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Madame Tokia SAÏFI
Secrétaire
d’Etat au développement durable,
auprès de la ministre de l’écologie
et du développement durable.
www.environnement.gouv.fr
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INTERVENTION
DE MME TOKIA SAIFI
FORUM GLOBAL DE MARRAKECH
12/12/2002
Monsieur le Premier ministre,
Mesdames et Messieurs les ministres,
Mesdames, Messieurs,
Monsieur Jean-Pierre
Raffarin, Premier ministre, m’a demandé de
le représenter aujourd’hui à Marrakech
et de dire toute l’importance que la France accorde
à la quatrième édition du Forum global
sur la réinvention des modes de gouvernement, organisée
sous le Haut patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed
VI.
Je souhaiterais tout d’abord remercier les plus hautes
autorités du Royaume pour la remarquable organisation
de ce forum sur le thème du dialogue et du partenariat
au service du développement et de la démocratie
.
Je souhaiterais également leur dire ma gratitude
pour l’occasion qu’elles nous donnent de nous
exprimer sur un sujet dont les enjeux politiques , économiques
et sociaux engagent l’avenir de chacune de nos nations.
Je souhaiterais enfin leur exprimer mes remerciements pour
l’accueil qui nous est réservé dans
cette cité, à la fois emblématique
des splendeurs du Maroc et intimement liée désormais
aux avancées mondiales en matière de climat,
puisque c’est ici qu’un accord a pu intervenir
il y a un peu plus d’un an sur les modalités
de mise en œuvre du protocole de Kyoto. En accueillant
aujourd’hui le 4ème Forum Global, qui va traiter
du partenariat entre citoyens, Etats et entreprises, le
Maroc entend indéniablement poursuivre sa mission
en faveur du développement durable.
Je souhaiterais saisir l’occasion qui m’est
offerte pour m’exprimer sur cette notion de partenariat,
qu’il soit public/privé multi-acteurs, car
elle est, à mon sens, la condition pour réaliser
des avancées concrètes en faveur du développement
durable.
Je retiendrai
trois axes essentiels :
* tout d’abord,
l’existence d'un cadre multilatéral, la convention
d'Aahrus, qui permet, très en amont, la participation
de la société civile à la décision
et son accès à l'information,
* ensuite, le
partenariat public/privé et notamment la question
du financement du développement durable, au sujet
duquel une réflexion est engagée à
l'échelle méditerranéenne dans le cadre
de la Commission Méditerranéenne de Développement
Durable,
* enfin, l’illustration,
en prenant l’exemple de la gestion de l'eau, du partenariat
multi-acteurs qui se met en place, pour gérer un
bien public mondial en prenant en compte toutes ses dimensions,
économique, environnementale et sociale.
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La convention
d’Aarhus d’abord.
La Convention
sur l’accès à l’information, la
participation du public au processus décisionnel
et l’accès à la justice en matière
d’environnement, dite Convention d’Aarhus, a
été négociée dans le cadre de
la Commission Economique pour l’Europe des Nations-Unies
(CEE-NU). Elle représente un accord multilatéral
remarquable à plus d’un titre.
Tout d’abord,
en raison de la participation active et officielle des ONG
aussi bien dans le processus d’élaboration
de l’instrument que dans les groupes de travail qui
furent institués ultérieurement et, enfin,
dans les organes futurs de la convention (bureau et comité
d’observance).
Ensuite, en raison du contenu même de cet accord.
En effet, cette convention encadre assez étroitement
les modalités de la transparence dans ses trois domaines
de compétence. Ces dispositions en font un instrument
relatif aussi bien à la démocratie participative
et à la gouvernance qu’à la protection
de l’environnement.
En ratifiant cette
convention et en participant à la première
réunion des Parties qui s’est tenue en Italie
en octobre dernier, à laquelle j’ai eu l’honneur
de représenter mon pays, la France a souhaité
montrer son attachement à une meilleure information
du public et à une meilleure association de celui-ci
aux décisions intéressant les dossiers environnementaux.
Cette exigence et ce souci de transparence sont au cœur
de l’action gouvernementale, et cela depuis plus de
trente ans.
En effet, les
premières dispositions légales encadrant l’information
du public et l’organisation des enquêtes publiques
remontent à 1974. Des améliorations constantes
ont été apportées au fil du temps,
notamment par la démocratisation des enquêtes
publiques (loi de 1983) et le renforcement du débat
public pour améliorer la protection de l’environnement
(loi de 1995).
