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LES ANCIENS COMBATTANTS MAROCAINS DE
LA DEUXIEME GUERRE MONDIALE

PROJET DEVELOPPE DANS LE CADRE DU PARTENARIAT
PEDAGOGIQUE FRANCO-MAROCAIN
Professeurs responsables:
- Thierry Dubois, Frédéric Garan (Lycée Lyautey)
- A. Essaoui, R. El Kharroubi, M. Mahrouss, (Lycée Mohamed V)
- Photos Dominique Berbain (Ecole Renan) et Frédéric Garan
PLAN
Sans son Empire, la France ne serait
quun pays libéré. Grâce à son Empire, la France est un pays vainqueur.
Lorsque Gaston Monnerville prononce cette phrase au lendemain de la victoire contre
lAllemagne nazie, le 25 mai 1945, il résume bien ce que la France doit aux hommes
venus des quatre coins de lEmpire, qui en combattant sous le drapeau tricolore, ont
permis à la France dêtre du côté des vainqueurs en 1945.
Parmi ces soldats de la Grande France , les contingents
venant dAfrique du nord , et particulièrement du Maroc, étaient les plus nombreux.
Dans le cadre du partenariat pédagogique franco-marocain, nous avons voulu faire
découvrir à nos élèves la force des liens qui ont uni dans le combat le Maroc et la
France. Nous sommes donc partis à la recherche des anciens combattants marocains de la
Deuxième Guerre Mondiale, afin détudier comment ils ont vécu cette période.
Dans ce fascicule, nous avons voulu rappeler brièvement lhistoire de cette
armée et de ces soldats, avant de présenter le travail de recherche en archives
réalisé par nos élèves, qui leur a permis de constituer un questionnaire. Ce
questionnaire est la base de travail pour les interviews danciens combattants que
nous avons réalisées, en vue de la réalisation dun film. |

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1 LArmée dAfrique :
rappel historique
(rédaction: Frédéric Garan)
En 1939, la France mobilise, en métropole et dans son
Empire. Cela avait déjà été le cas en 1914. En effet, pour répondre à la
dénatalité, qui pose de gros problèmes quant au maintien des effectifs de
larmée, la France a très vite considéré que lEmpire devait en cas de
guerre, assurer sa défense, mais aussi venir protéger la
mère-patrie. Cest la thèse qui est présentée par le
Colonel Mangin en 1910 dans son ouvrage : la France noire. Cette
armée de l Empire est composée de plusieurs éléments : larmée
dAfrique, composée de troupes qui viennent dAfrique du nord, et lArmée
coloniale, composée de troupes venant du reste de lempire.
Cest évidemment lArmée dAfrique qui nous intéresse dans le
cadre de notre étude.
En 1940 ; lArmée dAfrique constitue le gros des troupes
dOutre-mer. Elle est forte denviron 340 000 hommes (au même moment, dans
lArmée coloniale, on ne compte, stationnés en France, quenviron 10 000
Indochinois, autant de Malgaches et moins de 70 000 soldats dAfrique noire). Quels
sont les hommes qui composent cette armée dAfrique ? Pour reprendre la terminologie
de lépoque, on sépare contribution française et
musulmane. Elles sont respectivement, au 1er novembre 1944, de
176 500 et 233 000 hommes. Le nombre de "Français
représente plus de 16% de la population dite pieds-noirs
Cela révèle une contribution à leffort de guerre considérable, puisque, sur la
base dune population de 40 millions dhabitants, ce pourcentage se serait
traduit pour la France Métropolitaine par la levée de 6 millions et demi dhommes !
le nombre des « Musulmans », plus élevé, ne représente cependant que 1,6% de la
population indigène totale. Cest que le système de la mobilisation est pour eux
plus aléatoire : au Maroc, on recrute seulement par engagement, alors quen Algérie
et en Tunisie, on procède, en outre, à des tirages au sort parmi les recensés bons pour
le service, dans la limite des contingents fixée. On comptait 134 000 Algériens, 73 000
Marocains et 26 000 Tunisiens.
LArmée dAfrique est présente sur le sol français pour les
opérations de 1939-1940. Elle participe activement à la défense du territoire
métropolitain, comme latteste les faits darmes de la 2ème DINA que nous
allons suivre durant la campagne de mai-juin 1940. La 2ème DINA est composée des 13ème
tirailleurs algériens, 22 ème tirailleurs algériens, 11ème zouaves et 6ème
tirailleurs marocains.
Le 10 mai, la division franchit la frontière
belge, à pied, au nord-est de Montagne du nord et de Condé-sur-Escaut : deux
bataillons sinstallent sur la Dyle. Le 15, la position est attaquée, et Ottignies
perdu. Le 16, le repli sopère, après une bataille acharnée. On est sur le champ
de bataille de Waterloo, les tirailleurs tentent de tenir, mais devant la puissance de feu
allemande, le 17 mai, à 22 heures, leur parvient lordre de se retirer derrière
lEscaut, de nuit , par les ponts de Mortagne et de Bleharies. Le 24 mai, regroupée
vers Flines-Les-Râches, la division tente de sopposer à la ruée allemande sur
Lille. Le 27 , elle se trouve encerclée à Haubourdin, fait une percée : deux bataillons
seulement du 22 ème tirailleur algérien et divers détachements isolés réussissent à
atteindre Dunkerque (La division a été capturée en grande partie à Haubourdin). De
petits détachements de toutes les unités de la 2ème DINA sembarquent à
Malo-Les-Bains le 30 mai, et gagnent lAngleterre. Ils sont renvoyés en France et
tous capturés ou tués près de la falaise, le 18 juin
(TDC
692, page 16)
A lissue des opérations de mai-juin 1940, le bilan est lourd. Chez les seuls
Maghrébins, on compte 5 400 morts. La France , maintenant sous le commandement du
maréchal Pétain, signe un armistice avec lAllemagne, le 22 juin 1940. Les
conditions sont très dures, mais la future France de Vichy
obtient de converser la tutelle de son Empire colonial. Une armée en Afrique du nord est
donc maintenue, sous la direction du Général Weygand qui est délégué général du
gouvernement de Vichy en Afrique du nord. Ses adjoints sont : Juin à Rabat, de Lattre de
Tassigny à Tunis et Koeltz à Alger.
