
Déclaration commune Franco-Marocaine
- (Paris, 2 octobre 1998)

A l'invitation de M. Lionel Jospin, Premier ministre de la République française, M. Abderrahman Youssoufi, Premier ministre du Royaume du Maroc, a effectué une visite officielle en France les ler et 2 octobre 1998. Il était à la tête d'une importante délégation, comportant notamment M. Abdellatif Filali, ministre d'Etat, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, M. Fathallah Oualalou, ministre des Finances et de l'Economie, M. Alami Tazi, ministre de l'Industrie, du Commerce et de l'Artisanat, M. Khalid Alioua, ministre du Développement social, de l'Emploi, de la Solidarité et de la Formation professionnelle, porte-parole du gouvernement, M. Ismaïl Alaoui, ministre de l'Education nationale, M. Ahmed Lahlimi, ministre délégué auprès du Premier ministre, chargé des Affaires générales du gouvernement. Le Premier ministre était également accompagné de membres du Parlement et d'opérateurs économiques marocains.
Cette deuxième réunion annuelle au niveau des chefs de gouvernement fait suite à celle qui s'est tenue, pour la première fois, à Rabat en décembre dernier, et dont le principe avait été arrêté lors de la visite d'Etat en France de Sa Majesté Hassan II, en mai 1996.
Cette rencontre s'inscrit dans le cadre des relations privilégiées qui existent entre les deux pays. Elle s'est déroulée dans une ambiance empreinte d'amitié et dans un esprit de partenariat et de solidarité.
A l'occasion de cette visite, le Président de la République a reçu en audience le Premier ministre du Royaume du Maroc.
* * *
Les deux parties ont salué les évolutions réalisées au Maroc dans la voie de la consolidation des institutions et de la vie démocratiques, marquées par l'avènement d'un gouvernement d'alternance. Elles ont considéré que ces évolutions pouvaient contribuer utilement à la stabilité de la région.
Elles se sont données, dans ce contexte, pour objectif de renforcer leur dialogue et leur coopération. Dans cet esprit, elles ont souligné la nécessité d'en adapter le contenu et les instruments pour les inscrire dans le cadre des évolutions des sociétés et des orientations économiques et sociales des deux gouvernements.
I. Dialogue politique
Les deux parties ont décidé d'approfondir leur dialogue politique, en s'efforçant de dégager un ensemble de perspectives globales sur les grandes questions internationales. Elles se sont félicitées de la convergence de vues constatée sur les sujets évoqués.
Elles ont souligné leur préoccupation quant à la situation qui prévaut au Proche-Orient. Elles ont également exprimé leur inquiétude face à la persistance de conflits dans certaines régions d'Afrique, qui constituent une entrave à la stabilité et au développement de ce continent.
La France et le Maroc ont conclu à la nécessité de poursuivre leur dialogue, en particulier autour des objectifs suivants :
- Favoriser une relance du processus de paix
Les deux parties ont souhaité vivement que les efforts déployés actuellement, notamment par les Etats-Unis, puissent conduire rapidement à une solution juste et équitable, conformément à la légalité internationale et aux engagements souscrits par les parties au conflit. La partie française a fait le point sur l'initiative franco-égyptienne, qui s'inscrit dans la logique des efforts en cours. La partie marocaine a exprimé son intérêt pour cette initiative.
Les deux parties sont convenues, par ailleurs, de poursuivre une concertation permanente sur la paix et la stabilité dans l'espace euro-méditerranéen.
- Conjuguer leurs efforts en direction de l'Afrique
Les deux parties sont convenues d'étudier les moyens de mettre en commun leurs expériences de coopération et ont décidé d'engager un dialogue à haut niveau sur ces questions. Dans cette perspective, le ministre délégué français chargé de la Coopération se rendra à Rabat dans les prochains mois.
- Dynamiser le processus de Barcelone et travailler au renforcement des relations entre le Maroc et l'Union européenne
La France et le Maroc souhaitent contribuer activement au processus de Barcelone, qui vise à instaurer une zone de stabilité, de sécurité et de prospérité partagée entre les pays riverains de la Méditerranée. Elles souhaitent que la prochaine conférence ministérielle de Stuttgart puisse donner une nouvelle impulsion aux trois volets de ce processus global.
