marocains ont participé sont certainement une des données la plus intéressante. Pour ce qui concerne la période avant la Deuxième Guerre Mondiale, deux livrets signalent une participation aux opérations du Levant.
Pour la Deuxième Guerre Mondiale, 30 % des hommes dont nous avons les dossiers ont fait la campagne de France en mai-juin 1940, 6 % ont participé à la libération de la Corse, 31,5 % étaient en Italie, 28 % ont contribué à libérer la France à partir du débarquement en Provence le 15 août 1944 et 35 % ont fait la campagne d'Allemagne de 1944-1945.
Nous n'avons pas établi statistiquement la part des hommes qui ont fait la campagne de France de 1940 et que l'on retrouve sur un théâtre d'opération à partir de 1943.
Par contre, nous pouvons dire que les hommes qui font l'Italie, la France (1944) et l'Allemagne sont globalement les mêmes. Ces trois campagnes sont à continuité, ce sont les mêmes unités et donc les mêmes hommes qui débarquent en Sicile et en Italie, puis en France, et qui, à partir de là, remontent la vallée du Rhône, combattent dans les Vosges et passent en Allemagne ou en Autriche.
Beaucoup des hommes qui ont fait ces campagnes restent dans l'armée française après mai 1945 et font partie des forces occupant l'Allemagne. D'autres sont démobilisés mais reprennent très vite du service dès que la France a besoin d'eux en Indochine. Ainsi, que ce soit sans interruption, ou avec une pose entre 1945 et 1946, nous retrouvons la plupart des hommes qui ont fait les campagnes de 1943-1945 en Indochine. Ainsi d'après nos dossiers, 27 % des Marocains qui ont participé à un moment ou à un autre à la Deuxième Guerre Mondiale se retrouvent en Indochine, entre 1946 et 1954.
Nous signalerons enfin quelques cas particuliers. Un de nos hommes semble être resté à Londres à partir de 1940. Sept ont participé aux opérations de "maintien de l'ordre" à Madagascar après la Guerre.

7) La guerre a été rude pour ces hommes. 17 % ont été victimes d'une blessure grave, entraînant une invalidité ou un handicap définitif. 7,5 % ont été prisonniers en Allemagne après la campagne de mai-juin 1940 (si l'on se réfère non pas au total des dossiers, mais seulement à ceux qui ont fait la campagne de France en 1940, c'est alors 25 % des hommes qui sont concernés). Nous avons également trouvé les dossiers de 7 soldats qui ont été prisonniers du Viêt-minh.

8) Dernier élément sur lequel nous avons pu travailler : les dossiers constitués par des veuves d'anciens combattants. Ceux-ci ne nous apprennent rien de plus que les autres dossiers pour les aspects militaires, au contraire. Par contre, ce sont les seuls qui nous permettent d'avoir des renseignements sur la famille, et surtout sur les femmes des anciens combattants. Nous nous sommes donc livrés à une petite étude comparative entre l'âge des hommes et l'âge des femmes, sans la pousser trop loin car il ne semble pas qu'il y a de particularité liée aux anciens combattants, mais simplement des constantes de la société marocaine.

Pour un ensemble de 77 dossiers consultés : Une seule veuve était plus âgée que son mari (avec un écart assez important de 7 ans. Naissances respectives de l'homme et de la femme : 1925 et 1918) Pour 27 % des couples, la femme a au plus 10 ans de moins que son mari. Pour 44 % des couples, la femme a entre 11 et 20 ans de moins que son mari. Dans 28 % des cas, l'homme a au moins 21 ans de plus que sa femme (dont 8 % pour lesquels la différence est de plus de 31 ans, le "reccord" étant détenu par un ancien combattant né en 1920 et laissant une veuve de 44 ans sa cadette !). Nous avons trois cas d'anciens combattants laissant deux veuves à leur mort. Parmi eux nous ne disposons des dates de naissance des veuves que dans un cas : l'homme était né en 1919, ses femmes en 1934 et 1948. Ces dossiers permettent également de prendre conscience de l'analphabétisme féminin, puisque la plupart des veuves signent de leur empreinte digitale.

C'est à partir de toutes ces données que nous avons établi un questionnaire pour réaliser les interviews des Anciens Combattants.

accueil des élèves par les anciens combattants de Séfrou

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3. Questionnaire "type" pour les interviews des anciens combattants.