Le général De Gaulle, qui est à Londres, est conscient de
limportance de lAfrique du nord. Il tente de rallier ces territoires à sa
cause, en prenant contact , en particulier, avec le général Weygand. Mais, ses appels
restent sans réponse. LAfrique, à lexception de lAEF(Afrique
Equatoriale Française) sous limpulsion de Félix Eboué reste fidèle à Vichy. Les
soldats marocains, entre autres, sont donc pris dans cette lutte entre deux légitimités,
qui les concernent peu. Leur fidélité se tourne avant tout vers le drapeau de leur
régiment, derrière leurs chefs.
Cependant, toutes les troupes issues du Maroc ne sont pas sous les ordre de Vichy.
La première victoire des F.F.L.(Forces Françaises Libres, qui constituent l'armée aux
ordres de De Gaulle) est obtenue par la colonne Leclerc le 1er mars 1941, à loasis
de Koufra en Libye, face aux troupes italiennes. Parmi les troupes françaises, on trouve
un régiment de marche de spahis marocains.
Mais, dans ce contexte, c'est l'opération "Torch" , c'est à dire le
débarquement anglo-américain du 8 novembre 1942 en Afrique du Nord qui scelle le sort du
Maroc. Malgré la résistance d'une armée trop fidèle à Vichy, et l'ambiguité qui
résulte de la présence de l'amiral Darlan à Alger, l'occupation des villes du Maroc et
de l'Algérie par les troupes Anglo-américaines, marque la fin de l'époque de Vichy.
Dès lors, l'armée d'Afrique, pour reprendre l'expression de De Gaulle devient
"l'épée de la France". Il ne reste plus qu'à la lancer à l'assaut de la
métropole! L'armée d'Afrique est immédiatement engagée dans les combats contre les
Italiens et les Allemands en Tunisie, où elle fait la jonction avec les F.F.L. venues
d'Egypte avec les Anglais. Cette ensemble est unifiée en Juin 1943, après la Fondation
du Comité Français de Libération Nationale, coprésidé par De Gaulle et Giraud. Dans
un premier temps, avant qu'il ne se retire, c'est Giraud qui prend en charge cette armée.
La Tunisie reconquise, les prochaines étapes sont la Corse,
la Sicile et l'Italie. Le 11 septembre 1943, 6000 hommes de troupes de montagne marocains
débarquent à Ajaccio. En Sicile, le 4ème tabor (*)
marocain participe aux opérations. Mais, c'est en Italie que le rôle de l'armée
d'Afrique, et particulièrement des Marocains, est décisif.
"Le corps expéditionnaire français(CEF) en Italie
est placé sous la direction du Général Juin. Outre la 1ère DMI (Division motorisée
d'infanterie), il comprend trois divisions : la 2ème DIM (division d'infanterie
marocaine), la 3ème DIA (division d'infanterie algérienne) et la 4ème DMM (division
marocaine de montagne). A priori, le CEF ne doit tenir qu'un rôle effacé : il est
intégré à la 5ème armée américaine du général Mark Clark, dont l'intention est de
n'utiliser les troupes françaises que comme forces supplétives, disséminées parmi les
unités américaines. Il en ira finalement tout autrement
En effet, en janvier 1944,
les Alliés anglo-américains piétinent devant la ligne de défense allemande ancrée sur
le massif des Abruzzes (ligne Gustav). Or les divisions du CEF sont parfaitement rompues
à la guerre de montagne, elles vont pouvoir lancer, du 1er au 16 mai, une attaque
décisive. Ainsi, la 4ème DMM possède la même puissance de feu que les autres
divisions, mais elle est dotée d'un train muletier de 6400 bêtes et de sections
d'enchaineurs muletiers. Ces éléments lui permettent de passer là où les jeeps
elles-mêmes sont arrêtées, de franchir des obstacles considérés comme inviolables. De
pitons en pitons, du Petrella (1535m) au Revolle (1285m), du nid d'aigle de Campodimelo à
Lenola, elle ouvre le chemin de Rome. Regroupée avant son départ pour la France, la
division laisse 74 officiers et 1538 sous officiers et soldats dans les cimetières de la
péninsule. Les pertes globales des Africains en Corse et en Italie sont de 6255 tués,
dont 4000 Nord Africains et de 23000 blessés, dont 15600 Nord Africains." (TDC
692 pages 11 et 12)
Après l'Italie, la grande mission est maintenant la
libération de la France. A la veille du débarquement de Provence (15 août 1944),
l'armée de terre française compte environ 550 000 hommes, dont 400 000 sont issus des
pays du Maghreb (Voir ci-dessus pour la répartition "Français",
"Musulmans").
L'armée d'Afrique débarque en deuxième vague en Provence,
le 16 août 1944. Les troupes françaises sont sous le commandement du général de Lattre
de Tassigny. La libération des grandes villes françaises peut commencer. La 3ème DIA,
sous la direction du général de Monsabert, entre la première à Toulon, puis fonce sur
Marseille qui est libéré le 29 août. Associés aux Algériens, les goumiers marocains,
sous le commandement du général Guillaume, participent à la libération de la cité
phocéenne. Marseille libérée, c'est la remontée de la vallée du Rhône qui commence.