Puis, tout récemment,
dans le cadre d’une mise en conformité avec
les dispositions de la convention d’Aarhus, la loi
du 27 février 2002 relative à la démocratie
de proximité a élargi le champ d’action
de notre Commission Nationale du Débat Public.
Enfin, le gouvernement
travaille actuellement, à la demande du Président
de la République, Monsieur Jacques Chirac, à
l’élaboration d’une « Charte de
l’Environnement », qui sera adossée à
la Constitution, aux côtés des droits de l’homme
et des droits économiques et sociaux. La Charte rappellera
les droits et les devoirs de chacun tant à l'égard
de l’environnement que vis-à-vis des générations
futures, et retiendra parmi cinq principes fondamentaux,
celui d’information et de participation.
Ce qui me paraît
essentiel, c’est l’absolue nécessité
de convaincre l’ensemble du public de l’importance
de cette intégration des valeurs environnementales
et démocratiques véhiculées par la
Convention d’Aarhus, qui devrait dépasser largement
les frontières de la Commission Economique pour l’Europe
des Nations-Unies.
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Le partenariat
public/privé et le financement du développement
durable ensuite,
Les pays en développement,
mais aussi certains pays développés, qui suivent
la voie de l’intégration régionale (
je pense, en particulier, à l’élargissement
de l’Union Européenne ), souffrent d’un
déficit en infrastructures et services essentiels
(transports, eau et assainissement, énergie, ordures
ménagères, télécommunications,
notamment). La solution ne peut être apportée
par les seuls financements publics (dont l’aide publique
au développement), ni par les seuls financements
privés, qui ne prennent pas spontanément la
direction d'économies jugées plus fragiles.
Une alternative
consiste à promouvoir des formes adaptées
de partenariat entre acteurs publics et privés, permettant
d’améliorer la gestion des projets et de répondre
à l’ampleur des besoins d’investissement
comme à l’enjeu de la mobilisation de l’épargne
locale, en s’appuyant sur le levier apporté
par les financements publics.
Ainsi les Partenariats
Publics-Privés peuvent être définis
comme des associations d’entités publiques
et privées constituées en vue de remplir un
objectif collectif. Ils permettent, dans un contexte exigeant,
la mise en œuvre d’un projet d’intérêt
général, dont la gestion est déléguée
à un opérateur privé, et de le financer
partiellement sur ressources privées. La puissance
publique, garante de l’intérêt général,
conserve ses missions d’impulsion, de prescription,
de contrôle et de garantie.
La France a intégré
le Partenariat Public-Privé depuis le début
du 19ème siècle, sous diverses modalités
de gestion déléguée de services publics.
Elles est l’un des seuls pays au monde à avoir
une telle expérience. La Banque Mondiale parle aujourd’hui
d’un véritable modèle français
de la gestion déléguée.
Dans les pays
de sa zone d’intervention, le groupe de l’Agence
Française de Développement favorise, depuis
longtemps, la mise en place de partenariats de ce type,
en particulier dans des domaines stratégiques comme
la fourniture d’eau, d’électricité,
l’accès aux télécommunications
et aux moyens de transport.
Plus largement,
la coopération française tend à promouvoir
de nouvelles formules de partenariats, élargies,
visant à associer non seulement les opérateurs
privés internationaux, mais également le secteur
privé local et la société civile.
Cette vision est
en cohérence avec le cadre d’élaboration
de la stratégie française de développement
durable, qui vise notamment à rechercher l’implication
de tous les acteurs du développement durable (citoyens,
syndicats, associations, entreprises), afin qu’ils
traduisent en actions concrètes le développement
durable.
Si ce cadre est
plus large que celui du partenariat public-privé
stricto sensu, il permet néanmoins de fixer les orientations
et les conditions dans lesquelles ces partenariats multi-acteurs
devraient être mis en œuvre.
Tout l’enjeu
consiste donc à mettre en œuvre des partenariats
dans des contextes qui leur permettent d’être
efficaces à la fois sur les plans économique,
social et environnemental. Ainsi, le partenariat public-privé
est-il étroitement lié à la Responsabilité
Sociale des Entreprises (RSE).
La France a proposé,
à Johannesbourg, deux documents nommés «
Déclaration sur l’accès aux services
essentiels » et « Charte sur l’accès
à l’eau et à l’assainissement
». La présentation de ces documents a, je crois,
suscité un vif intérêt.