 

ancien combattant du comité de Séfrou

Confrontés au travail d'archives qui s'est déroulé sur plusieurs mois, les élèves ont eu le temps de "s'imprégner" de tout ce qui concerne les anciens combattants marocains.
Guidés par les fiches qui mettaient en valeur les points forts, ils ont ainsi élaboré ce questionnaire, lors de "réunions débats", autour de trois moments de la vie de ces hommes : avant la guerre, la guerre en elle-même, et le retour.

A partir de cela, voici donc les questions qui ont été élaborées.

A )

- Quel âge aviez-vous lors de votre engagement? Etiez-vous marié, aviez-vous des enfants?

- Qu'est-ce qui vous a poussé à vous engager? le désir de faire la guerre, celui de connaître d'autres régions?

- La solde que vous alliez toucher était-elle une raison importante pour vous décider à vous engager?

- Aviez-vous entendu (ou entendu parler) du discours de S.M. Mohammed V demandant aux Marocains de combattre aux côtés de la France? Si oui, est-ce là la cause de votre engagement?

- Aviez-vous conscience de combattre les forces fascistes? Qu'est-ce que cela signifiait pour vous?

- Aviez-vous un membre de votre famille, ou quelqu'un de votre village qui était déjà dans l'armée française? Vous a-t-il incité à le rejoindre? Au contraire, a-t-on cherché à vous dissuader de partir? Si oui, qui? votre femme, vos parents, les autorités du village?

premiers contacts

B )

- Quelles campagnes avez-vous fait ?

- Quelles furent vos impressions en arrivant en France ? en Italie ? en Allemagne ? Est-ce que cela ressemblait à ce que vous imaginiez ? (faire parler du pays, des gens).

- Comment étiez-vous utilisé dans l'armée, quelles étaient vos fonctions ?

- Certains ont dit que vous étiez davantage exposés, plus souvent en première ligne que les Français. Qu'en pensez-vous ? Vous considérez-vous comme ayant été de la "chair à canon" ?

- Quel est le combat qui vous a laissé les souvenirs les plus forts ?

- Est-ce-qu'il vous est arrivé d'avoir eu peur ? Dans quelles circonstances ?

- Aviez-vous de bonnes relations avec vos officiers ? avec les soldats d'autres nationalités (Français, Anglais, Américains) ? Avez-vous eu l'occasion de les fréquenter ? Une anecdote à propos de ces relations ?

- Vous aviez des règles de vie et une organisation différentes de celles des soldats français, pouvez-vous nous en dire deux mots, précisez ces différences ?

- On nous a dit que vous n'aimiez pas combattre la nuit, est-ce vrai ? pourquoi ?

- Le soir, c'était le bivouac, vous vous retrouviez entre vous, vous retrouviez vos habitudes, votre vie, pouvez-vous le décrire ?

- On dit que les femmes vous accompagnaient, jusque dans les zones de combats. Qu'en était-il réellement ? Qui étaient ces femmes ?

- Qu'en était-il de la tradition du butin pris à l'adversaire ? Comment était-il constitué ? Comment était -il réparti ?

- Avez-vous fait des prisonniers ? Quels étaient les ordres les concernant ?

- Avez-vous été blessé ? Quel est votre plus mauvais souvenir de cette guerre ?

le dialogue s'instaure

C )

- En 1945, avez-vous été démobilisé? Si oui, vous êtes-vous réengagé plus tard?

- Quelles furent alors vos motivations? L'attachement à un officier? Servir la cause de la France? Faire 15 ans de service dans l'armée française pour bénéficier d'une pension, d'ancien combattant? Tout simplement la solde?

- Lors de l'Indépendance du Maroc, vous êtes-vous engagé dans les F.A.R.?

- A quel grade êtes-vous arrivé? Comment l'avez-vous gagné?

- L'argent gagné dans l'Armée Française vous a-t-il permis d'avoir une place particulière au sein de votre village? Avez-vous trouvé normal de continuer à toucher quelque chose de la France après l'Indépendance?

- Etiez-vous perçu comme un notable dans votre village? N'avez-vous suscité des jalousies?

- Cet argent vous a-t-il permis d'investir dans une petite affaire? Pensiez-vous au contraire bénéficier longtemps d'une pension élevée et être donc sans souci de l'avenir?

- Quelle est aujourd'hui votre situation financière?

- Savez-vous pourquoi l'indice des pensions a été bloqué à partir de 1956 ?

- Aujourd'hui, connaissez-vous le montant d'une pension d'ancien combattant en France ?

- Qu'attendez-vous de la France aujourd'hui ? Pourquoi ?

- Regrettez-vous cette période passée dans l'armée française, regrettez-vous votre engagement ?