Lyon est libérée le 3 septembre, et le 12, c'est la rencontre, à proximité de Dijon,
avec la 2ème D.B. de Leclerc qui a débarqué en Normandie et vient de libérer Paris. La
progression est dès lors plus difficile, et les pertes sont lourdes. "Selon de
Lattre, à la mi-décembre 1944, les pertes (morts, blessés, malades et disparus)
s'élèvent à 30 % chez les tabors marocains et à la 4ème DMM, à 50 % à la 2ème DMM
et 9ème DIC, et atteignent même 109 % à la 3ème DIA (ce dernier pourcentage s'explique
par le fait que tous les hommes de la division ont été au moins une fois blessés ou
malades entre août et décembre 1944)." (TDC 692, page 14)
Belfort a été atteint le 14 novembre par de Lattre, Strasbourg le 23 par Leclerc.
Durant l'hiver les troupes françaises passent en Allemagne. Le 6 mai 1945, la 2ème DIM
est à la sortie du tunnel de l'Arlberg. Le 8 mai, c'est le général de Lattre de
Tassigny qui, au nom de la France reçoit la capitulation de l'Allemagne nazie, aux
côtés de Montgomery, Eisenhower et Joukov.
Comme nous venons de le voir à travers ce bref résumé, le
rôle de l'armée d'Afrique a été primordial dans la libération de la France, et
surtout dans le mécanisme qui place incontestablement la France du côté des vainqueurs
le 8 mai 9145. René Pleven peut alors déclarer : "En ce moment, la France est sans
doute plus consciente qu'elle ne l'a jamais été de la valeur de ses colonies". Le
prix payé pour en arriver là est élevé pour les troupes de la 1ère armée. Aux
chiffres déjà cités pour les pertes en Italie, viennent s'ajouter ceux concernant la
période du 15 aout 1944 au 8 mai 1945, en France et en Allemagne. 9237 tués, dont 5260
Nord Africains, et 34714 blessés dont 18531 Nord Africains.
Cependant, cette aventure laisse un goût amer. "Malgré
la sollicitude des cadres français qui connaissent l'indigène et l'aiment, le moral du
Marocain n'est pas bon; celui de l'Algérien est mauvais. Une amertume certaine est en
train de se muer en colère sournoise. Quant aux Français, ils déplorent le fossé qui
ne se comble pas entre eux et les F.F.I, entre l'armée d'Afrique et la nation."
(TDC 692, page 17) Les Africains ont très mal ressenti et se sont étonnés du faible
nombre de métropolitains qui se sont joints à eux pour libérer la France et partir à
l' assaut de l'Allemagne. C'est ce que nous confirme Monsieur Michel Jobert : "Je
vais être très dur. Mon beau régiment de cavalerie, quand il a débarqué à Saint
Tropez et qu'ensuite il a remonté toute la France pour s'arrêter en panne d'essence en
Haute Saône, il pouvait recruter à chaque étape, il avait le droit. Nous avons recruté
3 Français. Ils ne voulaient pas venir. On leur disait :
- Mais ce n'est pas terminé.
- Ah, nous avons des choses à régler localement.
Je n'ai pas eu de mon pays une idée très haute, et puis je n'ai plus fait
attention. Je me suis dit : nous irons en Allemagne, nous irons en Autriche, et tant pis
pour eux.
Le "Blanchiment" des troupes ( opération ayant
consisté à accroître la part de français métropolitains au sein de l'armée) qui
touche surtout les hommes venus d'Afrique Noire, a des raisons beaucoup plus politiques
que climatiques et a été mal accepté par l'Armée d'Afrique. Enfin, les manifestations
de Sétif, le 8 mai 1945, et leur dure répression ne peuvent que créer un sentiment
d'injustice. Ainsi, nombreux furent les soldats du Maghreb qui, de retour chez eux,
s'estiment bien mal récompensés des services qu'ils ont rendus à la France.
Pour établir définitivement la place qu'ont pu occuper les
Marocains au sein de l'armée d'Afrique, nous nous contenterons, en guise de conclusion de
citer ces quelques décisions du Gouvernement Provisoire de la République Française
concernant des unités marocaines.
DECISION N° 158
"Sur proposition du ministre de la Guerre, le président
du G.P.R.F., chef des Armées cite :
A l'ordre de l'armée
1er groupe de tabor marocains.
Sous l'énergique impulsion de son chef, le colonel LEBLANC
Georges, n'a cessé d'être sur la brèche en Tunisie, en Italie, en France. En Tunisie,
ses exploits dans le Ghidich, le Boufus et le Safrouf lui valent une renommée
légendaire. En Italie, au cours des opérations offensives de mai et de juin 1944, du
Garigliano à la plaine de Rome puis jusqu'à Sienne, cette unité d'élite, toujours à
l'avant garde, refoule l'ennemi par une série de manuvres audacieuses et de
nombreux combats victorieux. Dès son débarquement en France, poussé à marches forcées
au nord de Marseille, il est engagé dans la bataille le 22 août et, après deux jours de
combats, fait sauter le verrou de Marseille. Se heurtant constamment à une défense
acharnée, il poursuit malgré des pertes sévères, la conquête de vive force des
ouvrages de la Gavotte, du Moulin du Diable, de Tante Rose, qui constituent la dernière
ligne fortifiée couvrant les batteries de côtes allemandes, cependant qu'il achève
l'encerclement de la ville de Marseille en la débordant à l'ouest et en investissant les
ouvrages du Rove. De ce fait, il oblige le commandant allemand du secteur à capituler
avec toutes les forces relevant de son commandement. Durant cette période, il occasionne
des pertes sanglantes à l'ennemi tout en s'emparant de 5402 prisonniers, d'un butin
considérable, perdant lui-même 281 hommes dont 27 officiers et sous officiers (Un
groupe de tabor compte un peu moins de 300 hommes) .