Ces documents
ont l’ambition de présenter les principes de
gouvernance qui doivent prévaloir dans ce domaine-clé
des « services essentiels » en identifiant le
rôle et les responsabilités de chacun des acteurs
: l’Etat, responsable de la politique de l’eau,
les collectivités locales, responsables de la gestion
des services, le secteur privé qui apporte ses compétences
et ses moyens financiers, et l’ensemble de la société
civile qui doit disposer d’une information suffisante
et d’outils de contrôle.
Les autorités
publiques, et spécialement les élus locaux,
sont les premiers responsables de l’organisation de
ces services publics et donc de la garantie d’accès
aux services essentiels. Et cette garantie d’accès
ne se conçoit pas sans l’implication des associations
ou des ONG directement concernées, ni sans débat
démocratique. Elle participe du développement
de la citoyenneté.
Je voudrais souligner
à cette occasion que l’expérience française
ne conduit ni à la privatisation totale, ni à
l’appropriation privée des infrastructures,
ni à la marchandisation des biens publics comme l’eau
ou l’air. Bien au contraire, il me semble qu’il
est du ressort d’un Etat moderne que d’organiser
des modes d’interaction contractuels entre la sphère
publique et la société civile. L’Etat
doit également se consacrer à sa fonction
de régulation, fonction stratégique en vue
de favoriser l’émergence de compromis entre
des intérêts partiellement contradictoires,
entre le court et le long terme, entre les préoccupations
légitimes des individus (usagers, propriétaires…),
celle des investisseurs, et les intérêts globaux
de la collectivité.
La France souhaite avancer sur ces deux sujets avec ses
partenaires, respectivement dans le cadre du sommet du G8,
qui se tiendra à Evian en juin prochain, et du 3ème
forum mondial sur l’eau, qui aura lieu à Kyoto
en mars prochain.
Le nouveau partenariat avec l’Afrique, notamment dans
le domaine de l’eau, fait partie des priorités
voulues par le Président Jacques Chirac. Je me réjouis
de voir que la coopération française s’est
investie depuis de longues années au Maroc dans ce
domaine et qu’elle est appelée à se
renforcer davantage encore dans le cadre des accords passés
entre nos deux pays.
L’initiative
franco-britannique lancée au Sommet de Johannesbourg
par le Président Jacques Chirac et le Premier ministre
Tony Blair stimulera la mobilisation de capitaux privés
au service d'investissements de long terme dans les pays
pauvres. Là encore, les services essentiels dans
les secteurs de l'énergie et de l'eau seront prioritaires.
Le Royaume-Uni et la France mettront au point, ensemble,
les modalités précises de cette initiative
qu'ils proposeront à leurs partenaires européens
et du G8.
Cela pose la question
du financement du développement durable. Il est évident
que les financements publics ne suffisent pas pour faire
face aux besoins, et qu’il est donc capital de stimuler
les investisseurs directs étrangers. Néanmoins,
il serait dommage de laisser ce débat aux seules
mains des responsables financiers, car il s’agit aussi
de stimuler la prise en compte des logiques sociales et
environnementales. De fait, en Méditerranée,
région pionnière à bien des égards,
la Commission Méditerranéenne de Développement
Durable (CMDD), lors de sa 7ème réunion à
Antalya en 2002, a décidé de mettre en place
un groupe de travail sur cette problématique. La
CMDD constitue, en effet, un « forum » ouvert
et légitime pour réunir les experts des différents
partenaires concernés (pays du Nord et du Sud, bailleurs
de fonds bi et multilatéraux, investisseurs privés,
représentants de la société civile),
pour élaborer une réflexion conjointe qui
fait actuellement défaut sur cette question.
Dans cette région,
on sait que les coûts de dégradation de l’environnement
sont très élevés et que les besoins
d’investissements sont considérables (15 milliards
de $ par an pendant les 25 prochaines années pour
l’approvisionnement en eau potable et pour l’assainissement
des pays du Sud et de l’Est de la Méditerranée).
Or, on peut constater
que, sur financements privés ou publics, certains
investissements à destination de secteurs particulièrement
sensibles du point de vue environnemental, tels que le tourisme,
l’irrigation, les transports individuels, reçoivent
plus d’attention que des investissements plus compatibles
avec les impératifs du développement durable
tels que, par exemple, les transports collectifs. On peut
aussi s’interroger sur les systèmes d’incitations
économiques, qui tendent à subventionner l’exploitation
de ressources rares, notamment l’eau d’irrigation.