Le groupe de travail sur les relations entre le Maroc et l'Union européenne, dont la création avait été décidée lors de la réunion des chefs de gouvernement à Rabat en décembre 1997, a tenu sa deuxième réunion le 29 septembre. Un échange de vues approfondi a permis d'évoquer les modalités de mise en oeuvre de l'accord d'association entre le Maroc et l'Union européenne, ainsi que les perspectives ouvertes à leurs relations. Il a été convenu de maintenir une concertation étroite sur ces sujets et notamment de réunir le groupe d'ici la prochaine conférence ministérielle du processus de Barcelone.
- Entretenir une concertation étroite sur les questions multilatérales
Les deux parties ont réaffirmé la nécessité d'une concertation étroite sur les questions multilatérales d'intérêt commun, telles que la réforme de l'ONU, le désarmement et les enjeux stratégiques.
II. Vers un partenariat rénové dans les relations économiques et financières bilatérales
Par leur participation à l'ouverture de la rencontre entre opérateurs économiques français et marocains (11ème comité mixte CNPF/CGEM qui a eu lieu le 2 octobre au matin au Centre de conférences de Bercy), les deux chefs de gouvernement ont entendu montrer tout l'intérêt qu'ils portent au renforcement des relations économiques et financières sur une base rénovée et au développement du secteur privé au Maroc, en consolidant le partenariat entre entrepreneurs des deux pays.
L'émergence du Maroc est en effet consacrée par une volonté conjointe des gouvernements des deux pays de dynamiser l'investissement privé au Maroc. Les travaux du comité mixte portaient précisément sur la gestion déléguée des services publics au Maroc et les opportunités de partenariat dans les principaux secteurs de l'économie marocaine.
Pour renforcer encore les relations économiques et commerciales franco-marocaines, le dispositif d'appuis financiers aux projets de partenariat a été réexaminé entre les deux parties et complété.
Globalement, 4,2 MdsF de moyens financiers supplémentaires sont mobilisés pour l'allégement de la charge de la dette et le développement économique du Maroc.
1 - L'allégement de la charge de la dette marocaine (2 MdsF)
- refinancement de la dette marocaine la plus chère sur la base d'un crédit d'1 MdF bénéficiant de la garantie de l'Agence française de développement (AFD).
- anticipation de la deuxième tranche de 700 MF de conversion de dette en investissement et soutien de la France pour obtenir en Club de Paris le relèvement du plafond autorisé pour les conversions de dette afin de permettre de porter ce montant à 1 MdF.
2 - De nouveaux moyens pour le financement des projets de développement (1 MdF)
- 1 MdF sur 3 ans de nouvelles capacités d'engagements de l'AFD sur le Maroc.
3 - Des lignes de financement pour la "mise à niveau" des PME-PMI marocaines (1,2 MdsF)
- mise en place d'une ligne de protocole pour le financement de l'achat de biens et services français par des PME-PMI marocaines, pour un montant de 200 MF sur 2 ans. Il pourra notamment être utilisé pour des projets identifiés dans l'accord sur le co-développement;
- mise en oeuvre d'un fonds de garantie de 200 MF, conforme au souhait de la partie marocaine. Il permettra de garantir 1 MdF de crédits bancaires destinés à la "mise à niveau" de PME marocaines.
4 - Enfin, l'Agence française de développement est appelée à accentuer ses efforts sur le volet d'accompagnement structurel de la mise à niveau, notamment à travers le financement concessionnel de la formation professionnelle ou de l'aménagement du hors-site de zones industrielles.
L'Agence française de développement ne négligera pas pour autant ses concours en faveur du rééquilibrage socio-économique au Maroc : en témoigne la signature de trois conventions de prêts en faveur de l'approvisionnement groupé en eau potable des populations rurales (programme PAGER) pour 75 MF, de l'équipement en eau potable par l'ONEP de petits centres pour 100 MF et du programme d'électrification rurale de l'ONE pour 300 MF.
Par ailleurs, PROPARCO continuera d'apporter son concours au secteur privé marocain sous forme de participation ou de prêt. A cet égard, une convention de prêt de 15 millions de dollars a ainsi été signée entre PROPARCO et le consortium d'actionnaires de la Compagnie des éoliennes du Détroit qui construira et gérera en production indépendante d'électricité un site d'éoliennes à Tétouan (Province du Nord du Royaume).