2ème groupe de tabors marocains.
Unité marocaine de la plus haute valeur guerrière, déjà
citée à l'ordre de l'Armée en Tunisie et en Corse. Sous les ordres du Colonel BOYER DE
LATOUR, s'est signalée à l'Ile d'Elbe, en réussissant dans des conditions extrêmement
difficiles, un débarquement sur une côte fortifiée et puissamment défendue. Malgré de
lourdes pertes, a pris une part importante à la conquête de l'île, faisant plus de 600
prisonniers.
S'est montrée, en France, à la hauteur de son brillant passé. Débarquée le 20
août 1944 sur une dizaine de plage différentes dans la région de Saint Tropez, et
engagée dès le lendemain à 120 Km de là, devant Aubagne, a enlevé la ville en moins
de deux jours d'une lutte sévère et meurtrière. A poussé ensuite sans désemparer sur
Marseille, forçant du 23 au 28 août les défenses des faubourgs de la cité qui lui
étaient opposées, et conquérant successivement, par une série de manuvres
hardies et d'assauts allant jusqu'au corps à parps, Saint Marcel, Saint Loup, la chaîne
de Saint Cyr, le Roucas Blanc, le parc Borély, Endoume, la Malmousque et le fort Saint
Nicolas. En huit jours de combat a fait 4009 prisonniers, dont un général, trois
colonels et 104 officiers.
Fait à PARIS, 1944 Charles de Gaulle.
DECISION N° 278
Sur proposition du ministre de la guerre, le président du
Gouvernement Provisoire de la République Française, chef des armées, cite :
A L'ordre de l'Armée
2ème bataillon du 6ème régiment de tirailleurs
marocains.
Splendide unité qui avait déjà fait ses preuves pendant la
campagne d'Italie et qui vient d'accomplir un exploit magnifique en enlevant de haute
lutte le Haut du Faing.
Sous le commandement du chef de bataillon FRANCO puis, après la blessure de
celui-ci du capitaine COTHIAS, s'est porté rapidement sur son objectif malgré un terrain
abrupt e de nombreuses résistances ennemies. Parvenu au sommet du Haut de Faing, a été
en butte pendant quatre jours à des contre attaques importantes allant jusqu'au corps à
corps, à des tirs massifs de mortiers et d'artillerie, à des feux d'écharpe de
mitrailleuses et d'automoteurs. Malgré l'extrême fatigue de tous, des pertes sévères
et les souffrances physiques dues à une pluie incessante, s'est cramponné farouchement
sur le terrain conquis sans en perdre un pouce et a organisé sous le feu violent de
l'artillerie un point d'appui solide que l'ennemi, après avoir subi lui-même de lourdes
pertes, a renoncé à reprendre à ce bataillon ; a rempli ainsi intégralement la mission
qui lui avait été confiée, donnant une fois de plus la preuve de qualités
manuvrières de premier ordre et d'une "trempe" exceptionnelle.
2ème groupe de tabors marocains
Magnifique groupe de tabors qui, après s'être couvert de
gloire en Tunisie, en Corse, à l'Ile d'Elbe, à Marseille, s'est de nouveau distingué
sous le commandement du Colonel Boyer de Latour au cours des durs combats livrés sur le
front des Vosges par la 3ème DIA du 5 au 20 octobre.
Engagé du 5 au 17 octobre dans la forêt de Longegoutte et dans la vallée de la
Moselle, afin de dégager des unités séparées de nos gros par une violente contre
attaque, il se lance à l'assaut avec sa fougue habituelle. Dans de furieux corps à
corps, il s'empare de la ligne des crêtes dominant au nord Ferdrupt. Simultanément,
appuyé par un détachement blindé, il atteint les lisières de Ramonchamp. Engagé de
nouveau dans la région de Saulxures, il a rejeté l'ennemi du Droit de Cornimont et ,
malgré des tirs violents et précis de l'artillerie et des mortiers ennemis, dévale les
pentes de la Moselotte, franchit cette rivière en amont de Cornimont, nous assurant ainsi
la base de départ indispensable à la conquête du Haut du Faing. Ayant perdu la moitié
de ses officiers au cours des combats de Marseille et des Vosges, n'en a pas moins
maintenu jusqu'au bout son ascendant sur l'ennemi, infligeant à celui-ci des pertes
extrêmement sévères. Les présentes citations comportent l'attribution de la Croix de
Guerre avec palme.
Fait à Paris, le 8 janvier 1945. C. De Gaulle.
DECISION N° 361
Sur proposition du ministre de la guerre, le président du
Gouvernement Provisoire de la République Française, chef des armées, cite :
A l'ordre de l'Armée
6ème compagnie du 6ème régiment de tirailleurs
marocains
Très belle unité qui, sous le commandement courageux et
énergique du capitaine FOURRIERE, s'était déjà fait remarquer en Italie et qui vient
de se distinguer à nouveau sous les ordres du même chef, au cours des opérations du 16
au 26 octobre, dans la région de Cornimont -(Vosges).