(Ce questionnaire est bien évidemment théorique. S'il a servi de guide aux élèves qui ont réalisé les interviews, il a été l'objet d'adaptations chaque fois que les circonstances le demandaient.)

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BIBLIOGRAPHIE

DELANOE Guy

Lyautey, Juin, Mohammed V. La fin du protectorat. Eddif, 1993

DUBOIS Thierry, GARAN Frédéric, SIMOU Bahija
BERBAIN Dominique, MEHSSANI Jamal (photos)

Frères d'armes. Mémoire marocaine d'une histoire partagée. 1999

GAUJAC Paul

L'armée de la Victoire, 4 volumes, Charles Lavauzelle, 1985-1986

KENBIB Mohammed

Du Protectorat à l'Indépendance, in La Grande Encyclopédie du Maroc, 1987

KASPI André

L'Histoire, numéro 140, janvier 1991
"Musulmans et pieds noirs sous les dapeaux, 1940-1944"

KNIBIEHLER Yvonne

Des Français au Maroc. Denoël 1992

T.D.C. (textes et documents pour la classe)

numéro 692, mars 1995
"L'armée d'Afrique, les oubliés de la Libération"


FILMOGRAPHIE

C.R.D.P. d'Alsace

C'est nous les Africains: eux aussi ont libéré l'Alsace. 1994 (26 mn)

SEDOUY Alain, EL MAANOUNI Ahmed

L'Histoire oubliée: les Goumiers marocains . 1992 (52mn)

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* Les Tabors sont des unités de "Goums". Les Goums sont initialement définis comme des "unités de police marocaine entretenues par le budget du Protectorat et placées à la disposition immédiate des autorités locales en vue d'assurer la police et la sécurité des tribus. Dans les régions frontières, ces unités participent à la police de la circulation et à la surveillance douanière".
Dès décembre 1942, les tabors participent aux combats en Tunisie, puis, sous la direction du Général Guillaume, ils seront engagés en Corse, Italie, France et Allemagne.
L'ensemble des tabors est composé de la manière suivante:

  • 1077 Européens (246 officiers, 727 sous-officiers et 104 caporaux)
  • 12570 Marocains (924 Moqadem, 1683 Maoun et 9963 goumiers)

Un groupe de tabors se compose d'un goum de commandement et d'engins et de trois tabors.
Le tabor, équivalent du bataillon d'infanterie, comprend trois goums d'infanterie et un G.C.E. disposant de quatre mortiers de 81, soit au total 891 hommes dont 64 gradés français. Le goum d'infanterie comprend théoriquement 2 officiers et sous officiers français, 16 sous officiers marocains, 32 Maoun (caporaux) et 160 goumiers correspondant à une compagnie de fusiliers voltigeurs, il dispose de sept F.M. (fusils mitrailleurs), deux mitrailleuses légères et un mortier de 60.

Un des commandant des tabors présente ainsi ses hommes:

"Possibilités et servitudes des supplétifs

a) Possibilités: fluides, rapides, ayant de la "chasse à l'homme" un instinct très sûr, les goumiers sont très à l'aise dans toutes les opérations exigeant de la vitesse, de la manœuvre, voir même de l'astuce.

b) Servitudes: au regard de ces qualités, il convient de noter leurs points faibles dont les principaux sont :

-encadrement de gradés français insuffisant, d'où chute nette de leurs possibilités dès l'instant que leurs cadres français sont mis hors de combat
-sensibilité peut-être plus accusée que chez les réguliers aux tirs massifs d'artillerie ou de mine -inaptitude, en raison notamment de leur insuffisance en cadres et en armement, à mener des actions offensives ou défensives contre un ennemi solidement établi sur une position ou attaquant en force.
-réticence manifeste à l'égard des opérations de nuit, d'où perte assez fréquente du contact; les tabors en général préfèrent stopper leur action dans la soirée, passer une partie de la nuit dans leur bivouac aussi confortablement que possible pour reprendre au lever du jour l'exécution de la mission.
-réticence également à s'engager dans des terrains perméables aux chars en raison, sans doute, de l'absence de matériel antichars dans leurs unités.
Enfin, il est à remarquer que le tabor, bien que présentant organiquement une articulation assez souple, est une unité qui ne se prête pratiquement à aucune dissociation et qui doit être employée en bloc au bénéfice d'une seule mission".

(Etude sur le Corps de montagne rédigée par le 3ème bureau de la 4ème DMM en date du 29 juin 1944)

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Page modifiée le 22 juin 2000