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- Les deux parties ont exprimé par ailleurs leur satisfaction sur l'évolution du projet entre Electricité de France et l'Office national d'électricité en décembre 1997, portant sur la construction d'une centrale à cycle combiné au gaz, à Tahardat, qui s'est élargi à un troisième partenaire : la société électrique espagnole, ENDESA. Un appel à pré-qualification a été lancé en juillet 1998 pour la recherche d'un quatrième partenaire investisseur dans ce projet qui totalise un investissement de 1,8 milliards de francs. L'évolution de cet accord accentue la vocation euro-méditerranéenne du Maroc dans le secteur de l'énergie.
- Les deux parties se sont également félicitées de la coopération entre le Bureau des recherches géologiques et minières français et les autorités marocaines compétentes pour la mise en oeuvre du Plan national de cartographie géologique du Maroc. Elles espèrent que le projet du BRGM pourra être mis en oeuvre le plus rapidement possible.
- Les deux parties ont mis l'accent sur l'importance du renforcement de la coopération dans les domaines commercial et industriel. Elles ont évoqué en particulier le programme de mise à niveau entrepris au Maroc dans la perspective de l'établissement d'une zone de libre-échange entre le Maroc et l'Union européenne.
Ce programme de mise à niveau de l'économie marocaine ouvre de nouvelles opportunités pour le développement de la coopération industrielle entre les deux pays, ainsi que pour la promotion du partenariat et des investissements. Dans cette perspective, les deux parties sont convenues de conjuguer leurs efforts pour favoriser et stimuler les investissements mixtes.
Les deux parties ont eu un échange de vues approfondi sur les questions liées aux discussions en cours au sein de l'Organisation mondiale du commerce. Elles sont également convenues de développer la coopération entre le CMPE et le CFCE afin de contribuer au développement des échanges commerciaux entre les deux pays.
Les deux parties ont rappelé enfin l'intérêt de dynamiser la coopération dans le domaine de l'artisanat.
III. Relations de coopération
Les deux parties ont relevé avec satisfaction la densité et la qualité de la coopération franco-marocaine, tout en soulignant la nécessité d'instaurer, au terme d'une réflexion commune, un véritable partenariat culturel entre les deux pays. Elles ont marqué notamment l'importance des actions de coopération suivantes :
- Coopération en matière sociale
Les deux parties considèrent que la coopération dans le domaine de l'emploi, de la formation professionnelle et des affaires sociales doit permettre aux deux pays de relever ensemble le défi d'une mondialisation maîtrisée, facteur de croissance et de solidarité.
Les deux parties ont constaté avec satisfaction l'avancée des projets évoqués lors de la précédente rencontre bilatérale. Elles souhaitent élargir la coopération entre les deux pays, en particulier à l'organisation de l'intermédiation du marché du travail, au développement d'un nouveau système de formation continue, à la reconversion professionnelle et à l'insertion des jeunes sur le marché du travail, ainsi qu'à l'organisation des services d'action sociale et d'entraide. Elles se sont félicitées de la mise en oeuvre prochaine de projets pilotes en matière de santé.
- Co-développement
Concernant les flux migratoires, les gouvernements marocain et français ont décidé d'explorer les voies qu'ouvre l'approche du co-développement.
Cette politique fera l'objet d'une convention cadre dès que des commissions techniques en auront défini les principaux instruments.
Elle impliquera prioritairement, outre l'action des pouvoirs publics, les collectivités territoriales, les entreprises privées, les associations de migrants, et les organisations non gouvernementales de développement.
- Coopération en matière d'environnement et d'aménagement du territoire
Les deux parties se sont félicitées de la décision prise de développer des actions communes dans les domaines de l'aménagement du territoire, de l'environnement et de l'urbanisme, sur la base des orientations définies lors de la visite du ministre français de l'Aménagement du territoire et de l'Environnement en septembre dernier au Maroc. Elles entendent en faire, avec l'habitat social, un domaine prioritaire de coopération, notamment sur la base des conclusions du "Grand débat sur l'aménagement du territoire national" du Maroc.