Engagée le 16 octobre au matin, en premier échelon de l'attaque, a engagé dans
la région de la Charme, de furieux combats à la grenade contre des groupes ennemis qui
s'opposaient à son débouché en direction du bois du Haut du Faing. Le 17 octobre, aux
lisières avancées de ce bois qu'elle avait conquis la veille, a livré un combat corps
à corps contre deux contre attaques ennemies et les a clouées au sol.
A tenu pendant dix jours, dont quatre d'une pluie incessante et 48 heures d'un
bombardement meurtrier par obus de gros calibre. A eu une part décisive dans la conquête
et la conservation du bois du Haut du Faing.
Section d'éclaireurs de montagne du 2ème bataillon
du 6ème régiment de tirailleurs marocains.
Magnifique section qui s'était déjà distinguée en Italie
et qui vient de se couvrir de gloire au cours des combats du 16 au 19 octobre 1944, dans
la région de Cornimont (Vosges).
Engagée le 16 octobre au matin au premier échelon d'attaque du bataillon, a mené
dans la région de la Charme, contre des groupes ennemis qui contre attaquaient, un
furieux combat à la grenade au cours duquel elle fit dix prisonniers. Le 17 au matin, aux
lisières avancées du bois de Haut du Flaing qu'elle avait enlevées la veille a, par le
feu ajusté de ses fusils mitrailleurs et à la grenade, cloué au sol deux contre
attaques parvenues au corps à corps, tuant à elle seule trente ennemis dénombrés. Les
18 et 19 octobre au soir, sous un bombardement meurtrier par obus de gros calibre, et sous
une pluie incessante, a tenu la position de l'objectif confiée à sa garde. A dû être
relevée le 19 octobre alors qu'elle ne comptait plus que six hommes, tous ses cadres
ayant été tués ou blessés. Par son héroïsme, a joué un rôle décisif dans la
conservation du bois du Haut du Faing.
Section d'éclaireurs skieurs du 3ème bataillon du
6ème régiment de tirailleurs marocains.
Unité d'élite qui est devenue une véritable troupe de
choc. Le 17 octobre 1944, lors d'une forte contre attaque allemande, sur Haut du Faing,
est intervenue avec rapidité au point le plus menacé, enlevant à l'abordage deux
mitrailleuses ennemies qui avaient réussi à s'installer sur une position importante. A
ainsi rétabli une situation qui devenait critique, au prix de lourdes pertes qui l'ont
réduite à une poignée d'hommes.
S'était déjà fait remarquer au cours de la campagne d'Italie par l'audace et la
tenacité avec lesquelles elle avait su remplir les missions les plus délicates. Ces
citations comportent l'attribution de la Croix de Guerre avec palme.
Fait à Paris, le 6 février 1945. C. De Gaulle.
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2. Les archives du service des anciens combattants de
l'Ambassade de France au Maroc.
Il convient tout d'abord de remercier M. Pagès, directeur du
service "anciens combattants" de l'Ambassade de France au Maroc. M. Pagès nous
a apporté un soutien actif qui dans un premier temps s'est traduit par un "libre
accès" pour nos élèves dans ses archives.
Les archives du service des anciens combattants consistent en
une série de dossiers constitués par les demandes d'aides financières formulées par
les anciens combattants marocains auprès des autorités françaises. Ces dossiers nous
sont très précieux car il n'existe aucune liste, aucun recensement des anciens
combattants marocains qui ont servi dans les armées françaises durant la deuxième
guerre mondiale (Cependant, le service des anciens combattants de l'Ambassade de France
est en train de réaliser une évaluation assez précise du nombre d'anciens combattants
vivants aujourd'hui au Maroc. Ils sont évalués à environ 30000). C'est donc le seul
moyen qui permet une approche statistique de la situation d'un grand nombre de ces anciens
combattants.
Les anciens combattants, qui demandent une aide
exceptionnelle, constituent un dossier formé en général des pièces suivantes : une
fiche de renseignements 30, la carte d'ancien combattant et le livret militaire. C'est
cette dernière pièce qui nous apporte le plus de renseignements, à savoir l'âge à
l'engagement, les états de service, les campagnes, le nombre d'années de service
etc
Après consultation de quelques dossiers, nous avons établi
une fiche signalétique individuelle pour chaque ancien combattant dont nous avions la
trace.
Les équipes ont consulté environ 1000 dossiers. Sur cet
ensemble, seulement 542 concernaient des Marocains ayant servi entre 1939 et 1945.
1) Les hommes qui s'engagent sont jeunes, voire très jeunes.
18,5 % ont moins de 20 ans 34, 53 % ont entre 20 et 23 ans, et seulement 28,5 % ont plus
de 24 ans. Il est à signaler qu'à plusieurs reprises, nous avons constaté des
différences entre l'année de naissance du livret militaire et celle de la carte
nationale marocaine, toujours dans le sens d'une date plus ancienne sur le livret
militaire. Il apparaît évident que des âges ont été "gonflés" pour
permettre l'engagement de jeunes de moins de 18 ans. Le cas le plus extrême fait
apparaître une différence de 10 ans entre les deux cartes (naissance en 1920 sur le
livret, en 1930 sur la carte nationale). Si tant est que la date de la carte nationale
soit la bonne, cet homme, qui s'est engagé en 1943 est donc entré dans l'armée
française à 13 ans ! Nous avons eu confirmation de cette situation par un témoignage
oral. Un ancien combattant nous a affirmé s'être présenté au bureau de recrutement à
16 ans, en faisant cas de son âge. Le sous officier recruteur lui aurait dit que l'âge
légal était 18 ans, tout en lui conseillant de déclarer avoir 18 ans s'il voulait
vraiment partir, ce qu'il fît. Nous voyons donc qu'il y a sans doute souvent conjonction
entre le désir de s'engager chez de très jeunes adolescents et la complaisance
administrative de militaires français prêts à fermer les yeux sur l'âge réel de leurs
recrues.