La CMDD se propose
donc de cibler son travail sur quelques enjeux concrets
de développement durable mis en évidence tant
à l’échelle régionale que dans
les pays. Elle a pour but de formuler des propositions stratégiques
visant à augmenter la capacité de mobilisation
et d’absorption des capitaux des pays, à la
mise en place de mécanismes d’intégration
des préoccupations environnementales et de durabilité,
en amont des actions de coopération et d’investissement.
Cela permettra de renforcer le niveau d’adéquation
des flux de capitaux aux enjeux du développement
durable dans ces pays.
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Enfin, je voudrais
évoquer l’exemple de la gestion des ressources
en eau, qui illustre bien la nécessité à
la fois de concilier des approches complémentaires
(réglementation et incitations financières)
mises en œuvre dans mon pays à travers un dispositif
organisationnel multi-acteurs qu’est le système
des agences de l’eau .
Concernant la
réglementation, il convient tout d’abord d’arbitrer
entre les différents usages de l’eau et de
fixer les conditions de partage de cette ressource dans
la limitation des rejets qui garantissent le respect de
notre patrimoine commun : l’Etat exerce aujourd’hui
directement, à travers ses services déconcentrés,
ce rôle d’arbitre des conflits et de sanction
des écarts, c’est la police de l’eau.
Mais prescrire
n’est pas guérir : dépourvus d’aide
financière, bien des collectivités, des industriels,
des agriculteurs n’ont pas les moyens de faire face
à cette ambition collective sans mettre à
mal leurs équilibres financiers. C’est là
qu’interviennent les six agences de l’eau, une
par grand bassin. Ce sont des établissements publics
de l’Etat, mais dans le conseil d’administration
desquels Etat, collectivités locales et société
civile se partagent les sièges en parts égales,
par des élections faites au sein du comité
de bassin. Les agences de l’eau trouvent leurs recettes
dans des taxes sur la pollution (le fameux principe pollueur-payeur)
et ces moyens leur permettent, en les mutualisant à
cette grande échelle de territoire, d’aider
à la réalisation des travaux les plus nécessaires
à l’intérêt commun du bassin.
Ce schéma fonctionne depuis presque 40 ans, et là
aussi le débat reste permanent : quelle est la juste
répartition de ces charges entre consommateurs domestiques
et activités productives ? A quel niveau ces taxes
et ces incitations sont-elles les plus efficaces ? Il est
logique, légitime et nécessaire de se reposer
régulièrement la question.
Notre expérience
nous montre que, dans sa flexibilité, son adaptabilité,
dans le dialogue qu’il permet entre acteurs, dans
la clarification qu’il opère des rôles
et responsabilités des uns et des autres, ce système
est opérationnel : de la bonne gouvernance en quelque
sorte, inventée en 1964, bien avant que ce terme
ne connaisse l’engouement actuel.
Cela ne veut évidemment
pas dire que nous considérions que ce schéma
est entièrement et nécessairement transposable.
Je me permets juste de relever que de nombreux pays s’orientent
vers des organisations similaires : c’est tout l’intérêt
pour nous d’échanger autour de ces questions
cruciales, et c’est le sens de l’initiative
de type II que nous avons soutenue à Johannesbourg
pour favoriser la coopération régionale dans
la gestion de l’eau, avec la création du Réseau
Africain des Organismes de bassins. Aujourd’hui, le
Réseau International des Organismes de Bassin (RIOB)
compte 134 organismes-membres ou observateurs dans 51 pays.
Pour compléter son implantation en Afrique, le Réseau
Africain des Organismes de bassin a été créé
en juillet 2002.
Ce Réseau
est ouvert à tous les organismes de bassin et aux
administrations gouvernementales de l’Afrique chargées
de la gestion des ressources en eau ainsi qu’aux autres
partenaires et acteurs concernés.
Monsieur le Premier
ministre,
Mesdames et Messieurs les ministres,
Mesdames et Messieurs,
Le chantier que
nous abordons est immense, puisqu’il nous faut tendre
vers un développement juste et équilibré,
en clair durable, de notre planète. Ce chantier,
cette ambition répondent à l’enjeu majeur
qui est celui de la lutte contre la pauvreté. La
France s’y est engagée dans les termes que
le Président de la République a dit si fortement
lors des dernières rencontres internationales, en
particulier lors du sommet de Johannesbourg.
C’est ce message d’engagement résolu
que je tenais à redire au nom du gouvernement français
devant vous aujourd’hui à Marrakech.
Je vous remercie.
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