- Coopération en matière d'éducation et de formation
Les deux parties se sont félicitées de la qualité de leur coopération dans le domaine de l'éducation et ont confirmé leur volonté de donner une nouvelle dimension en l'intégrant dans le processus du changement du système éducatif marocain, dont les objectifs prioritaires ont été rappelés par la partie marocaine :
- la généralisation de l'enseignement de base, la lutte contre l'analphabétisme et la déscolarisation ainsi que la suppression des disparités entre le milieux urbains, péri-urbains et ruraux ;
- l'ouverture sur le monde par l'apprentissage des langues et en particulier l'enseignement du français ;
- la restructuration de l'enseignement secondaire et technique visant a une meilleure ouverture sur le monde économique.
Dans cette perspective, les deux parties sont convenues de conjuguer leurs efforts :
- pour accélérer la mise en oeuvre et le développement d'actions de coopération dans le domaine de la scolarisation de base en milieu rural et péri-urbain en cohérence avec les actions engagées par les organisations multilatérales ;
- pour renforcer l'enseignement du français ;
- pour favoriser une meilleure utilisation des nouvelles technologies en matière d'éducation ;
- pour développer la formation continue des personnels d'enseignement et d'encadrement ;
- pour engager une réflexion sur les actions qui pourraient être mises en oeuvre dans le cadre de la rénovation de l'enseignement technique, notamment en ce qui concerne les BTS et les classes préparatoires.
Elles favoriseront les actions faisant appel aux partenariats dans le cadre de la coopération déconcentrée.
- Coopération en matière judiciaire
Les deux parties se sont félicitées du développement de la coopération en matière juridique et judiciaire, marquée en 1997 par l'intervention d'un arrangement administratif entre les ministères de la Justice des deux pays.
Les actions mises en oeuvre dans ce cadre, axées prioritairement sur la formation des juges marocains au droit économique et financier, et sur le soutien apporté à la mise en place des nouvelles juridictions commerciales, privilégient ainsi la dimension économique du droit.
Cette coopération s'intensifiera prochainement par la signature de conventions entre l'Ecole nationale de la magistrature et l'Institut national d'études judiciaires, ainsi que dans le domaine de l'administration pénitentiaire.
- Organisation du "Temps du Maroc"
Les deux parties ont marqué l'importance qu'elles attachaient à ce programme qui fera mieux connaître à la France, ainsi qu'à ses visiteurs, le Maroc à travers son histoire et sa culture, mais aussi sa modernité et la vitalité de sa création contemporaine. Elles ont souligné l'utilité du volet économique de ces manifestations qui mobilisera les opérateurs des deux pays. Elles ont affirmé la nécessité de mettre en place des mécanismes de programmation, de suivi et d'évaluation en vue de maintenir l'intégration des différents aspects de la coopération dans leur globalité./.

Discours de M. Abderrahmane Youssoufi, Premier ministre
- (Paris, 1er octobre 1998) 
Monsieur le Premier ministre,
Mesdames et Messieurs les ministres,
Mesdames et Messieurs,
Monsieur le Premier ministre,
Je voudrais vous remercier tout d'abord pour vos mots de bienvenue et pour les paroles très aimables que vous venez de prononcer à mon endroit et qui me touchent profondément.
Je voudrais également vous faire part de la joie que je ressens aujourd'hui de me retrouver à Paris, une ville qui est chargée pour moi de tant de souvenirs et de symboles. C'est une joie d'autant plus grande que c'est la première visite officielle que j'effectue en dehors du Maghreb, et que cette visite intervient dans une conjoncture particulièrement favorable pour nos relations.
Monsieur le Premier ministre,
Mon pays se félicite de l'institutionalisation des rencontres de haut niveau franco-marocaines, qui constituent un progrès remarquable dans le processus de concertation régulière entre nos deux pays.
Notre deuxième réunion de haut niveau est une excellente opportunité pour passer en revue l'état de nos relations bilatérales et de décider des mesures à prendre pour leur insufler une nouvelle dynamique.
Monsieur le Premier ministre,
Le partenariat de référence qui existe entre nos deux pays devrait nous inciter à redoubler d'efforts pour le consolider et le raffermir davantage.
A cet égard, de nombreux facteurs concourent à créer un climat favorable au développement de ce partenariat.