2) Pas de grosse surprise en revanche pour les dates
d'engagement de ces hommes qui ont fait la deuxième guerre mondiale. Seulement 22,5 %
d'entre eux étaient dans l'armée française avant 1939 (dont 9 % dès avant 1935).
Logiquement, les engagements sont beaucoup plus importants en 1939 et 1940, respectivement
29,5 % et 15 %. 1941 et 1942 marquent une accalmie absolument compréhensible : 3,5 %,
puis 7 %. Le débarquement allié en Afrique du nord relance les choses, avec la remise en
place d'une armée française régulière devant combattre auprès des Anglo-américains.
17,5 % des engagements se font donc en 1943. 5 % seulement s'engagent tardivement en 1944
ou 1945.
3) La durée du service est très variable. 12 % passent
moins de 5 ans dans les rangs de l'armée française. Les contrats de 6, 7 ou 8 ans
semblent avoir été courants. Respectivement, ils représentent 9,5 % , un peu plus de 9
% et un peu moins de 11 %. A l'opposé, le contrats de longue durée sont très nombreux :
2à % d'entre eux passent 15 ans dans l'armée, et 13 % plus de 15 ans. Au total, c'est
donc un tiers des Marocains engagés dans l'armée française qui y passent au moins 15
ans, c'est à dire qu'ils deviennent militaire de carrière. L'objectif des 15 ans est
très important puisque c'est cette durée qui donnait droit à la "pension militaire
de retraite" du combattant. Les autres recevaient à leur libération un pécule
"pour solde de tout compte".
4) Il y a globalement deux types d'anciens combattants
marocains.
Tout d'abord, les Goums, c'est à dire les supplétifs de l'armée française. D'un
point de vue strictement administratif, ils ne sont pas vraiment militaires à part
entière, même s'il ne s'agit là que d'un artifice. Ils représentent 31 % des effectifs
que nous avons pu identifier.
Nous avons ensuite ceux qui sont membres à part entière de l'armée française
(69 % des effectifs identifiés). Nous n'avons pas pu nous livrer à une étude
statistique précise à l'intérieur de ce groupe, par manque d'informations. Cependant,
il ressort que l'essentiel des hommes font partie des R.T.M. (Régiments de Tirailleurs
Marocains). Nous avons également des membres des R.S.M. (Régiments de Spahis Marocains),
des R.A.A. (Régiments d'Artillerie d'Afrique) ainsi que des éléments du Train et du
Service de Santé.
5) Très peu de gradés apparaissent dans les dossiers du
Service des Anciens Combattants. En comptant parmi les gradés les caporaux et caporaux
chefs, qui administrativement sont encore des hommes du rang, ils ne représentent que
14,5 % des dossiers, et se répartissent ainsi.
- Caporaux 6,8 %
- Caporaux chefs 2,9 %
- Sergents 2,7 %
- Sergents chefs 1,5 %
- Officiers 0,5 %
6) Les théâtres d'opération auxquels les Marocains ont
participé sont certainement une des données la plus intéressante. Pour ce qui concerne
la période avant la Deuxième Guerre Mondiale, deux livrets signalent une participation
aux opérations du Levant.
Pour la Deuxième Guerre Mondiale, 30 % des hommes dont nous avons les dossiers ont
fait la campagne de France en mai-juin 1940, 6 % ont participé à la libération de la
Corse, 31,5 % étaient en Italie, 28 % ont contribué à libérer la France à partir du
débarquement en Provence le 15 août 1944 et 35 % ont fait la campagne d'Allemagne de
1944-1945.
Nous n'avons pas établi statistiquement la part des hommes qui ont fait la
campagne de France de 1940 et que l'on retrouve sur un théâtre d'opération à partir de
1943.
Par contre, nous pouvons dire que les hommes qui font l'Italie, la France (1944) et
l'Allemagne sont globalement les mêmes. Ces trois campagnes sont à continuité, ce sont
les mêmes unités et donc les mêmes hommes qui débarquent en Sicile et en Italie, puis
en France, et qui, à partir de là, remontent la vallée du Rhône, combattent dans les
Vosges et passent en Allemagne ou en Autriche.
Beaucoup des hommes qui ont fait ces campagnes restent dans l'armée française
après mai 1945 et font partie des forces occupant l'Allemagne. D'autres sont
démobilisés mais reprennent très vite du service dès que la France a besoin d'eux en
Indochine. Ainsi, que ce soit sans interruption, ou avec une pose entre 1945 et 1946, nous
retrouvons la plupart des hommes qui ont fait les campagnes de 1943-1945 en Indochine.
Ainsi d'après nos dossiers, 27 % des Marocains qui ont participé à un moment ou à un
autre à la Deuxième Guerre Mondiale se retrouvent en Indochine, entre 1946 et 1954.
Nous signalerons enfin quelques cas particuliers. Un de nos hommes semble être
resté à Londres à partir de 1940. Sept ont participé aux opérations de "maintien
de l'ordre" à Madagascar après la Guerre.
7) La guerre a été rude pour ces hommes. 17 % ont été
victimes d'une blessure grave, entraînant une invalidité ou un handicap définitif. 7,5
% ont été prisonniers en Allemagne après la campagne de mai-juin 1940 (si l'on se
réfère non pas au total des dossiers, mais seulement à ceux qui ont fait la campagne de
France en 1940, c'est alors 25 % des hommes qui sont concernés). Nous avons également
trouvé les dossiers de 7 soldats qui ont été prisonniers du Viêt-minh.
