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Q : Le but de
votre visite et de votre présence dans notre
pays ?
R : L’Institut du Monde Arabe
est un établissement culturel en partenariat
avec les pays arabes, entre la France et les pays arabes,
et donc le Maroc est un de mes actionnaires, si j’ose
dire et un actionnaire important qui joue un rôle
extrêmement actif au sein de l’Institut
du Monde Arabe. Ayant pris mes fonctions récemment,
je souhaitais ici prendre contact avec mes interlocuteurs
culturels et également avec un certain nombre
de hauts responsables politiques et des ministres.
Q : Nous évoquerons
évidemment le rôle de l’Institut
du Monde Arabe et la vision que vous en avez en en prenant
la tête – on sait que vous êtes un
homme de la diplomatie, bien connu dans le domaine diplomatique,
ambassadeur notamment, auteur de plusieurs ouvrages
et très proche de la sensibilité arabe
et c’est pour cela que nous vous interpellerons,
bien évidemment, sur ce qui se passe actuellement
en Iraq.
M. Bauchard, d’abord
un mot sur ce que vous inspire la mort de ce journaliste
d’Al Jazeera ce matin.
R : Je voudrais rendre hommage à
l’ensemble des journalistes qui se trouvent à
Bagdad et qui je crois montrent à la fois un
jugement d’une grande sérénité,
un souci de l’objectivité et un grand courage
physique. Je veux dire que j’ai eu l’occasion,
dans des circonstances hélas aussi tragiques
il y a une dizaine d’années, au moment
de la première guerre du Golfe alors que j’étais
ambassadeur en Jordanie, de côtoyer ces journalistes
de télévision et de radio et j’avais
été frappé de la façon,
je dirais, exemplaire avec laquelle ils faisaient leur
métier. Et je trouve d’ailleurs que cette
fois-ci nous avons été spécialement
bien informés sur ce qui se passait et des deux
côtés nous avons eu, je pense, une vue
beaucoup plus objective de la situation que lors de
la première guerre du Golfe.
Q : M. Bauchard,
vous représentez une institution qui symbolise
cette volonté qui nous anime ici au Maroc, c’est-à-dire
le dialogue entre les cultures, le dialogue entre les
peuples. Le monde arabe est l’illustration de
ces sentiments. Le Président de l’Institut
du Monde Arabe que vous êtes doit avoir des interrogations
particulières et des inquiétudes certaines
pour l’avenir et quant à ce choc des cultures
et des civilisations dont on parle.
R : Oui tout à fait. Je pense
que la vocation et les vocations de l’Institut
du Monde Arabe sont plus pertinentes que jamais dans
le contexte actuel. Parce qu'au fond quel est le rôle
de cet institut culturel ? C’est plus que de la
culture, c’est également un projet politique,
c’est de montrer que par-delà les stéréotypes,
les clichés, sur le monde arabe, de montrer ce
qu’est véritablement le monde arabe dans
sa globalité mais également dans ses différentes
composantes, pays par pays. Malgré les progrès
de l’information, je pense que circulent encore
sur le Moyen-Orient et sur l’Iraq en particulier,
beaucoup de clichés et d’idées parfois
un peu simplistes. Et l’autre rôle de l’Institut
du Monde Arabe c’est de montrer justement dans
cette époque où on parle beaucoup de confrontation,
de choc des civilisations, qu’il y a un endroit
où on peut dialoguer, qui est un pont entre le
monde arabo-musulman et les pays occidentaux. Je pense
que c’est la tâche de l’IMA, même
dans ces périodes très difficiles, de
faire rencontrer ces intellectuels, ces universitaires,
ces journalistes au sein même de notre institut.
Non pas pour commenter pour l’actualité
à chaud, mais pour essayer d’y voir clair
dans les grands courants, dans les grandes tendances
qui traversent actuellement le Moyen-Orient.
Q : Vous pensez
que des institutions comme l’Institut du Monde
Arabe sont appelées à renforcer leur action,
à pousser encore plus au dialogue et au rapprochement
des civilisations et à faire en sorte que le
fossé ne se creuse pas plus ?
R : Oui. C’est peut être
un projet ambitieux. Mais je rappellerai qu’à
l’origine justement, l’Institut du Monde
Arabe a été créé dans les
années soixante dix au lendemain du premier choc
pétrolier où déjà on parlait
de confrontations entre le monde arabe et les pays occidentaux
où déjà régnait ce climat.
Et c’est justement sur l’initiative du président
de la République de l’époque, M.
Giscard d’Estaing, que l’idée avait
germé de trouver un lieu de rencontre et de dialogue.
Et à cet égard, je dirais que l’Institut
du Monde Arabe est unique à travers le monde.
Vous avez certes des musées, des centres culturels
arabes et islamiques, mais vous n’avez pas ce
partenariat, cette volonté d’établir
un dialogue par un partenariat entre un pays occidental
et les pays arabes.
Q : Qu’auriez-vous
à dire sur Bagdad aujourd’hui ? Il n’y
a pas que Bagdad en Iraq, il y a d’autres villes
qui symbolisent la richesse du patrimoine arabe, ce
patrimoine commun qui devient un patrimoine mondial.
Aujourd’hui Bagdad ne risque-t-elle pas une catastrophe
culturelle, surtout si la situation empire, que les
bombardements continuent de la sorte, et à fortiori
s’ils passent à côté de leurs
cibles tuant les civils mais aussi tuant la culture
?
R : Les images que nous voyons de Bagdad
sont vraiment terrifiantes. Nous vivons la mort en direct.
Il y a des images insoutenables et nous sommes frappés
-enfin moi je suis frappé- du désarroi
que montre la population en disant « mais pourquoi,
qu’est-ce que nous avons fait ? » Et ça,
c’est très réel et très frappant
et très choquant. Bagdad est une ville, comme
vous le savez, qui a un passé prestigieux dans
l’histoire du monde arabe. Ca été
certainement un des centres culturels les plus actifs
à travers l’histoire et je pense que par-delà
les péripéties tragiques du moment, cette
vocation historique de Bagdad demeurera. C’est
une ville par son site, par son urbanisme, par les souvenirs,
par la richesse de ses musées, reste une ville
phare et le restera j’en suis persuadé.
Q : Un mot tout
simplement M. Bauchard sur la France dans ce conflit
ou face à ce conflit ? On a salué en son
temps la position très forte et très courageuse
du Président Jacques Chirac qui a dit non à
une guerre qui n’a aucun sens -on le voit chaque
jour qui passe- et maintenant on parle déjà
de l’après-guerre. A titre personnel, votre
vision de la France vis-à-vis de tout cela ?
R : Je crois que notre position est
effectivement très claire et très continue.
Manifestement, ce que le Président Chirac avait
dit : que la guerre ne pouvait être que le constat
d’un échec, c’est réel et
hélas vrai. Une fois que l’aspect, je dirais,
guerrier sera terminé (j’espère
que ça sera maintenant le vite possible), il
faut permettre à cette population de revivre.
Je crois que la tâche n’est plus de gagner
la guerre, mais de gagner la paix. Et seul un rôle
central des Nations Unies pourrait permettre de gagner
la paix. Je vois mal comment les Etats-Unis pourraient
gérer en direct un pays aussi complexe, un pays
aussi peuplé que l’Iraq. Et pour gagner
la paix, il est sûr que seules les Nations Unies
peuvent le faire.
FIN./.
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