La qualité exceptionnelle des relations franco-marocaines, marquées par l'amitié profonde, la confiance et le respect mutuel qui lient le Président de la République française, M. Jacques Chirac et SM. le Roi Hassan II d'une part et d'autre part, la proximité géographique, les liens historiques et culturels, ainsi que les valeurs qui nous sont communes sont autant d'éléments de nature à stimuler une coopération étroite et constructive entre nos deux pays.
La préparation de l'Année du Maroc en France s'accèlère et se déroule sous les meilleurs auspices. Je tiens à rappeler tout le prix que SM. le Roi Hassan II et le Président Jacques Chirac attachent à cet évènement exceptionnel, destiné en premier lieu à promouvoir la compréhension mutuelle et le rapprochement entre les peuples français et marocain.
Monsieur le Premier ministre,
Notre coopération se trouve confortée par les réformes politiques et institutionnelles qu'a connues le Maroc, ainsi que par la constitution d'un gouvernement d'alternance, porteur d'un projet ambitieux de progrès et de modernité. Ces réformes structurelles visent notamment à créer un climat favorable à l'activité économique et à préparer des échéances importantes pour l'économie marocaine, en particulier celle qui verra l'instauration de la zone de libre échange entre le Maroc et l'Union Européenne.
Monsieur le Premier ministre,
La France et le Maroc sont deux pays riverains de la Méditerranée. Cette qualité leur confère des responsabilités particulières dans l'oeuvre actuellement entreprise et qui a trait au partenariat euro-méditerranéen. Cette oeuvre poursuit un objectif hautement ambitieux qui est celui de mettre en place une nouvelle architecture de rapports entre les rives nord et sud de la Méditerranée.
Dans ce contexte, la conférence de Palerme à mi-parcours qui a réuni les ministres euro-méditerranéens des affaires étrangères a enregistré un progrès certain, marqué par la réaffirmation des buts et de l'esprit de ce nouveau partenariat.
Nous voulons espérer que la prochaine conférence ministérielle, prévue à Stuttgart en avril 1999, puisse donner une impulsion décisive au processus de Barcelone. Une préparation minutieuse de cette conférence serait, à cet égard, une condition indispensable à son succès. Mon pays continue à être convaincu que les fortes disparités socio-économiques entre les deux rives de la Méditerranée constituent les véritables causes des problèmes qui affectent la paix et la stabilité dans notre région. Ce n'est qu'en s'attaquant à ces causes que l'on pourra contribuer à l'édification de cette zone de prospérité partagée qui est l'objectif fondamental de la Déclaration de Barcelone.
La paix et la sécurité dans la région sont également tributaires de cette approche.
Monsieur le Premier ministre,
La situation au Moyen-Orient nous inspire les plus vives inquiétudes. L'impasse dans laquelle se trouve le processus de paix pourrait conduire à des dérapages incontrôlables. La responsabilité de cette situation incombe au gouvernement israélien, et notamment à son Premier Ministre qui, à coups de provocations et de faits accomplis, s'évertue à torpiller les accords laborieusement négociés à Oslo et à Washington.
Dans ce contexte, la politique de judaïsation de la ville sainte constitue une atteinte intolérable aux sentiments des communautés musulmanes et chrétiennes, et une violation grave de nombreuses résolutions des Nations-Unies.
Nous sommes persuadés que seules des pressions internationales venant en particulier des Etats-Unis et de l'Europe sont de nature à mettre fin à l'intransigeance du gouvernement israélien et à l'amener à reprendre les négociations sur la base des principes arrêtés à Madrid dont notamment celui de la terre contre la paix.
Monsieur le Premier ministre,
Les sanctions imposées par les Nations-Unies à l'Irak depuis près de huit ans se sont révélées dramatiques pour le peuple irakien qui continue à endurer les pires souffrances.
S'il est admis que l'Irak doit se conformer aux résolutions du Conseil de Sécurité, il n'en demeure pas moins que les sanctions - sans précédent dans l'histoire contemporaine - ont engendré une situation humanitaire désastreuse qui s'est traduite par des milliers de victimes, notamment parmi les enfants.
Devant une épreuve aussi longue et douloureuse, l'on est en droit de s'interroger sur le bien fondé des sanctions dans la mesure où c'est la population civile qui en est la principale victime.