8) Dernier élément sur lequel nous avons pu travailler :
les dossiers constitués par des veuves d'anciens combattants. Ceux-ci ne nous apprennent
rien de plus que les autres dossiers pour les aspects militaires, au contraire. Par
contre, ce sont les seuls qui nous permettent d'avoir des renseignements sur la famille,
et surtout sur les femmes des anciens combattants. Nous nous sommes donc livrés à une
petite étude comparative entre l'âge des hommes et l'âge des femmes, sans la pousser
trop loin car il ne semble pas qu'il y a de particularité liée aux anciens combattants,
mais simplement des constantes de la société marocaine.
Pour un ensemble de 77 dossiers consultés : Une seule veuve
était plus âgée que son mari (avec un écart assez important de 7 ans. Naissances
respectives de l'homme et de la femme : 1925 et 1918) Pour 27 % des couples, la femme a au
plus 10 ans de moins que son mari. Pour 44 % des couples, la femme a entre 11 et 20 ans de
moins que son mari. Dans 28 % des cas, l'homme a au moins 21 ans de plus que sa femme
(dont 8 % pour lesquels la différence est de plus de 31 ans, le "reccord"
étant détenu par un ancien combattant né en 1920 et laissant une veuve de 44 ans sa
cadette !). Nous avons trois cas d'anciens combattants laissant deux veuves à leur mort.
Parmi eux nous ne disposons des dates de naissance des veuves que dans un cas : l'homme
était né en 1919, ses femmes en 1934 et 1948. Ces dossiers permettent également de
prendre conscience de l'analphabétisme féminin, puisque la plupart des veuves signent de
leur empreinte digitale.
C'est à partir de toutes ces données que nous avons établi
un questionnaire pour réaliser les interviews des Anciens Combattants.

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3. Questionnaire
"type" pour les interviews des anciens combattants.
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Confrontés au travail d'archives qui s'est
déroulé sur plusieurs mois, les élèves ont eu le temps de "s'imprégner" de
tout ce qui concerne les anciens combattants marocains.
Guidés par les fiches qui mettaient en valeur les points forts, ils ont ainsi
élaboré ce questionnaire, lors de "réunions débats", autour de trois moments
de la vie de ces hommes : avant la guerre, la guerre en elle-même, et le retour.A partir de cela, voici donc les questions qui ont été élaborées. |
A )
- Quel âge aviez-vous lors de votre engagement? Etiez-vous
marié, aviez-vous des enfants?
- Qu'est-ce qui vous a poussé à vous engager? le désir de
faire la guerre, celui de connaître d'autres régions?
- La solde que vous alliez toucher était-elle une raison
importante pour vous décider à vous engager?
- Aviez-vous entendu (ou entendu parler) du discours de S.M.
Mohammed V demandant aux Marocains de combattre aux côtés de la France? Si oui, est-ce
là la cause de votre engagement?
- Aviez-vous conscience de combattre les forces fascistes?
Qu'est-ce que cela signifiait pour vous?
- Aviez-vous un membre de votre famille, ou quelqu'un de
votre village qui était déjà dans l'armée française? Vous a-t-il incité à le
rejoindre? Au contraire, a-t-on cherché à vous dissuader de partir? Si oui, qui? votre
femme, vos parents, les autorités du village?

B )
- Quelles campagnes avez-vous fait ?
- Quelles furent vos impressions en arrivant en France ? en
Italie ? en Allemagne ? Est-ce que cela ressemblait à ce que vous imaginiez ? (faire
parler du pays, des gens).
- Comment étiez-vous utilisé dans l'armée, quelles
étaient vos fonctions ?
- Certains ont dit que vous étiez davantage exposés, plus
souvent en première ligne que les Français. Qu'en pensez-vous ? Vous considérez-vous
comme ayant été de la "chair à canon" ?
- Quel est le combat qui vous a laissé les souvenirs les
plus forts ?
- Est-ce-qu'il vous est arrivé d'avoir eu peur ? Dans
quelles circonstances ?
- Aviez-vous de bonnes relations avec vos officiers ? avec
les soldats d'autres nationalités (Français, Anglais, Américains) ? Avez-vous eu
l'occasion de les fréquenter ? Une anecdote à propos de ces relations ?
- Vous aviez des règles de vie et une organisation
différentes de celles des soldats français, pouvez-vous nous en dire deux mots,
précisez ces différences ?
- On nous a dit que vous n'aimiez pas combattre la nuit,
est-ce vrai ? pourquoi ?
- Le soir, c'était le bivouac, vous vous retrouviez entre
vous, vous retrouviez vos habitudes, votre vie, pouvez-vous le décrire ?
- On dit que les femmes vous accompagnaient, jusque dans les
zones de combats. Qu'en était-il réellement ? Qui étaient ces femmes ?
- Qu'en était-il de la tradition du butin pris à
l'adversaire ? Comment était-il constitué ? Comment était -il réparti ?
- Avez-vous fait des prisonniers ? Quels étaient les ordres
les concernant ?
- Avez-vous été blessé ? Quel est votre plus mauvais
souvenir de cette guerre ?

C )
- En 1945, avez-vous été démobilisé? Si oui, vous
êtes-vous réengagé plus tard?
- Quelles furent alors vos motivations? L'attachement à un
officier? Servir la cause de la France? Faire 15 ans de service dans l'armée française
pour bénéficier d'une pension, d'ancien combattant? Tout simplement la solde?
- Lors de l'Indépendance du Maroc, vous êtes-vous engagé
dans les F.A.R.?
- A quel grade êtes-vous arrivé? Comment l'avez-vous
gagné?
- L'argent gagné dans l'Armée Française vous a-t-il permis
d'avoir une place particulière au sein de votre village? Avez-vous trouvé normal de
continuer à toucher quelque chose de la France après l'Indépendance?
- Etiez-vous perçu comme un notable dans votre village?
N'avez-vous suscité des jalousies?
- Cet argent vous a-t-il permis d'investir dans une petite
affaire? Pensiez-vous au contraire bénéficier longtemps d'une pension élevée et être
donc sans souci de l'avenir?
- Quelle est aujourd'hui votre situation financière?
- Savez-vous pourquoi l'indice des pensions a été bloqué
à partir de 1956 ?
- Aujourd'hui, connaissez-vous le montant d'une pension
d'ancien combattant en France ?
- Qu'attendez-vous de la France aujourd'hui ? Pourquoi ?
- Regrettez-vous cette période passée dans l'armée
française, regrettez-vous votre engagement ?
(Ce questionnaire est bien évidemment théorique. S'il a
servi de guide aux élèves qui ont réalisé les interviews, il a été l'objet
d'adaptations chaque fois que les circonstances le demandaient.)
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BIBLIOGRAPHIE
DELANOE Guy
Lyautey, Juin, Mohammed V. La fin
du protectorat. Eddif, 1993
DUBOIS Thierry, GARAN Frédéric, SIMOU Bahija
BERBAIN Dominique, MEHSSANI Jamal (photos)Frères
d'armes. Mémoire marocaine d'une histoire partagée. 1999 |
 |
GAUJAC Paul
L'armée de la Victoire, 4 volumes,
Charles Lavauzelle, 1985-1986
KENBIB Mohammed
Du Protectorat à l'Indépendance,
in La Grande Encyclopédie du Maroc, 1987
KASPI André
L'Histoire, numéro 140, janvier
1991
"Musulmans et pieds noirs sous les dapeaux, 1940-1944"
KNIBIEHLER Yvonne
Des Français au Maroc. Denoël 1992
T.D.C. (textes et documents pour la classe)
numéro 692, mars 1995
"L'armée d'Afrique, les oubliés de la Libération"
FILMOGRAPHIE
C.R.D.P. d'Alsace
C'est nous les Africains: eux aussi ont libéré
l'Alsace. 1994 (26 mn)
SEDOUY Alain, EL MAANOUNI Ahmed
L'Histoire oubliée: les Goumiers marocains
. 1992 (52mn)
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* Les Tabors
sont des unités de "Goums". Les Goums sont initialement
définis comme des "unités de police marocaine entretenues par le budget du
Protectorat et placées à la disposition immédiate des autorités locales en vue
d'assurer la police et la sécurité des tribus. Dans les régions frontières, ces
unités participent à la police de la circulation et à la surveillance douanière".
Dès décembre 1942, les tabors participent aux combats en Tunisie, puis, sous la
direction du Général Guillaume, ils seront engagés en Corse, Italie, France et
Allemagne.
L'ensemble des tabors est composé de la manière suivante:
- 1077 Européens (246 officiers, 727 sous-officiers et
104 caporaux)
- 12570 Marocains (924 Moqadem, 1683 Maoun et 9963
goumiers)
Un groupe de tabors se compose d'un goum de
commandement et d'engins et de trois tabors.
Le tabor, équivalent du bataillon d'infanterie, comprend trois goums d'infanterie
et un G.C.E. disposant de quatre mortiers de 81, soit au total 891 hommes dont 64 gradés
français. Le goum d'infanterie comprend théoriquement 2 officiers et sous officiers
français, 16 sous officiers marocains, 32 Maoun (caporaux) et 160 goumiers correspondant
à une compagnie de fusiliers voltigeurs, il dispose de sept F.M. (fusils mitrailleurs),
deux mitrailleuses légères et un mortier de 60.
Un des commandant des tabors présente ainsi ses
hommes:
"Possibilités et servitudes des
supplétifs
a) Possibilités: fluides, rapides, ayant de la
"chasse à l'homme" un instinct très sûr, les goumiers sont très à l'aise
dans toutes les opérations exigeant de la vitesse, de la manuvre, voir même de
l'astuce.
b) Servitudes: au regard de ces qualités, il convient
de noter leurs points faibles dont les principaux sont :
-encadrement de gradés français insuffisant, d'où
chute nette de leurs possibilités dès l'instant que leurs cadres français sont mis hors
de combat
-sensibilité peut-être plus accusée que chez les réguliers aux tirs massifs
d'artillerie ou de mine -inaptitude, en raison notamment de leur insuffisance en cadres et
en armement, à mener des actions offensives ou défensives contre un ennemi solidement
établi sur une position ou attaquant en force.
-réticence manifeste à l'égard des opérations de nuit, d'où perte assez
fréquente du contact; les tabors en général préfèrent stopper leur action dans la
soirée, passer une partie de la nuit dans leur bivouac aussi confortablement que possible
pour reprendre au lever du jour l'exécution de la mission.
-réticence également à s'engager dans des terrains perméables aux chars en
raison, sans doute, de l'absence de matériel antichars dans leurs unités.
Enfin, il est à remarquer que le tabor, bien que présentant organiquement une
articulation assez souple, est une unité qui ne se prête pratiquement à aucune
dissociation et qui doit être employée en bloc au bénéfice d'une seule mission".
(Etude sur le Corps de montagne rédigée par le 3ème
bureau de la 4ème DMM en date du 29 juin 1944)
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