Par ailleurs, nous espérons que l'embargo qui frappe la Lybie depuis maintenant six ans pourra bientôt être rapidement levé, après la décision des gouvernements américain et britannique d'accepter que les auteurs présumés de l'attentat soient jugés à la Haye, conformément au voeu du gouvernement lybien.
Monsieur le Premier ministre,
Le maroc, en tant que pays africain, est très préoccupé par les troubles qui secouent le continent, menacent sa stabilité et handicapent lourdement son développement. Il reste attaché au droit des peuples africains à vivre en paix et en sécurité et à bénéficier de conditions de vie dignes et convenables.
Mon pays a cherché à traduire dans les faits sa solidarité avec l'Afrique en apportant sa modeste contribution au développement des pays africains. La coopération qu'il a initiée est une coopération triangulaire au bénéfice des Etats africains.
Avant de terminer, je voudrais, Monsieur le Premier Ministre, vous dire combien moi-même et la délégation qui m'accompagne sommes touchés par la chaleur et la qualité de l'accueil qui nous a été réservé, ainsi que par tous les égards dont nous sommes entourés depuis notre arrivée à Paris.
Je vous en remercie très sincèrement.
Et c'est confiant dans l'avenir prospère des relations entre la France et le Maroc que je vous invite à lever vos verres :
A la santé de son Excellence M. Jacques Chirac, Président de la République française,
Au succès et au bonheur personnel de Monsieur le Premier ministre Lionel Jospin,
A la prospérité du peuple français,
A la pérennité de l'amitié franco-marocaine.
Je vous remercie

Discours du Premier ministre, M.Lionel Jospin, lors du diner offert en l'honneur du Premier ministre marocain, M. Abderrahmane Youssoufi
- (Paris, 1er octobre 1998) 
Monsieur le Premier ministre,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames, Messieurs,
Chers Amis,
Recevoir le Premier ministre du Maroc est assurément un plaisir particulier. Il y a en effet entre nos deux pays tant de sentiments partagés et d'estime réciproque que cet exercice est naturellement agréable et heureux.
Mais aujourd'hui il s'agit d'un moment plus rare encore car jamais nos relations n'ont été plus intenses et, permettez-moi cette note personnelle, le plaisir est d'autant plus grand que c'est vous, Abderrahmane Youssoufi, que nous recevons ce soir, vous que je connais et estime depuis plus de vingt ans.
J'ai pu constater par moi-même à Rabat en décembre dernier combien nos deux pays étaient proches et combien ils partageaient l'ambition d'aller de concert plus loin encore.
Depuis le voyage du président de la République française au Maroc en 1995, puis la visite d'Etat effectuée l'année suivante par Sa Majesté le Roi du Maroc à Paris, plus de 30 ministres français sont venus à Rabat et un nombre plus important encore de ministres marocains se sont rendus en France. Toutes ces rencontres ont porté leurs fruits et parmi ceux-ci, on doit souligner l'institution de cette Commission mixte présidée par les deux Premiers ministres qui devient un grand rendez-vous annuel pour inscrire nos dossiers bilatéraux dans la durée et en assurer le suivi régulier. Portons notamment au crédit de ces rencontres, l'accent mis sur le développement des provinces du nord, le traitement imaginatif de la dette marocaine et l'augmentation en valeur de nos échanges économiques.
Le dialogue politique continu noué entre nous nous permet d'échanger nos vues et d'affiner nos analyses sur les grands sujets diplomatiques. Sur la plupart d'entre eux, nous constatons de larges convergences : qu'il s'agisse du dialogue euroméditerranéen ou de la situation au Proche-Orient. Nos pays sont au Sud et au Nord les intercesseurs naturels du dialogue indispensable entre les deux rives de la Méditerranée. L'esprit de responsabilité et la juste mesure inspirent nos attitudes mais nous ne devons jamais renoncer à nous engager quand la paix ou la sécurité sont en jeu. C'est ainsi que je souhaite rendre hommage au rôle joué en Bosnie par le bataillon marocain, aux côtés des éléments français, au sein du contingent de la SFOR. Tous s'accordent sur la qualité de la contribution des centaines d'hommes et officiers marocains, qui, comme auparavant en Afrique centrale ou en Somalie, participent de manière exemplaire au maintien de la paix.
Monsieur le Premier ministre, nous relevons également avec satisfaction qu'il n'existe dans nos relations ni contentieux ni revendication. Tout au plus, devons-nous examiner un sujet de préoccupation, celui des échanges humains. Compte tenu de la proximité de nos deux peuples, et de l'intensité de nos échanges, il n'est ni normal ni satisfaisant que soit exagérément entravée la circulation des personnes. Vous savez que les autorités françaises ont pris la mesure de vos attentes comme des effets négatifs, pour notre pays lui-même, d'une trop sévère restriction des visas. Une nouvelle politique a été engagée, elle portera peu à peu ses fruits et saura, je peux vous en assurer, respecter la dignité des personnes. Elle devrait se concrétiser par une véritable politique de codéveloppement que nous allons élaborer et mettre en oeuvre ensemble.
Nous savons tous, Monsieur le Premier ministre, que ce qui donne un éclat supplémentaire à votre visite est la novation politique que connaît depuis quelques mois votre pays sous la haute autorité du souverain chérifien. Nous sommes conscients que la désignation du gouvernement d'alternance est l'aboutissement d'un processus entamé de longue date, par lequel le Maroc tout entier a manifesté son profond désir de s'adapter au monde moderne et de jouer pleinement le jeu de l'ouverture.
Il n'en demeure pas moins qu'il s'agit d'un événement considérable dont les échos et le retentissement ne sont pas seulement médiatiques mais peuvent être exemplaires et contribuer directement à l'évolution des esprits dans d'autres pays. Votre désignation a parachevé l'évolution politique sage mais déterminée qu'a connu votre pays. Inutile de vous dire combien notre appui vous est acquis et combien nous sommes convaincus de votre réussite. Quand la démocratie se perfectionne, quand les Droits de l'Homme s'ancrent dans la société, quand il y a adhésion populaire, il n'y a pas de raison d'être inquiet.
Certes, le monde est changeant et souvent dangereux, certes les contraintes économiques restreignent les ambitions que nous portons, mais vos atouts sont nombreux.
Vous bénéficiez de la qualité de votre équipe gouvernementale, dont beaucoup de membres sont ce soir parmi nous. Vous avez également, permettez-moi de vous le dire, le soutien sans faille de l'ensemble des autorités françaises. Ce soutien est politique, il continuera à se manifester de manière constante et en premier lieu dans les instances internationales, à Bruxelles comme à l'ONU.
Ce soutien est aussi économique et financier et se traduira concrètement dans des mesures nouvelles et dans des projets communs. J'ai la conviction que demain à l'heure du bilan ; nous serons tous deux satisfaits des avancées obtenues.
Il est certain que l'approfondissement de nos relations économiques passera, de plus en plus, par les entreprises. Plus de 600 d'entre elles représentent la France dans votre pays et prennent une part importante à votre développement et à la création d'emplois. Je suis heureux de saluer quelques-uns de ces entrepreneurs parmi nous ce soir. En retour, certains investissements marocains en France démontrent depuis quelques années que le mouvement n'est pas à sens unique. Pour peu que l'environnement réglementaire et juridique des entreprises soit effectivement perfectionné et que soient de plus en plus recherchés des partenariats privés entre entreprises marocaines et françaises, il s'ouvrira de nombreux champs d'action pour le bien commun de nos deux économies.
Permettez-moi, Monsieur le Premier ministre, de conclure sur un mode plus personnel. Nous sommes heureux de saluer en vous l'homme de conviction qui, au cours des années, a su incarner une fidélité à des valeurs pour devenir une référence. Il est juste et il est prometteur que s'accomplisse votre destin. Nous savons qu'en accédant à cette charge, aucune vanité personnelle ne vous a effleuré. Vous avez simplement ressenti toute la responsabilité qui vous était confiée par le souverain et le peuple marocain. Vos principes et vos idées guident les premiers pas de votre gouvernement. Nous savons la confiance dont vous bénéficiez dans l'opinion marocaine. Vous pouvez aussi être assuré de celle du gouvernement français.
Pour moi, Monsieur le Premier ministre, vous ne conduisez pas une "expérience", vous forgez un maillon de la longue histoire de votre pays auquel vous ferez faire de nouveaux pas en avant. Permettez-moi de lever mon verre à nos deux pays.
Vive le Maroc
Vive la France
Vive l'amitié franco-marocaine./.
Point de presse du 29/09/98 |
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